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Jean-Claude ROUSSEAU
La vallée close
Fiction expérimentale - super 8, 16 mm - couleur - 2:20:00 - scénario,
image, montage, son: Jean-Claude Rousseau - production: Jean-Claude Rousseau
- France - 1995


"Le mouvement des atomes est éternel. Lancés
à travers le vide, soit par leur propre poids, soit par le choc des autres
atomes, ils errent, jusqu'à ce que le hasard les rapproche. Il y en a
qui arrivent à se cramponner fortement les uns aux autres; ils forment
les corps les plus durs. D'autres, plus mobiles laissant entre eux de plus grands
intervalles, constituent les corps moins denses, l'air et la lumière.
Enfin, il y en a qui n'ont pu se faire admettre dans aucun assemblage: ceux-là
s'agitent inutilement dans l'espace, comme ces grains de poussière qu'éclaire
sur sa route un rayon de soleil pénétrant dans une chambre obscure."
Cet extrait du long poème philosophique de Lucrèce, De natura
rerum, offre un contrepoint à la démarche cinématographique
radicale de Jean-Claude Rousseau. Tels des atomes, les séquences du film
se succèdent, se réitèrent et s'entrechoquent afin de créer
un nouvel espace-temps. A propos de Jeune femme à sa fenêtre lisant
une lettre (1983), Rousseau écrit: "Pas de projet à accomplir,
pas de découpage à suivre. Chaque bobine reste entière.
Eviter d'intervenir. Garder les prises de vue comme elles sont, ne pas chercher
de modification par le jeu du montage. Laisser aller les éléments
d'eux-mêmes à leur place. Attendre qu'ils s'ajustent en prenant
la lumière. La beauté n'apparaît pas où on la cherche."
Chaque séquence saisie tout à tour des images de campagne, d'une
maison vide, d'un téléphone dans une chambre...Puis le plan dure,
infiniment. Une voix off, parfois, interrompt les quelques bruits captés
par la caméra super 8. Il n'y a pas de récit, seulement la logique
secrète et fluide à laquelle la succession des bobines obéit.
Bien sûr, on peut imaginer que La vallée close indiquée
par le titre circonscrit l'espace du tournage - vallée que le film partiellemment
explore... En quête d'éternité, dans l'ici et maintenant
de l'image.

"Die Bewegung der Atome ist unendlich. Ins Leere geworfen,
irren sie, entweder durch ihr eigenes Gewicht oder durch den Suzammenstoss mit
anderen Atomen getrieben, bis der Zufall sie zusammenführt. Es gibt solche,
denen es gelingt, sich an anderen festzuklammern: sie bilden die härtesten
Körper. Andere sind mobil und bilden, indem sie gröbere Abstände
zwischen sich lassen, weniger dichte Körper, wiedie Luft und das Licht.
Schlieblich gibt es diejenige, die in keiner Verbindung einen Platz gefundenhaben
;diese bewegen sichunruhig im Raum, wie Staubkörner, die voneinem in einen
dunklen Raum eindringenden Sonnenstrahl beleuchtetwerden." Dieser Ausschnitt
aus demlangen poetischen Gedicht von Lukrez, De natura rerum, bildet denHintergrund
zum radikalen filmischen Vorgehen von Jean-Claude Rousseau. Die Filmsequenzen
folgen einander wie Atome, wiederhgholen sich und stoben aufeinander, um ein
neues Zeit-Raumgefüge zuschaffen. Rousseau schreibt über Jeune femme
à sa fenêtre lisant une lettre (1983): "Kein Projekt realisieren,
keiner Auflösung folgen. Vermeiden einzugreifen. Die Bilder so behalten,
wie sie sind, während des Schnitts nicht nach Änderungensuchen. Die
Element von sich aus ihrem Platz finden lassen. Warten, bis er unter dem Einfluss
des Lichts seine Form findet. Die Schönheit erscheint nicht da, wo man
sie sucht. Ihre Entdeckung ist immer Überraschend". Jede Sequenz erfasst
nacheinander Bilder vom Land, eines leeren Hauses, eines Telephons in einem
Zimmer. Die Einstellung dauert, unendlich lange. Manchmal unterbricht eine Off
Stimme die wenigen von der Super 8 Kamera aufgenommenen Töne. Es gibt keine
Erzählung, nur die gehaime, fliessende Logik, der die Abfolge der Spulen
gehorcht. Selbstverständlich kann man sich vorstellen, dab La vallée
close, auf die im Titel hingewiesen wird, sich auf den Raum der Dreharbeitenbezieht
- ein Tal, das im Film geduldig erforscht wird... Auf der Suche nach Ewigkeit,
im Hier und Jetzt des Bildes.

