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Pierre Merejkowsky

Lauteur et moi, moi et lauteur,
nous tournons mes films.
Lauteur me manipule. Je suis le jouet de lauteur.
Lauteur déplace mes interlocuteurs, mon quotidien en fonction de
la trame quil tisse et que jimpose également à lauteur.
Mais qui manipule qui?
Je suis mon propre sujet.
Mon propre sujet gravite autour des options, du quotidien de mes interlocuteurs.
Je moppose au rôle que je mimpose de jouer.
Mon quotidien, mes relations avec le monde nourrissent mon auto-expérimentation.
Chaque intervention me renvoie à mon auto introspection qui elle même
nourrit la prochaine auto introspection.
Je suis un champ dauto expérimentation illimité.
(extrait du texte moi et lauteur et lauteur et moi,
publié par la revue Documentaires et le Journal 101)
Filmographie
L'Affaire Huriez
16 mm / 57' / 1975
Scène de ménage chez les gauchistes
16 mm / 12' / 1977
Ils parlent, ils veulent vivre en communauté
Igrok
16 mm / 8' / 1990
Film
16 mm / 59' / 1991
C.O.M.E.D.I.E
16 mm / 1992 / Production: Les Films Singuliers - Label CNC
Interprètes: Pascale Heinisch, Pierre Merejowski
Prise de vue: Philippe Girard
Son: Atelier de Création Radiophonique - France Culture
Myriam ou un reportage vérité au Coeur de la Sainte Russie
16 mm / 24' / 1992 / Produit par le GREC
POOL
Super 8 / 2'50'': 1992 / Production: Les films du crime et du châtiment
Interprètes: Une poule. Un oeuf.
Bande son: P. Merejowski, Constantin Lieu, Melkiar (l'étrange) - Enregistrée
par Rony
C'est dimanche
HI 8 / 25' / 1993 / Documentaire
Quatre femmes . Le dimanche. A Paris
Nous voulons du chômage
Béta / Umatic / 8' / Interprètes: Thibault de Montalembert (de
la Comédie Française), Pierre Merejowski, Jacques Allayre, Sache
Rau, Philippe Guérinel - Prise de vue: Julien Hirsch - Prise de son: Rony
- Montage: Michèle Rollin /1994
De l'air, de l'air
HI 8 / 3' / 1995
Propagande sociale et électorale
Le cinéaste, le village et l'utopie
Béta / 57' / 1996
Sujet:
Il, l'auteur du film a vécu dans le château de Logère, en
Ardèche
Il appartenait au mouvement utopique, non violent, non autoritaire, autogéré,
décentralisé
Il n'a pas renoncé
Il se déplace en vélo
Il s'arrête dans les maisons qui bordent le château
Ses anciens compagnons sont devenus Maire, ou bien sont restés hippies,
ou bien sont devenus indifférents
surveillé par le regard vide des autochtones et des vaches, il essaye de
convaincre ses anciens compagnons
Il ne supporte plus le sommeil consensuel
Il propose d'organiser une assemblée Générale dans le château
Il entre en contact avec le Nouveau Maire, avec le Curé, avec les footballeurs
locaux de l'équipe de foot locale, et avec les cochons biologiques
L'A.G. est organisée dans une des salles du château
Aucune décision n'a été prise
L'auteur reste seul, dans la salle de réunion, déserte et silencieuse
Il traverse l'unique rue du village
Il questionne l'Elu Vert et recueille son avis sur les événements
passés du château
Il nettoie ses chaussettes dans l'eau du fleuve
L'auteur retourne à Paris
Il tire le bilan de son séjour en Ardèche
Et propose à un ami de se présenter aux élections municipales
Son ami accepte
Le patron du café affirme qu'il va partir pour les États Unis
Un homme apparaît sur le toit
La lutte continue
(c'est un documentaire)
Le choix du peintre
HI 8 / 23' / 1996
Portrait narcissique du peintre et de l'auteur
La petite guerre
Béta / 45' / 1996
version courte
La petite guerre
Béta / 3 h 38' / 1997
Version longue
LE RMI, CEST LA VIE AVEC UN POINT DEXCLAMATION A LA FIN
Fiction documentaire - béta - couleur - 41 - image: François
Rosolato - son: Francis Bonfanti - montage: Gysin - musique: Pierre Merejkowski
- avec, dans leurs propres rôles: Marie Chantal, Gilles Chartiot, Samuel,
Steeve, et Pierre Merejkowsky - prod: Io production, Image + d'Epinal, avec le
soutien du CNC - France - 1998
Nous voulons de largent. Nous ne voulons pas du travail.
Il faut sassumer. Nous devons nous assumer. Je dois massumer. Nous
devons tous nous assumer. LÉtat na aucune raison de nous assumer.
La Liberté de lHomme et de la Femme passent par son Indépendance.
LIndépendance dépend du Travail. Un Homme ou une Femme qui
ne travaille pas ne peut pas sassumer. Une Civilisation qui est incapable
de sassumer nest plus une Civilisation. Une Civilisation dassisté
nest plus une Civilisation. La Civilisation repose sur des Droits, sur des
Devoirs et sur le Lien social. Le Travail est le vecteur du Lien Social. Le Dialogue
est le fondement du Lien Social. Labsence de Dialogue entraîne la
rupture du Lien Social. Le Lien Social tisse la trame de la Démocratie.
Le Chômage entraîne la rupture du Lien Social. LAssistanat permanent
(et perpétuel) ne peut se concevoir dans une société qui
ne dialogue pas. Le Dialogue est la condition nécessaire de la Liberté.
Sans la Liberté, il est impossible de vivre dans une Démocratie.
La Démocratie est le bien le plus précieux. Cest un bien qui
peut être remis en cause du jour au lendemain. Rien nest acquis davance.
Je suis coupable. Je suis responsable de mon asservissement. Je ne travaille pas.
Je nexerce pas de profession. Je suis un assisté. Je dois me prendre
en charge. Ma liberté personnelle dépend de ma propre prise en charge.
Je ne travaille pas. Je ne suis pas enfermé par des forces répressives.
La société ne me réprime pas. La concierge ne me réprime
pas. Les citoyens ne me répriment pas. Les Services Secrets ne me surveillent
pas. Les Services Administratifs de la Mairie ne me répriment pas. Jai
le droit de commander un café crème. Jai le droit de manger
des gâteaux. Jai le droit de manger de la soupe. Jai le droit
de dire je taime, jai le droit de dire je ne taime
plus, jai le droit de me réveiller, jai le droit de me
déplacer entre les immeubles de mon quartier, de ma ville, de mon pays.
Je suis libre. Je suis libre de ne pas massumer. Je suis libre de massumer.
Vive la Liberté. (Pierre Merejkowski, Note dintention générale
et globale - extrait du récit Travail, Famille, Mairie)
- Sélections Festivals:
Festival Nemo - Vidéothèque de Paris
Festival Paris Berlin
Festival Hors Circuit
Festival dHyères à Aujourdhui
- Diffusions Télévisions:
Images dEpinal
Ondes Sans Frontière (Paris)
Téléplaisance (Paris)
- Projections:
Le CAES (Ris Orangis)
LAtelier Vidéo de la Prison de la Santé
Café Neuf Billards (Paris)
Thés Vidéos (Paris)
Centre Social (Thionville)
Caveau des Trinitaires (Metz)
Épinal (École des Beaux Arts)
- Dossier de presse
Article Est Républicain
Nova Magazine
LES PARENTS NAIMENT PAS LEURS ENFANTS
Vidéo expérimentale - hi8 - 8'20" - interprètes:
Gérard Courant dans le rôle du Fils, Pierre Merejkowsky dans le rôle
du Père - prod : Les Films du Crime et du Châtiment - France
-1998
Le Père, le Fils, la Centrale Nucléaire.