"The movement of atoms is eternal. Thrown across space,
either by their own weight or by the shock of other atoms, they float, until
chance brings them together. Some of them cling together tightly, forming the
hardest bodies. Other are more mobile and leave greater spaces between each
other, making less dense bodies, air and light. Finally, there are those that
couldn't gain access to any groupings and jump around aimlessly like specks
of dust that a ray of sunshine illuminates when penetrating a dark room."
This extract from a long philosophicalpoem by Lucrèce, De natura rerum
offers a counterpoint to Jean-Claude Rousseau's radical cinematic undertakings.
Like atoms, the sequences of the film follow on from each other, reiterate each
other and bump into each other creating a new space-time. Of the film Jeune
femme à sa fenêtre lisant une lettre (1983)Rousseau writes: "No
project to accomplisch, no pattern to follow. Each reel remains intact. Avoid
intervening. Keep shots as they are, don't seek modifications by plays of editing.
Let the elements go to their place by themselves. Wait unteil they adjust by
taking light. Beauty doesn't appear when we look for it. Its revelation is always
surprising."
Each sequence captures one after the other images of country, an empty house,
a telephone in a room... The shot continues, endlessly. Sometimes, a voice off
interrupts the sound picked up by the super 8 camera. There is no story, only
the secret and fluid logic which the succession of reels obeys. Of course, we
can assume the La vallée close (The closed valley) indicated in the title
is the site of the shooting - the valley is patiently explored... In search
of eternity, in the here and now of the image.
Biographie

Jean-Claude Rousseau est né en 1946 à Paris.
Il étudie le droit. C'est à New-York qu'il découvre le cinéma
d'avant-garde. De retour à Paris, il entreprend un travail artistique qu'il
expose aux Salons de Mai et de Novembre à Vitry. Il écrit pour la
Revue d'Esthétique. Dans Caméra-Stylo, il consacre plusieurs articles
à l'uvre de Robert Bresson qui, à l'instar du peintre hollandais
Jan Vermeer, inspire sa démarche esthétique. En 1983, il réalise
son premier moyen-métrage: Jeune femme à sa fenêtre lisant
une lettre. Puis viennent deux courts-métrages: Venise n'existe pas (1984)
et Keep in touch (1987). Prosper Hillairet écrit en 1988 dans le catalogue
du Musée National d'Art Moderne: "Sans reprendre l'esprit systématique
et la forme a priori du cinéma structurel, Jean-Claude Rousseau nous présente
des images simples et il s'y tient. Tenir l'image. Une expression minimaliste
et ascétique du cinéma: un cadre qui dure (...) Vision minimale
des choses, dans leur simplicité et leur permanence. Vision photographique
avec un minimum d'enchaînements. Juste pour maintenir le contact, pour créer,
de film en film, une circularité éternelle contre le transitoire
et le fugitif." Les antiquités de Rome (1989), son premier long-métrage,
fait découvrir la "Ville éternelle" sous un angle inédit:
à travers une fenêtre ouverte, derrière les rideaux qui claquent
au vent, ou, indirectement, dans le reflet d'un miroir. Là aussi, Jean-Claude
Rousseau utilise de façon unique le super 8. Où l'on privilégie
habituellement les plans courts, le cinéaste introduit la durée.
Utilisant la lumière naturelle, il obtient des images qu'ombrent les ténèbres.
Outre dans les festivals, son travail est tour à tour montré au
Centre Georges Pompidou, aux Rencontres Jeune Cinéma de Rouen, à
la Cinémathèque Royale de Belgique, à la Cinémathèque
de Barcelone, à la Cinémathèque Française, au Collective
for Living Cinéma de New-York... (Catalogue Locarno 97)