L'énergie nucléaire, c'est la vie.
L'électricité du banc vidéo est branchée, puis débranchée.
La Mère a quitté le Père.
Le Père multiplie les réacteurs nucléaires.
Le Fils est un militant.
Le Père porte une cravate ridicule.
Sélections
Festival Paris Berlin
Festival Cadavres Exquis
Projections
Téléplaisance
Bourse Contempourienne
LE RÉALISATEUR, LES PRODUCTEURS, ET LES DIRECTEURS
DES PROGRAMMES DES CHAINES LOCALES
(chronique locale et de proximité)
Préambule en forme despace de liberté.
Dans plusieurs Régions de France, des télévisions locales
diffusent leur programme sur un ou deux départements.
Elles ont été le plus souvent créées par une structure
associative. Avec comme principale idée de favoriser une information de
proximité qui trouverait naturellement son prolongement dans la réalisation
de documentaires qui partiraient des aspirations des habitants locaux.
Ces télévisions locales répondent aux critères des
différentes aides qua mis en place le Centre National de la Cinématographie.
La co production dun diffuseur de documentaires permet à un producteur
dobtenir une aide qui assure le montage financier.
Cette aide est essentielle.
Elle permet aux sociétés de production dassurer leur existence.
Et elle permet également aux réalisateurs et aux techniciens dêtre
rémunérés
Une certaine école est apparue dans la réalisation de ces documentaires
co produites par des télévisions locales.
Les réalisateurs investissent le champ du documentaire.
Ils décrivent leur propre réalité, leur propre expérience.
Ils deviennent le sujet de leur documentaire.
La parole nest plus donnée au spécialiste, à
la référence scientifique, morale ou politique en vigueur.
Les réalisateurs en sappropriant leur propre parole incitent les
spectateurs à sapproprier à leur tour leurs propres rêves.
Récit en forme dexposé des faits
Le Maire du village de LABOULE (Ardèche) a organisé une projection
de lensemble de mes films dans la salle des Fêtes.
Un élu du Conseil Général, à la suite de cette projection,
a accepté dintervenir en sa qualité délu dans
mon projet de documentaire autobiographique qui sintitulait le Cinéaste,
le Village et lUtopie et ma chaleureusement conseillé
dentrer en contact avec le Délégué à lAction
Culturelle du département de lArdèche.
Ce Délégué ma courtoisement affirmé quil
ne pouvait financer mon projet, mais quil était prêt à
subventionner sa projection dans des villages de la Montagne Ardéchoise.
Jai téléphoné au Directeur des Programmes de Cité-Télévision
(Villeurbanne).
Jai expliqué que javais projeté mes films dans un village
ardéchois et que le Délégué Culturel du Département
de lArdèche était disposé (à lissue du
visionnage) à assurer la diffusion de ce documentaire auto biographique
intitulé Le Cinéaste, le Village et lUtopie.
Le Directeur des Programmes à la lecture de ce projet de documentaire autobiographique
ma signé une lettre dintérêt au nom de Cité
Télévisions (Villeurbanne)
Le Premier Producteur que jai contacté à Paris ma conseillé
de trouver un second diffuseur.
La chaîne Télessonne ma signé une seconde lettre dintérêt.
Le Premier Producteur ma ensuite demandé de réécrire
le dossier de présentation.
Jai aussitôt téléphoné à un second producteur
à Lyon.
Le Second Producteur à Lyon ma expliqué quil préférait
sengager sur des sujets authentiquement de forme documentaire.
La Chargée de Mission du CNC ma confirmé que les câbles
locaux que javais contacté permettaient daccéder aux
différents comptes de soutien du CNC.
Le Troisième Producteur a accepté de sengager dans la production
de mon documentaire autobiographique qui sintitule le Cinéaste,
le Village et lUtopie.
Ce Troisième Producteur a ensuite assuré la production de mes deux
derniers documentaires.
Jai continué à diffuser les VHS de ces documentaires et de
mes précédents films dans des squats, des associations, des institutions,
à Paris en Province.
Jai tourné deux autres films avec mes propres moyens, sans laval
dun Producteur, ni dun Chargé de Mission.
Jai diffusé ces deux derniers films sur une télévision
extrêmement locale (sa zone de diffusion englobe la partie centrale de la
rue de Plaisance dans le XIVème à Paris).
Jai écrit un autre projet.
Cest un documentaire en forme de Vidéo Art.
Le CICV et Canal A ont accepté de co produire ce nouveau projet.
Jai continué à écrire et à diffuser différents
récits autour de mon activité de cinéaste/diffuseur.
Le CICV et Canal A mont précisé quen tout état
de cause ils refuseraient de signer une production avec le Troisième Producteur.
Jai trouvé une Quatrième Producteur.
LAtelier Vidéo de la Prison de la Santé a diffusé mes
trois derniers documentaires.
Jai écrit un autre projet concernant la tenue dun Tribunal
éventuellement populaire
Jai contacté dautres diffuseurs locaux.
Jattends des réponses. Sans trop despoir.
Nous sommes en Démocratie. La Loi change.
Des rumeurs persistantes laissent entendre que le fond de soutien du CNC va être
profondément réformé afin de répondre à des
critères dhonnêteté. (Et en plus, ils nous demandent
de nous réinsérer, cest à dire de nous assumer en tant
quauteur)
En clair, cette réforme interdirait à des petites structures de
production davoir accès aux aides du CNC même si leurs films
sont co produits par des télévisions locales.
Enfin plusieurs télévisions locales ont été fermées,
Canal Marseille, TV8 Mont Blanc, et de graves menaces pèsent sur Canal
A.
Le motif évoqué pour la fermeture de ces chaînes concernent
une autre forme dhonnêteté professionnelle
Les partenaires financiers de ces chaînes locales ont retiré leur
participation.
Ces télévisions locales ne sont pas rentables.
Conclusion en forme dAppel
Nous réalisateurs avons le droit de tourner des films autour de notre propre
réalité.
Lexposé dune réalité extérieure, sur les
malheurs des guerres civiles est destiné à étouffer toutes
revendications, toute lutte sociale.
Les documentaires diffusés sur les grandes chaînes nationales accréditent
largumentation suivante: Ici, en France, nous sommes heureux, nous
ne mourrons pas de faim, nous ne vivons pas sous les bombardements ethniques,
alors taisez vous, soyez heureux, et croissez et multipliez (en silence).
Nous ne nous tairons pas.
Nous continuerons à défendre notre outil de travail.
Nous avons le droit de nous exprimer sur des télévisions locales.
Nous ne sommes pas comptables des luttes dinfluence, des parts de marché
que sous couvert dhonnêteté intellectuelle, certains cherchent
à conquérir.
Nous refusons de nous plier à la Loi de laudimat.
Le Directeur des Programmes ne contrôle pas le montage final du film.
Nous ne voulons pas être les employés des télévisions.
Et à ce jour nous appelons, les diffuseurs locaux, les cinéastes,
les producteurs, les acteurs de la vie sociale à défendre notre
liberté dexpression en dehors de tout critère de rentabilité
économique et à sunir autour de lorganisation du Premier
Festival des Télévisions Locales et de Proximité.
pierre merejkowsky, réalisateur de documentaires locaux et de proximité.
P.S de dernière minute
Notre réinsertion collective est en marche.
Les indemnités versées aux intermittents du spectacle ne dépasseront
plus dans certains cas la somme de 2000F(290Euros) par mois.
Les jeux télévisuels sont désormais également éligibles
au compte de soutien.
Les documentaire de création sont toujours éligibles au compte de
soutien du CNC
Vive la Démocratie. Vivent les Élections. Vivent les électeurs.
Cest à dire pour clarifier
(intermittents du pectacle pour tous, pour toute la société, motif
se reposer, se cultiver etc etc, loppression cest donne rde plus enplus
dargent à ceux qui en ont déjà,n parallèle entre
les assedic du spectacle et les jeux étélés)
CINE LUTTE (MAINTENUE)
magazine dinformation locale (et de proximité)
MANIFESTE
10H34
Je téléphone à la Préfecture.
Allo dis je
Que désirez vous? demande la voix féminine
Je voudrais savoir à quelle heure vous comptez interdire la circulation
automobile
Ne quittez pas
Allo? dit la voix masculine
Bonjour, dis je
Que désirez vous?
Jaimerais savoir si vous comptez interdire prochainement la circulation
automobile?
Une sonnerie brève
Je vous écoute, dit la seconde voix féminine
Bonjour madame, dis je, jaimerais savoir si vous avez lintention
dinterdire les voitures dans Paris
Qui êtes vous monsieur?
Je mappelle Pierre Merejkowsky
Vous intervenez à quel titre?
Jai mal à la gorge, jai les yeux qui piquent et comme
je me déplace exclusivement en vélo jaimerais avoir des précisions
sur une éventuelle mesure dinterdiction de la circulation automobile,
sil vous plaît madame, excusez moi de vous déranger, madame
Vous êtes journaliste?
Non
Nous ne répondons pas aux questions des particuliers, nous ne répondons
quaux questions des journalistes, au revoir monsieur.
11H31
Second coup de téléphone. Cest G.
G habite dans lAveyron, à la campagne.
LAgence du Court Métrage ne sélectionnera pas son court métrage.
Il na pas été primé dans un Festival organisé
par lAgence du Court Métrage. Je lui donne les Coordonnées
du Festival RÉSISTANCES qui vient de se créer en Ariège
G me remercie.
Linformation en province circule mal et il est regrettable que linformation
soit diffusée depuis Paris.
14H01
Défilé ininterrompu de papistes
Je prends la parole:
Je tiens à élever une solennelle protestation. Je nai
pas le droit de projeter des films super 8 dans la rue et vous, vous avez le droit
dinstaller des toilettes sur la voie publique. Cest une honte.
Soyez un peu plus tolérant, vous faites du vélo, et on vous
dit rien, réplique poliment un volontaire
23H17
Tollé dans la salle.de cinéma classée Art et Essai
par le CNC.
Vous navez pas le droit de critiquer une réalisateur qui a
eu le grand Prix du Documentaire Art et Essai ségosille un spectateur
Et puis à quel titre intervenez vous, questionne une spectatrice
en brandissant un exemplaire des Cahiers du Cinéma
Je précise ma position
Je suis attaqué. Je me défends. Votre documentaire affirme
que lidéologie a sombré dans les poubelles de lhistoire.
Je tinterdis de me traiter de poubelle. Je ne suis pas une poubelle. Nous
luttons. Nous créons des réseaux de diffusion parallèle.
Le mouvement squat prend de plus en plus dimportance. Nous refusons de cautionner
le système culpabilisant du RMI, nous exigeons un revenu minimum garanti
et à vie, sans le flicage de ta presse, de leurs journaux ,et des diverses
télévisions culturelles qui renforcent notre culpabilisation. Nous
vivons dans un système de censure. Tu es un collabo. Tu nous incites toi
aussi par ton documentaire à nous cloîtrer avec une femme, un bébé.et
un perroquet des Iles. Et tu as en plus le culot de nous bassiner avec lévocation
de massacres afin de nous laisser entendre quici nous sommes libres et que
nous navons plus rien à revendiquer
Je te remercie de ton intervention, elle prouve que mon film ne ta
pas laissé indifférent. Moi je navigue à vue. Un film est
une succession de compromis. Je ne suis pas un réalisateur qui place sa
création au dessus de la collectivité. Et je crois faire preuve
dhonnêteté en reconnaissant mon impuissance conclut lancien
dissident et réalisateur US.
23H59
Au café
Avec V. le Peintre.
Elles ont raison. Je mentoure de courtisans futiles qui se délectent
de mes clowneries idéologiques. Je ne lutte que pour ma propre jouissance
sociale et sexuelle, dis je
Nous sommes toi et moi tenus de continuer à peindre et à tourner
des films. Nous navons pas dautre solution et nous navons pas
de compte à rendre tant que nous sommes honnêtes et sincères
avec nous mêmes affirme V.
3855 caractères
pierre merejkowsky les films du crime et chatiment association locale (et de proximité)
AUX ETUDIANTS DE CINEMA QUI NONT JAMAIS FAIT DE
CINEMA
Ali: Ecoute, faisons quelque chose! On na rien dautre à
faire que du Théâtre. Tu sais le cinéma cest pas pour
nous
Mouloud: Cest vrai faisons quand même quelque chose et ce quelque
chose ce sera du Théâtre. Mais je ne sais pas ce quil faut
pour faire du Théâtre
Ali: Pour faire du Théâtre, il faut un maximum de théâtralité
La théâtralité seule donne de leffet.
Mouloud: La Nouvelle Vague a fait de la théâtralité animée
cinématographique.
Ali: Nous ne sommes pas la Nouvelle Vague. Ce quil faut pour nous, cest
un théâtre théâtral, un travail sur le surcroit qui
donne la théâtralité
Mouloud: Comment peut on coordonner toute cette théâtralité
lorsque le texte est illisible?
Ali: Cest simple. Il faut coordonner
Mouloud: Tes un coordonnateur ou bien un coordinateur?
Ali Je ne timpose rien Nous sommes une troupe, pas un Parti
Mouloud: Un coordinateur cest celui celui qui coordonne la ligne dun
Parti, cest une sorte de coordonnée
Ali: (lautre lui répond) .Notre rôle consiste à donner
du corps à une ligne brisée
Mouloud: Je ne suis pas sûr du résultat, mais il faut agir. Cest
la seule façon dexister dans cette machinerie
Ali: Regarde autour de nous et tu comprendras comment ils captent la théâtralité
de ce mauvais théâtre quest la vie
Mouloud: La réalité ne peut avoir vie que dans un corps
Ali (il en marre) Tu fait une projection très mystique du corps
Mouloud (cest lautre qui répond) La Mystique cest ce
qui nous occupe comme la Politique
Mouloud: La Politique des acteurs se retrouve dans le corps en mouvement.La Mystique
est mise au banc des accusés
Cest lautre qui répond: Et cest sur le banc des accusés
que lon assiste à labstraction du corps
Lautre dit: La Justice elle, elle sen fout puisquelle est elle
même un Corps, et que son Corps est sa raison dêtre. La Justice
tranche quand il faut trancher, et elle se rétracte quand il faut se rétracter
La réponse de lautre
Nous sommes confrontés à un autre problème. Il faut faire
pour exister. Aussi nous sommes obligés dabandonner tous les projets
qui demandent de gros moyens financiers. Le Théâtre a besoin dune
salle, dun décor
Et lautre répond Il suffit de jouer, de mettre en scène sans
référent au Théâtre Cest pour cela quà
un certain moment, il faut jouer et donc faire du théâtre. Moi je
vous laisse libre de vos mouvements et la théâtralité se met
en jeu. La voix se brise pour laisser la place aux gestes infiniment petits. Mais
ces gestes peuvent être grands et ton affirmation sinscrit dans un
temps qui ne tient compte que de ton existence. Et ton existence ne se limite
pas à une fonction mais à un déroulement au son rythmé
et éclaté du tambour
Et lautre dira: Donc, aucune Cour ne peut délibérer sur ton
cas, aucune de tes pensées ne peut être assignée à
résidence, aucune de tes pensées ne peut être canalisée
par une fluidité dévorante. Moi pour linstant la théatralité
me rend alité. Jai un début dulcère, toutes les
gommes sappelent ulcère. Je pense que la théâtralité,
cest toujours du théatre qui nous enferme dans notre propre représentation
qui est elle même la cause originelle de lidée que nous nous
faisons de notre cause.