Jean-Claude Rousseau wurde 1946 in Paris geboren und studierte
Jura. In New York entdeckt er den vantgardistischen Film. Wieder in Paris, widmet
er sich der Kunst und stellt im Salon de Mai und im Salon de Novembrein Vitry
aus. Er schreibt für die Revue d'Esthétique. In Caméra/Stylo
publiziert er mehrere Artikel über das Werk Robert Bresson, der, wie auch
der holländische Maler Jan Vermeer, seine ästhertische Arbeit beeinflusst.
1983 realisiert er seinen ersten mittellangen Film, Jeune femme à sa
fenêtre lisant une lettre. Darauf folgen zwei Kurzfilme: Venise n'existe
pas (1984) und Keep in touch (1987). Prosper Hillairet schreibt 1988 im Katalog
des Musée National d'Art Moderne: "Ohne das systematische Vorgehen
und die Form des strukturellen Films a priori zu übernehmen, zeigt uns
Jean-Claude Rousseau einfach Bilder, und er hält sich daran. Das Bild halten.
Ein minimalistischer und asketischer Ausdruck des Films: Ein langandauernder
Bildausschnitt. (...) Minimale Sicht der Dinge, in ihrer Einfachheitund Beständigkeit.
Photographische Sicht mit einem Minimum an Abfolgen. Einfach, um den Kontakt
aufrechtzuhalten, um von Film zu Film einen ewigen Kreis gegen das Vorläufige
und das Flüchtige zu schaffen."
In Les antiquités de Rome (1989), seinem ersten abendfüllenden Film,
entdeckt man die "Ewige Stadt" von einem ungewohntenBlickwinkel aus:
durch ein offenes Fenster, hinter Vorhängen, die im Wind flattern, oder
indirekt in einem Spiegel. Jean-Claude Rousseau setzt auch hier das Super-8-Format
auf ainzigartige Weise ein. Wo gewöhnlich kurze Einstellungen bevorugt
werden, führt der Filmemacher die Dauer ein. Da er mit Tageslicht arbeitet,
erzählt er von der Finsternis schattierte Bilder. Auber auf Festivals wird
seine Arbeit im Centre Georges Pompidou, an den Rencontres Jeune Cinéma
de Rouen, in der Cinemathéque Royale de Belgique, in der Kinemathek von
Barcelona, in der Cinémathèque Française, im Collective
for Living Cinema in New York gezeigt. (catalogue Locarno 97)

Born in 1946 in Paris, Jean-Claude Rousseau studied law.
It was in New York that he discovered avant-garde cinema. Upon his return to
Paris, he worked as an artist and exhibited at the Salon de Mai and November
in Vitry. He wrote for the Revue d'Esthétique. In Caméra/Stylo,
he devoted several articles to the work of Robert Bresson who, following the
example of the Dutch painter Jan Vermeer, inspired his esthetic approach. In
1983, he directed his first medium-length film. Jeune femme à la fenêtre
lisant une lettre. This was followed by two short films: Venise n'existe pas
(1984) and Keep in touch (1987). In 1988, Prosper Hillairet wrote in the Musée
National d'Art Moderne catalogue: "Without adopting the usual systematic
spirit and form of cinéma structurel, Jean-Claude Rousseau presents us
with simple images and leaves it at that. Keeps the image in hand. A minimalist
and ascetic expression of cinema: a shot that lasts. (...) A minimal vision
of things, in their simplicity and teir permanence. A photographic vision with
minimal follow-ons. Just to maintain the contact, to create, from film to film,
an eternal circularityagainst the transient and the fleeting." Les antiquités
de Rome (1989), his first feature film, allows us to discover "the eternal
city" from a new angle: through an open window, behind the curtains flapping
in the wind, or, indirectly, reflected in a mirror. Here also Jean-Claude Rousseau
uses super 8 in a unique way. Where we are used to seeing fast cuts, the director
introduces the notion of extended time. Using natural light, he obtains images
that bring shaddows to darkness. As well as at festivals, his work has been
shown at the Centre Georges Pompidou, at Rencontres Jeune Cinéma de Rouen,
at the Cinémathèque Royale in Belgium, at the Cinémathèque
in Barcelona, at the Cinémathèque Française, and at the
Collective for Living Cinema in New York... (catalogue Locarno 97)
Article - Extrait
de Cahiers du cinéma n° 517