Rounab
membre du Collectif local (et de proximité) le Cinéaste, le Village
et lUtopie
DE LUTILITE DE RESISTER A LA GRANDE UNIFORMISATION
DU MONDE
SANS SE LAISSER BERCER PAR LE MIRAGE REGIONALISTE.
Je suis ce quil est convenu dappeler un jeune cinéaste
régional, parce que malgré mes trente trois ans, je suis encore
jeune et que je ne veux pas quitter mon sud ouest natal où cest que
je continue dhabiter et de travailler. Par chez nous, des gens parlent de
cinéma régional et beaucoup dautres ne voient pas très
bien de quoi il sagit, hormis bien sûr les données objectives
qui veulent quun cinéma régional soit fait en région
par des réalisateurs régionaux avec des techniciens et des comédiens
régionaux. Mais admettons que je décide de faire un remake de la
rivière espérance (soyons ambitieux) sur le Larzac avec des techniciens
et des comédiens aveyronnais, ferais je pour autant une oeuvre régionale?
PAR EXEMPLE, IL Y A A TOULOUSE UN FESTIVAL DE COURTS METRAGES
En fait il ma fallu des années pour comprendre que lon parlait
du cinéma régionnal par opposition au cinéma normal fait
par des profesionnels de Paris. Par exemple, à Toulouse, dans un festival
de courts métrages, il y a la sélection de courts métrages
normaux, avec la lumière normale, des comédiens normaux, qui parlent
comme il faut, et il y a la sélection REGIONNALE. Mais attention, tout
cela nest pas aussi simple, car imaginez vous quil existe aussi des
réalisateurs régionaux qui font eux aussi des films normaux avec
une lumière normale et avec des comédiens qui jouent normellement...Et
ces réalisateurs ont vraiment avoir de quoi les boules, car ils devraient
passer dans une sélection normale. Personnellement je trouve normal de
passer en sélection régionale car dans mes films, les comédiens
parlent un peu plus quailleurs et surtout ils parlent plus vite. En plus
ils nont pas laccent de la télé. Mais comme jaime
bien bosser avec quelques techniciens parisiens, je ne sais pas si je suis vraiment
un cinéaste régional.
UN ATELIER DECRITURE DE SCENARIO
Chez nous quand des gens bien intentionnés mettent en place un atelier
décriture du scénario, ils se sont auparavent réunis
en assises régionales de la culture pour essayer e répondre à
cette question: Peut il y avoir une fiction inspirée des paysages,
des hommes, bref de tout ce qui concourt à lidentité de Midi
Pyrénées?
Alors, les paysage...Ah, les paysages de Midi Pyrénées..Sachant
que du Larzac aux Pyrénées on pourrait tourner chez nous des westerns,
des films noirs ou même des sit com, ça dépend
beaucoup de ce quon veut faire et par exemple, moi Rodez (capitale de lAveyron)
ne minspire pas du tout. Mais Rodez cest particulièrement nase.
LES HOMMES DE MIDI PYRENEES ONT ILS UN CHAPEAU TYPIQUE SUR LA TÊTE?
Alors les hommes ..Ha les hommes de Midi Pyrénées... à quoi
ressemblent les hommes de Midi Pyrénées? Ont ils un chapeau typique
sur la tête? Sont ils des rebelles? boivent ils des coups jusquà
plus soif dans une atmosphère de franche camaraderie? Peuvent ils être
homosexuels ou arabes? Et alors lidentité.. ben lidentité
de Midi Pyrénées...Hormis le fait quil y ait Toulouse en plein
milieu; et que Toulouse rassemble petit à petit tous les gens de la campagne
environnante qui ne sen vont pas à Paris..Donc hormis ça,
je ne vois pas trop en quoi consiste cette fameuse identité Midi Pyrénéenne.
Par conséquent, il conviendrait de reposer la question initiale à
lenvers. Ce qui donnerait Existe t il une seule région au monde
qui ne puisse pas inspirer une fiction?
LE CAHIER DES CHARGES DU PROSPECTUS
Le prospectus nous dit à ce sujet: Léquipe chapeautée
par un scénariste devra écrire sur la base dun cahier des
charges bien connu pour ce type de production: un budget de 6 à 8 millions
de francs, un tournage ne dépassant pas 5 semaines, une tipologie de scénarii
permettant laccès à une antenne nationale à 20H30,
ce quon appelle le prime time.
Gageons que léquipe en question, avec de tels éléments
de départ, saura vite capter lidentité de notre belle région
pour nous ficeler un scénario doù émergera un espèce
dhomo Midi Pyrénéus avec normellement, un bérêt
sur la tête, un accent méridional aseptisé et surtout, avec
la même vie que nimporte quel français de la télé.
Bref tout ça pour dire quil convient de faire ce quon a envie
de faire, et avec qui on a envie de le faire (pour le cinéma comme pour
le RESTE) parce que sinon on va prendre la sale habitude de faire ce quon
nous dit de faire...et où le faire...Et avec qui le faire...Et aussi comment
le faire....
Alain Guirodie, cinéaste local? (et de proximité)?
PROGRAMMES
ARTE
DERNIERES THEMATIQUES (CULTURELLES):
-la chasse
-la Légion Etrangère
-la corrida
LE FESTIVAL DU FILM TRES CHIANT
(les médias officiels qualifient nos films de très chiants, imposons
un statut de réalisateur de films très chiant)
FILM
(55minutes)
libre adaptation des Possédés de Dostoievski
interprètes: les vendeurs à la sauvette des champs élysées
Du lundi 3 novembre au vendredi 7 novembre à 21 heures,
dans le café,al aricha
161 rue de Vaugirard, métro Falguière
LA FORCE DES CHOSES
DALAIN GUIRODIE
LE 13 NOVEMBRE A 19h
A LESPACE KODAK
26 RUE VILLIOT
75012 PARIS
FESTIVAL RENCONTRE
CINEMA ET VIDEO
Le cheminement opiniatre dun artiste indépendant, les paroles
vivantes qui sélèvent sur un mode mineur
DATE LIMITE ENVOI VHS POUR LA SELECTION LE 20 OCTOBRE
MJC MONPLAISIR
25 Av des Frères Lumière
69008 Lyon
Tél 04 72 78 05 70
AJOUTER
extrait csa
programmes de projection, moi festival lyon
ajouter: vente de k7, articles prods avec Norbert
lettres de lecteurs
chronique télé émetteur?????????????
DIFFUSION
Agence du Court Métrage
Maison du Court
Thécif, 2 rue de la Michodière
Avant Garde David Dumortier 45 59 57 00 pst 5230 ou 40 33 05 76
1O1, Jean Marc Manach 4138 04 16 ou 44 83 42 42
Le Monde Libertaire 48 44 13 48
Roth?
Vernissage: ligne doutrance place des grés 75020 ps (Pierre Dagay
de la part david dumortier`
n°2
article norbert
extrait dumortier`
tran?
extrait de mon roman avec norbert..
gilles?
MAIS
COMMENT PEUT ON METTRE DU MUET DANS UN FILM DE TOURNEUR
?
(Mère sans Courage)
Yasser
Faut pas que je me saoule la gueule.(cest un Croyant)
Natahanyou
Il laime mais il ne sait pas comment lui dire, elle parle pas, mais lui
il sen fout
Cest un amour céleste
Paul(alias François)
Si c'est Céleste, ça plaira pas aux cathos
Yasser
Aujourdhui cest le premier jour
Natahanyou
Vas y continue
(laction se passe pas dans une queue de rmiste ou dans un camp de réfugiés
à voir selon les disponibilités finzncières en cours de la
femis)
Yasser
Comme jai raté tous les examens, je me suis juré de travailler
cette année
(il fait les cents pas)
apparait posel, posel musique kabyle en cours délaboration
par des membres du Likoud)
Natahanyou
Mais le problème cest que .
Yasser
Je trouve ça nul de parler de la femme algérienne muette
Natahanyou
Ya un poète anarchiste et un poète de la Loi. Ca fait deux
poètes. Ca pourrait être une sorte de Jules et Jim amélioré
Yasser
On sen fout de Jules et Jim
Natahanyou
Moi je vais faire ce film, tinquiète pas
Yasser
On pourrait leur proposer de leur envoyer le texte dune chanson à
la place du scénario
Natahanyou
Mais y a pas dintrigue?
signé Norbert et pierre merejkowxsky les films du crime et du chatiment,
comité de soutien au cinéaste, le Village et lUtopie, groupe
de ciné lutte maintenue, www Z Hp
Yasser
Si je veux, je peux en écrire plein des textes comme les tiens
Natahanyou
Une intrigue avec une fille qui ne parle pas, cest un imposé un pays
dans un film de Tourneur
Yasser
A la fin elle va écrire une lettre à son cousin tchétchène
Je me suis souvent dit que ce serait une grande joie de se retrouver dans
la maison et que la haine qui nous hanile on puisse lexpurger à jamais
et que me parents puissent retrouver un peu de bonheur pour le jour qui leur leur
reste et que les champs puissent sengenouiller des enfants qui puiissent
exister et la dimension quils méritent. J'aimerais garder la mémoire
du Désert vide et de cette mémoire pour conserver le trop plein
des ancêtres de mes arrières petits enfants
Natahanyou
Mais comment comment peux tu mettre du muet dans un film de Tourneur?
MOI ET LAUTEUR
LAUTEUR ET MOI
(ARTICLE PUBLIÉ PAR LE JOURNAL 101 ET LA REVUE DOCUMENTAIRES)
le schéma directeur
Lauteur et moi, moi et lauteur, nous tournons mes films.
Lauteur me manipule. Je suis le jouet de lauteur.
Lauteur déplace mes interlocuteurs, mon quotidien en fonction de
la trame quil tisse et que jimpose également à lauteur.
Mais qui manipule qui?
Je suis mon propre sujet.
Mon propre sujet gravite autour des options, du quotidien de mes interlocuteurs.
Je moppose au rôle que je mimpose de jouer.
Mon quotidien, mes relations avec le monde nourrissent mon auto-expérimentation.
Chaque intervention me renvoie à mon auto introspection qui elle même
nourrit la prochaine auto introspection.
Je suis un champ dauto expérimentation illimité.
lobjectivité
Le thème de lexclusion lié au fonctionnement du RMI renvoie
à la problématique de mon champ illimité dauto introspection.
Il ny a pas de barrière entre le monde de la fiction de lauteur
et le monde du réel de lauteur.
Le thème de lexclusion me renvoie à la quête de ma propre
exclusion de la fonction dauteur.
Je pense faire preuve dobjectivité, et même de cette objectivité
revendiquée par la fonction officielle dauteur de documentaire de
création.
Je ne cherche pas à analyser un comportement social, à décrire
une situation personnelle, ou un conflit international ou communal.
Le SDF décrit par lauteur dans le scénario de mon film nintervient
pas en tant que SDF.
Lauteur du film ne décrit pas le comportement affectif ou social
dun SDF.
Je madresse à un homme qui a un statut social de SDF et qui est intervenu
dans mon film, dans mon quotidien en tant que spectateur dun de mes films,
et non en tant que SDF.
Cette intervention, cette incroyable subjectivité, comme lécrit
Emmanuel Brassot, donne corps à une description, à une réflexion.
Elle ne vient pas de lobservation du sujet, mais de lobservation par
les éventuels téléspectateurs de mon observation sur un SDF
qui na pas un statut de SDF.
Je ne cherche pas à prendre le pouvoir sur lauteur.
Je ne cherche pas à prendre le pouvoir sur le tube cathodique.
Je ne crée pas une barrière entre le réalisateur et lintervenant
du documentaire.
Lauteur crée son personnage autour de lincompréhension,
autour de lincommunicabilité.
Il me manipule.
Il procède par négations successives afin de brouiller mes points
de repère et les points de repère du téléspectateur
et de ma mère.
Mais vous cherchez à démontrer quel point de vue à
travers vos films? ainsi que le demande une intervenante dans mon film
le Cinéaste, le Village et lUtopie
Ce brouillage tend à renvoyer le spectateur (et ma mère) à
sa propre observation. Le spectateur devient lui aussi le propre spectateur de
ses propres observations.
Il ny a plus didentification à un héros positif, à
un héros négatif, à un SDF malheureux, à des familles
bombardées.
Lauteur refuse que les archives cinématographiques se donnent le
droit dillustrer un passé, et déclairer un avenir.
Le choix des thèmes de lactualité(le chômage, lutopie,
le RMI) permet comme la réapropriation des archives cinématographiques
de recentrer le commentaire de lactualité sur ma propre réalité.
Je suis le moteur descriptif de ma propre réalité.
Le système revendiqué de la négation (je ne veux pas, je
refuse etc. etc. ) permet de tracer les limites de mon champ dauto introspection
et interdit le recours à la relativisation dune question, à
lexposé de la multiplication des effets secondaires ou déterminants
des conséquences (imprévisibles) de la mondialisation.
Il ny a plus dalibi.
La protestation et le cri tiennent lieu de description objective.
Le cri sexclut du statut de militant, ou du statut de témoignage
exceptionnel de la souffrance, de la révolte révoltante.
Le cri est catalogué dans lexpression de lartiste.
Lauteur par mon intermédiaire se lance aussitôt à lassaut
de ce statut dartiste qui pourrait nous être accordé. Il recentre
son discours sur une critique des systèmes que je défends, les systèmes
de lutopie, les systèmes de la réinsertion des RMIstes
Il me juge.
Il mausculte sans fin.
Il ne veut pas être taxé de leader, de professeur, de détenteur
dun savoir, dune spécialisation.
Il ne veut pas menfermer dans un statut professionnel.
Mon documentaire sur la fonction sociale du RMI sinfiltre malgré
ma volonté dans une structure déterminée par les lois de
la réinsertion.
Inexorablement, lauteur me pousse à revendiquer un statut dexclu,
à me méfier dune identification aux professionnels que je
côtoie dans mon documentaire, aux hommes dargent, aux hommes de pouvoir,
aux femmes aimantes, aux enfants qui errent, aux chiens qui aboient dans la campagne,
aux voitures rutilantes. Ma fonction de réalisateur et ma fonction dexclu
concourent à exclure mes intervenants de leur champ de référence
habituelle.