Locarno: les yeux dans la vallée (Thierry Lounas et
François Ramone)
La vallée close. Ça se passe au milieu de la semaine, dans une salle
moyenne. Le film qui va être projeté ne l'a jamais été.
C'est du huit millimètres gonflé en seize.
Ça commence comme une leçon de géographie, façon école
Jules Ferry. Ce sont des plans fixes souvent aussi longs qu'une bobine de huit
millimètres (deux minutes trente environ) et qui cadrent quelques lieux
du Vaucluse (du côté de la vallée close). Off, une voix explique
les saisons, les solstices, les équinoxes. Puis on voit des touristes qui
se penchent vers un trou noir, qui est peut-être un gouffre, peut-être
une grotte, en tout cas une béance dans l'image; et alors l'image se vide,
se creuse, est traversée par une inquiétude, au point que la voix
de géographe perd un peu de son autorité, bientôt doublée
par d'autres sons, dont certains dissonent cruellement, comme celui du téléphone.
On pense à la perte, à la solitude et à la beauté
impossible. Or ce vide-là n'a rien de post-moderne: loin de conclure à
l'impasse, il est promesse et investit le plan pour qu'à son tour le spectateur
l'investisse et recompose lui-même la beauté. Évidemment,
ce n'est pas si simple et ne va pas sans une attention durable, mais ce qui alors
vous tombe dessus dépasse de très loin la seule jouissance scopique,
le seul cadre de l'image. Au carrefour de tous les possibles, voilà, on
se retrouve. "Ca pourrait être l'histoire de Paul, Guy et Laura",
dit la voix off. Ça pourrait être aussi la nôtre et celle de
tous ceux qui auront bien voulu être patient avec le film, lui accorder
le bénéfice du doute.
Le lendemain, on retrouve Rousseau sur la Piazza Grande. Il dit qu'au départ
il y a un lieu et un cadre, que le cinéaste n'en sait pas beaucoup plus,
et que lui-même a eu l'impression de découvrir son film la veille.
Il parle de Bresson, du travail par retranchement et non par ajout: ne pas montrer
pour voir; savoir attendre et se retirer soi-même pour se rendre réceptif
à la beauté. À la beauté qui est toujours là
contre nous et qui n'attend que de nous être rendue. On parle aussi d'Ozu,
du rien, de ses carnets et de ses films, de ce rien qui est du temps et du monde
à l'état pur. On évoque encore le soutien de toujours des
Straub et les minces possibilités d'exploitation à venir du film.
On est là, au milieu de la piazza, centre nerveux d'un festival très
réjouissant, et on se dit qu'elle est un peu retrouvée, l'éternité: c'est un spectateur allé avec la vallée close.
Article - Extrait de La Nouvelle Revue Française