Je me déplace de groupes en groupes, de militants en militants, damis
en amis, de femmes en femmes avec toujours la même obsession.
Je ne dois pas pendre le pouvoir, je ne dois pas utiliser mon documentaire pour
attirer sur moi les feux de lactualité puisque je ne reconnais pas
le pouvoir de lactualité sur mon cheminement.
La répétition de la même argumentation chasse mon angoisse.
La répétition de la même argumentation chasse mon angoisse.
La répétition de la même argumentation chasse mon angoisse.
La répétition de la même argumentation chasse mon angoisse.
Mon esprit est occupé par lunique pensée du refus de la prise
du pouvoir
Cette unique pensée ressassée permet dentrer en communication
avec le monde de la lumière, avec les splendeurs naturelles ou les laideurs
naturelles de la Nature. Elle contraint lauteur à se recentrer autour
des paroles des interlocuteurs
Le caractère obsessionnel de cette répétition contraint le
spectateur attentif ou peu attentif à échapper à lennui
que suscite les mêmes propos, les mêmes attitudes.
Il est à son insu amené à ne plus sidentifier à
mon jeu dacteur narcissique
Il entre lui aussi dans un phénomène dintrospection (en admettant
quil nait pas eu la chance de mettre tout de suite la main sur le
boîtier qui commande louverture et la fermeture des différents
canaux de son poste satellitaire et parabolique)
Il ny a plus de spectateur.
Il ny a plus de réalisateur.
Linformation nest plus verticale, elle est horizontale, elle traverse
les contradictions de lauteur et les attentes des spectateurs .
Le spectateur nest plus convié à se laisser gaver par une
rhétorique qui mexclut de son propre quotidien.
Lauteur à travers ma voix et ma gestuelle agitée explique
quil fuit le sensationnel, quil nessaye pas de capter lattention.
Le non captage de lattention est capté par la revendication du non
captage de lattention.
Ma parodie fréquente des documentaires programmés par les chaînes
de télévision officielle critique le système de lidentification.
Je refuse dendosser le micro cravate du spécialiste qui laisse entendre
que les muscles fessiers rivés sur les canapés doivent se contenter
de leur situation: Nous, spécialistes, informons par la vérité
objective des images que vous nêtes pas bombardés dans une
ville assiégée, que vous ne stationnez pas dans une interminable
queue avec lintention avouée davaler une soupe fade et populaire,
et cest pour cette raison que face à la description objective de
ces malheurs, vous navez rien à revendiquer, ni à réclamer.
Vous avez la possibilité davaler vos soupes salées et de vous
massacrer à coups de voitures particulières les jours de grands
départs. Vous êtes libres. Nous sommes libres. Vive la liberté.
Vive la télévision. Vive les voitures. Vive les canapés.
Vive la soupe. Vive les vacances.
lanalyse
Mon indignation détermine le choix des sujets de lauteur.
Cette indignation est immédiatement suspecte.
Lauteur exige des explications.
Il veut savoir si cette indignation nest pas destinée à créer
un climat de sensationnalisme qui contribuera à augmenter les points de
laudimat.
Lauto dérision, le recours à lironie combattent la gravité
solennelle et grotesque de lauteur désireux de sauto flageller.
Jessaye de mabstraire des valeurs de laudimat avec le secret
espoir que cette non reconnaissance consacrera mon entrée dans le corridor
de laudimat.
Les objets se déchaînent autour de moi.
Les demandes de mes interlocuteurs alimentent ma surenchère verbale. Je
madresse aux cochons (le cinéaste le village et lutopie). Je
mengage dans un Bataillon de Volontaires pour la Yougoslavie (la petite
guerre)
Je nimpose pas une analyse qui permettrait dassouvir la soif de connaissance
du spectateur.
Je nai pas soif. Sur mes tournages on ne boit pas, et on ne mange pas.
Même si jaffirme que mes films sont créés autour dune
certaine forme dautogestion.
Il ny a pas de réalisateur suprême.
Je ne suis pas dieu
Ils disent souvent ou parfois que je suis un démagogue.
Je reconnais facilement et à volonté mon attitude démagogique.
Jai déjà annoncé que je comptais me présenter
aux élections présidentielles dans un de mes précédents
films (le cinéaste, le village et lutopie). Cet effet dannonce
imprévu et partiellement imprévisible même dans mon propre
système me permettait de justifier mon discours démagogique. Le
prétexte de la réalisation du film laissait enfin la place au Tribun
qui saffranchissait ainsi des contingences propres à la réalisation
dun film (recours à une caméra, fiches de paye, recrutement
de collaborateurs autogérés etc etc..)
Annoncer de but en blanc que je renonce à toute jouissance terrestre (à
bas le désir, à bas la normalisation comme je lai écrit
dans mon film Nous voulons du chômage) participe également à
cette démagogique auto intoxication.
Ma remise en cause des moyens techniques, la remise en cause du pouvoir des opérateurs
ou des monteurs dissimulent ma culpabilité.
Je suis coupable.
Japporte ma pierre à lédifice du Meurtre.
Le va et vient constant entre lauteur et mon personnage renforce la barrière
que mon narcissisme et mon humilité de circonstance alliée à
une dérision programmée instaurent entre mon quotidien et mon entourage
Je voudrais casser cette magie du Verbe et ce rappel constant à auto dérision
qui participe à mon propre meurtre. A ce Meurtre qui tue lindividu
par lindividu et qui se répercute de tubes de télévision
en tubes de télévisions et de canapés en canapés.
Le Moi et lauteur tentent de trouver une ligne de fuite. Une ligne de fuite
qui niera lidée de Meurtre.
La ligne de fuite se dérobe.
Mon ironie et mon auto dérision laissent habilement entendre que je ne
cherche pas à endosser les malheurs de lHumanité.
Cest certainement une nouvelle et ultime manipulation.
La répétition récurante de ma revendication à un statut
dexclu est le fruit de mon auto manipulation.
Je participe au Meurtre.
Je me réfugie dans lironie.
Je cherche lassentiment à travers mon refus de ma recherche de lassentiment.
Je suis malgré lauteur un auteur de documentaire.
Je ne suis pas Dieu.
Et jaffirme solennellement que je ne suis pas un auteur mégalomane.
RECITS
publiés aux éditions des films du crime et du châtiment
20 rue des volontaires 75015 paris
tél:fax 01 45 67 86 20
PIERRE MEREJKOWSKY
LA PROJECTION
(chronique pénitentiaire)
MANIFESTE
10H34
Je téléphone à la Préfecture.
Allo dis je
Que désirez vous? demande la voix féminine
Je voudrais savoir à quelle heure vous comptez interdire la circulation
automobile
Ne quittez pas
Allo? dit la voix masculine
Bonjour, dis je
Que désirez vous?
Jaimerais savoir si vous comptez interdire prochainement la circulation
automobile?
Une sonnerie brève
Je vous écoute, dit la seconde voix féminine
Bonjour madame, dis je, jaimerais savoir si vous avez lintention
dinterdire les voitures dans Paris
Qui êtes vous monsieur?
Je mappelle Pierre Merejkowsky
Vous intervenez à quel titre?
Jai mal à la gorge, jai les yeux qui piquent et comme
je me déplace exclusivement en vélo jaimerais avoir des précisions
sur une éventuelle mesure dinterdiction de la circulation automobile,
sil vous plaît madame, excusez moi de vous déranger, madame
Vous êtes journaliste?
Non
Nous ne répondons pas aux questions des particuliers, nous ne répondons
quaux questions des journalistes, au revoir monsieur.
11H31
Second coup de téléphone. Cest G.
G habite dans lAveyron, à la campagne.
LAgence du Court Métrage ne sélectionnera pas son court métrage.
Il na pas été primé dans un Festival organisé
par lAgence du Court Métrage. Je lui donne les Coordonnées
du Festival RÉSISTANCES qui vient de se créer en Ariège
G me remercie.
Linformation en province circule mal et il est regrettable que linformation
soit diffusée depuis Paris.
14H01
Défilé ininterrompu de papistes
Je prends la parole:
Je tiens à élever une solennelle protestation. Je nai
pas le droit de projeter des films super 8 dans la rue et vous, vous avez le droit
dinstaller des toilettes sur la voie publique. Cest une honte.
Soyez un peu plus tolérant, vous faites du vélo, et on vous
dit rien, réplique poliment un volontaire
23H17
Tollé dans la salle de cinéma classée Art et Essai
par le CNC.
Vous navez pas le droit de critiquer une réalisateur qui a
eu le grand Prix du Documentaire Art et Essai ségosille un spectateur
Et puis à quel titre intervenez vous, questionne une spectatrice
en brandissant un exemplaire des Cahiers du Cinéma
Je précise ma position
Je suis attaqué. Je me défends. Votre documentaire affirme
que lidéologie a sombré dans les poubelles de lhistoire.
Je tinterdis de me traiter de poubelle. Je ne suis pas une poubelle. Nous
luttons. Nous créons des réseaux de diffusion parallèle.
Le mouvement squat prend de plus en plus dimportance. Nous refusons de cautionner
le système culpabilisant du RMI, nous exigeons un revenu minimum garanti
et à vie, sans le flicage de ta presse, de leurs journaux ,et des diverses
télévisions culturelles qui renforcent notre culpabilisation. Nous
vivons dans un système de censure. Tu es un collabo. Tu nous incites toi
aussi par ton documentaire à nous cloîtrer avec une femme, un bébé
et un perroquet des Iles. Et tu as en plus le culot de nous bassiner avec lévocation
de massacres afin de nous laisser entendre quici nous sommes libres et que
nous navons plus rien à revendiquer
Je te remercie de ton intervention, elle prouve que mon film ne ta
pas laissé indifférent. Moi je navigue à vue. Un film est
une succession de compromis. Je ne suis pas un réalisateur qui place sa
création au dessus de la collectivité. Et je crois faire preuve
dhonnêteté en reconnaissant mon impuissance conclut lancien
dissident et réalisateur US.
23H59
Au café
Avec V. le Peintre.
Elles ont raison. Je mentoure de courtisans futiles qui se délectent
de mes clowneries idéologiques. Je ne lutte que pour ma propre jouissance
sociale et sexuelle, dis je
Nous sommes toi et moi tenus de continuer à peindre et à tourner
des films. Nous navons pas dautre solution et nous navons pas
de compte à rendre tant que nous sommes honnêtes et sincères
avec nous mêmes affirme V.
JE NE VEUX PLUS CHERCHER DU TRAVAIL
le téléphone
Elle sappelle Odette.
Jai rencontré Odette il y a deux ans quelques heures avant le vol
de la roue avant de ma bicyclette. Javais acquis à la suite dune
longue série defforts un nouveau statut social. Javais abandonné
mon statut de gardien dordinateur dans une banque daffaire américaine
et javais accédé au rang de diffuseur de film indépendant.
Javais à ce titre parfaitement le droit dadresser la parole
au compagnon de Odette. Le compagnon de Odette avait réalisé un
documentaire indépendant. Le prétexte nécessaire pour engager
une conversation obéissait donc à la cohérence sociale en
vigueur. Javais la possibilité de distribuer son documentaire indépendant
sur lécran de 44cm dune télévision non portable
juchée sur le tabouret dun café inconnu.
Jai passé plusieurs soirées chez les compagnon de Odette.
Je mange souvent des gâteaux en leur compagnie. Le compagnon dOdette
envisage dans ses phases dépressives dabandonner la profession de
réalisateur. Il envisage fréquemment de se reconvertir dans la vente
de gâteaux. Il absorbe toutes sortes de gâteaux, des gâteaux
à la crème ou des gâteaux sans crème. Il boit aussi
du thé et parfois des bouteilles dalcool. Il apprécie lalcool
et les gâteaux. Il apprécie aussi Odette.
Le téléphone, un soir, cest un fait, sonna. Cétait
un message pour Odette. Odette raccrocha après avoir poliment affirmé
quelle était prise pour toute la semaine et quelle ne pouvait
pas prendre dengagement pour la semaine suivante. Il y eut un long silence.
Je ne travaillerais pas et je ne veux plus chercher du travail, affirma
Odette
Je te ferai remarquer que dans trois mois ton statut dintermittente
du spectacle arrivera à son terme, remarqua son compagnon
Je ne veux plus travailler comme camerawoman, répliqua Odette
Et où comptes tu vivre sans argent?
Je ne sais pas, je retournerai chez mon père à Grenoble
A cette époque je nétais pas encore entré en conflit
avec le compagnon de Odette. Une réalisatrice partageait notre amitié
et nous aimait dun égal amour. Je lisais également la presse
du mouvement Cargo.
Je nai jamais pu rencontré les membres de ce collectif qui milite
pour un revenu minimal garanti égal à trois fois le montant du RMI,
et sans surveillance sociale, sans prise en charge par des éducateurs,
sans prise en charge dans des stages de nettoyage, de montage virtuel, ou dautres
crétineries culpabilisantes et dévalorisantes pour les participants
Enfin à la suite dévénements extra conjugaux quil
na pas lieu dévoquer( pour linstant), je me suis résolu
à prendre une nouvelle fois contact avec Odette.
lappartement
Cest un appartement néo soixante huitard. Des affiches de la
Révolution passées sont punaisées. Les verres sont rangés
par ordre de taille décroissante au dessus de lévier.
Odette affirme quelle na quune demie heure devant elle et quelle
devra sen aller dans au maximum une demie heure.
Nous prenons place sur le canapé jaune ( cest un canapé jaune).
Je prends un stylo. Elle allume une cigarette.
La dernière fois que je tai vue chez Paul, tu as affirmé
que tu ne voulais plus chercher du travail, jaimerais que tu mexpliques
la raison de ce refus, je pense que cette explication pourra rentrer dans le cadre
de mon journal autofinancé et autodistribué que jécris
en compagnie dune réalisatrice commune et amie qui partageait mon
amitié pour Paul et pour toi, je crois savoir quelle taime
beaucoup et quelle tapprécie, nous vendons ce journal pendant
les projections que jorganise et jespère que tu ne seras pas
fâchée contre mon article, je ne prétends pas être différent
des autres, je ne cherche pas à thumilier, je ne veux pas semer la
discorde, je cherche simplement à réfléchir sur le sens de
nos vies, peut être est ce que je devrais aller vivre en Israël, mais
je ne sais pas si cest une bonne idée daller vivre en Israël,
je pourrais peut être organiser des projections dans un des derniers kibboutz
autofinancés dans le Néguev, je me sens étranger ici, les
femmes luttent entre elles, et moi je crois que jattise certaines flammes,
et je pense que lerreur vient de notre désir de nous enrichir, de
conquérir, doù mon intérêt pour ta déclaration
concernant ton refus de travailler
Je nai pas dit que je ne voulais plus travailler, jai dit que
je navais plus le temps de chercher du travail. Je tiens à finir
le montage de mon film
Cest donc pour cette raison que tu ne cherches pas du travail comme
camerawoman?