Seul le cinéma par Marie Anne Guerin, juin 1998, n°545.
"Un personnage de dos regardant les étoiles." Décider
d'un voyage à partir d'un point sur une carte, au nom d'une personne, au
nom d'une absence. Celle de la vue quand le doigt se pose en un point non prémédité
mais envisagé à l'aune de l'ensemble du pays cartographié.
L'autonomie de ce doigt est un leurre, même les yeux clos, dans un silence
non troublé. Car avant que cette main, aptère dans le prolongement
des bras qui étreignent et qui frappent, ne se décide à pointer
un endroit de la carte, les sens en mémoire, toute une vie portée
à bout de doigt, agissent pour elle. C'est à sa mère, institutrice,
que Jean-Claude Rousseau dédie son film, La Vallée close, long,
beau, désespéré, vif et attachant, tourné en huit
millimètres, gonflé en seize, et projeté, l'été
passé, au festival de Locarno. Le cinéaste s'est posé dans
le Vaucluse, en aveugle en un lieu qu'il connaît par cur. Les séquences
les plus frappantes mettent en scène cette volonté de ne pas voir
le gouffre tout en désignant constamment, et constituent une vraie trouvaille
de cinéma: des fonds remarquablement noirs, nuit très artificielle
du gouffre, sur lesquels se découpent, nets et colorés, des groupes
de gens, d'"atomes", petites structures familiales, couples ou individus
en promenade qui poussent parfois des cris d'appel: "Alain! ", font
des gestes muets en direction du vide - la vallée, les gorges closes -,
et auxquels renvoie un autre couple, celui-là invisible, fondu (au noir),
clandestin (encore au noir). Seule la moitié du couple, un homme, est présente
par sa voix et parfois à l'image. C'est le réalisateur du film.
On l'entend off lire un ouvrage de géographie et s'adresser à l'autre
lors de magnifiques coups de téléphone inquiets. Filmer est un acte
ici très solitaire - au générique, une signature écrite
à la main, celle du cinéaste et des remerciements adressés
à Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Les gens traversent et sortent
du champ. Une grande émotion se dégage du film qui s'enrichit en
cours de projection. " Ce pourrait être l'histoire de Guy, Paul et
Laura", répète la voix avec des variations du texte poignantes.
À l'image, des gens anonymes, des visiteurs, passent devant des plaques
qui commémorent l'exil de Pétrarque en Avignon, fichées sur
des murs antiques. Le mouvement des autres, leur gaieté, leur forte présence
- l'enregistrement déchirant du chanteur sur un podium de fête foraine
-, leurs appels téléphoniques, saisis vifs par le cinéma,
ne parviennent ni à détourner ni à abolir les abîmes
immuables de souffrance et de solitude, insaisissables, chez Rousseau nulle part
ailleurs mieux qu'au cinéma.
"Seul avec le cinéma." C'est e que Daney disait de Godard, enfant
du bord du lac enfermé avec ses machines et les films sur lesquels toutes
ses informations sont comme des sortilèges, fabriquant ses Histoire(s)
du cinéma. Si l'enfance n'a qu'un temps, le cinéma n'a qu'une enfance,
lointaine. Dont les résurgences consistent, en dehors de cette séparation
entre l'image et le son, en un refus radical du mimétisme des apparences
de la vie réelle, en l'absence du moindre souci volontariste de rendre
compte absolument de l'ici et maintenant, ni de fournir des résolutions,
ni des réponses à des problèmes posés ailleurs que
dans les films, et en ce frissonnement de l'évidence, même si lourde,
du questionnement formel, esthétique, politique d'une réalité,
parfois délicate et complexe mais qui découle toujours d'un dialogue
- entre l'image et le son, un frère et une sur, le documentaire et
la fiction, " L'un n'arrivant pas à faire son deuil de l'autre "
- entre le cinéaste et ce qu'il perd et restitue par les moyens du cinéma.
Article - Extrait de Pardo News Giornale trilingue Lundi 11 agosto 1997 Santa
Chiara

Locarno 50è 1997 Filmfestival
Accueil et mystère - Entretien avec J. - C. Rousseau, réalisateur
de " La vallée close"
Jean-Claude Rousseau est un cinéaste de l'extrême. Ses films rares
sont autant de fenêtres ouvertes sur l'infini. La vallée close
déploie son étrange dispositif et bouleverse nos communes expériences
du temps et de l'espace. Exposé dans les plus grands musées du
monde, son travail trace un chemin discret dans le monde assourdissant de nos
images.
Parlez-nous de vos méthodes de travail...
Je n'ai pas vraiment de méthode. Je tourne en Super 8 pour des raisons
toutes banalement économiques. Et filmer en Super 8, ça veut dire
utiliser des cartouches qui font deux minutes et demie. Cela constitue en quelque
sorte une unité. Cette unité a permis des assemblages, des rencontres,
celle des bobines entre elles, et celle du son et de l'image. Il y a comme ça,
par hasard ou par accident, des choses qui se passent sans être l'effet
d'un projet et que je reconnais comme juste. Ça constitue des ensembles
qui finissent par faire une structure. Et au bout du compte un film...
Vous avez accompagné votre film d'une uvre célèbre
de Giorgione intitulée "La tempête"... Pourquoi une telle
référence? Je ressens plutôt le cinéma du côté
pictural que littéraire. Ça ne se fait pas par l'intermédiaire
de liaison comme ça me semble être le cas dans la littérature.
Autre grande référence visuelle de votre travail: Bresson...
C'est ce que je trouve de fondamental chez Bresson, c'est la fragmentation et
la précision, et cette façon de faire taire l'image. Je ne cherche
rien et pourtant, à un certain moment, le film est clos. Quelque chose
est advenu. Il s'agit d'attention et d'attente.
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