Exactement, je trouve juste que les ASSEDIC me permettent de finir mon montage,
les chaînes de télévision ne veulent pas diffuser mon film,
ils vont le qualifier de chiant(1) et jestime avoir le droit
de mexprimer
Donc tu es prête à tenfermer de nouveau dans la structure
hiérarchisée et oppressante dun tournage officiel quand tes
ASSEDIC arriveront à leur terme?
Il ne faut rien exagérer, je préfère être camerawoman
que vendeuse dans un supermarché. Je suis venue à Paris avec lidée
de réaliser des films. Jai fait des petits boulots et puis ensuite
jai réussi à devenir stagiaire caméra, puis assistante,
puis cadreuse. Ce cursus professionnel devait dans mon esprit déboucher
sur des contacts qui mauraient permis de passer à la réalisation
Et que dit ton entourage lorsque tu affirmes que tu veux finir ton film
et que tu ne réponds pas aux demandes de tes éventuels employeurs,
il est en effet évident quen ne disant pas que tu es sur un autre
tournage, tu risques dêtre rayée définitivement des
plannings et de passer pour une camerawoman peu fiable et quil importe donc
dexclure de la profession, les engagements professionnels doivent être
tenus, sinon il est impossible de tourner des films, cest évident
Ils disent que je suis folle et que jai un loyer à payer
Tu nenvisages pas dhabiter dans un squat
? Tu pourrais vivre avec moins dargent et tu aurais ainsi la possibilité
de tourner et de diffuser tes films dans les bistrots de quartier que personne
ne connait sur des écrans de télévision de 44 cm non portable?
Je ne veux pas te décevoir, je ne suis pas aussi radicale que tu
le crois, je nai plus le courage de vivre dans un squat, et jai besoin
délectricité pour faire fonctionner ma table de montage
Bref si tu ne vends pas ton film, tu rechercheras du travail comme camérawoman?
Oui
Tu ne vis pas cette situation comme un échec?
Non
Pourquoi?
Jaurai essayé de mener à bien mon travail de réalisatrice
et je ne suis pas angoissée par ma vie
Et Paul comment vit il cette situation?
Il sangoisse...Il est passé chez moi hier soir, je lui ai montré
un premier bout à bout et il ma dit de tout recommencer...(elle sourit).
Pourtant Paul a réalisé un documentaire sur des squatters
heureux, il avait donc bien dans lidée de renoncer à un certain
confort afin de rejoindre les rangs de la résistance en lutte contre le
totalitarisme du fascisme rampant des chaînes de télévision?
Je ne veux pas parler à la place de Paul. Je pense que Paul est dans
une autre logique que la mienne, il veut réaliser les films quil
a envie de réaliser et être payé pour sa réalisation
Bien sûr, cest un syndicaliste.
lascenseur
La porte de lascenseur se referme
En tout cas je continuerai mon film jusquau bout dit Odette.
La lumière de la veilleuse de lescalier séteint.
Un baiser rapide sur la joue.
Odette monte rapidement dans son auto. Jenfile rapidement mon écharpe.
Odette est désolée. Paul lattend.
Ils ont rendez vous dans un cinéma dArt et dEssai subventionné
par la Ville de Paris.
Ils ne mont pas proposé de les rejoindre dans la salle de cinéma
dArt et dEssai subventionné par la Ville de Paris.
LE FOU PROVOCATEUR
Le journaliste de lEst Républicain a écrit que je suis
fou.
Lépouse de lÉducateur a cessé de travailler
Elle élève ses quatre enfants . Le petit dernier est âgé
de trois mois et la fille aînée vient juste davoir ses dix
sept ans la semaine dernière.
Je mange des nouilles.
Une sauce tomate relie les nouilles entre elles.
Tu prends la voiture? demande lÉducateur
Non, pourquoi? interroge lépouse de lÉducateur
Je pensais que tu prendrais la voiture
Avec toi tout est toujours compliqué, tu sais bien que je conduis
dabord Christine chez Fanfan et quensuite je passe reprendre Antoine
à la sortie de lécole.
Excuse moi, javais compris que tu avais besoin de la voiture en fin
daprès midi
Je nai pas lhabitude daller me promener laprès
midi en voiture
Jai du effectivement membrouiller dans les dates, je croyais
que tu avais exceptionnellement besoin de la voiture.
La fille aînée senferme dans les toilettes. Le petit dernier
vomit sur lépaule gauche de la cadette.
Jai interrompu mon activité professionnelle il y a plus de
neuf ans et je ne sais pas si dans cinq ans quand le petit dernier ira en classe,
je serai encore capable de travailler. Jai limpression que je ne suis
plus dans le coup précise lépouse de lÉducateur
Un individu isolé grelotte.
Une femme échevelée sécroule contre une poubelle.
Lindividu isolé agite un bras au dessus de la poubelle.
Une voiture sest arrêtée, les gens sont quand même
solidaires entre eux, nous pouvons continuer notre chemin constate lÉducateur.
Les deux retraités de lÉducation Nationale, lanimatrice
bénévole et la fille aînée sont assis sur des chaises
devant le poste de télévision.
Excusez moi, je ne veux pas me moquer de vous, mais tout ce que vous dites
me fait vraiment rire affirme la retraitée de lÉducation
Nationale.
Je vous en prie, je ne suis pas un gourou dis je
LÉducateur engage une brève conversation téléphonique.
Jai regardé votre film avec intérêt, je ne veux
pas vous empêcher de vous exprimer, mais en ce qui me concerne je pense
sincèrement que vous êtes un farfelu, affirme le retraité
de lÉducation Nationale
Nous vivons dans un Régime Démocratique, et nous avons tous
le droit de nous exprimer, dis je
Vous avez intitulé votre film, le RMI cest la vie, reprend
le retraité de lÉducation Nationale
Avec un point dexclamation à la fin, dis je
Je trouve absolument indigne que vous vous arrogiez le droit dinciter
les chômeurs à ne pas travailler et à vivre en assistés
permanents. La liberté de lhomme et sa dignité passent par
son travail. Jai travaillé toute ma vie, complète le
retraité de lÉducation Nationale
La retraitée de lÉducation Nationale pouffe.
Je ne cherche pas à vous agresser. Jai exercé dans des
conditions difficiles une activité de syndicaliste. Je nai pas été
particulièrement récompensé pour mon action et je ne peux
pas rester indifférent face à des propos qui me paraissent particulièrement
gratuits et dans une certaine mesure proches de lexpression dun fou
ajoute le retraité de lÉducation Nationale.
LÉducateur achève sa brève conversation téléphonique.
Les RMIstes inscrits dans notre Centre dAction Sociale mavaient
tous promis dassister à ta projection, je regrette vivement leur
absence, jaurais bien aimé connaître leur réaction face
à ton argumentation, reprend lÉducateur
La Résistance a commencé. Les RMIstes refusent de se laisser
culpabiliser par une insertion aussi futile qualéatoire dis
je.
Je ne suis pas aussi catégorique que mon mari, notre fils réalise
lui aussi des films. Jespère quil aura les moyens dacquérir
son indépendance financière, et quil pourra ainsi sépanouir
dans un travail qui correspondra à son désir. Vous avez raison de
privilégier vos relations affectives sur un développement de carrière,
cest pour moi essentiel déclare la retraitée de lÉducation
Nationale.
Les cheminots régionaux ont voté la fin de la grève régionale.
Ils travaillent.
Les collégiens mangent.
Le professeur porte une barbe.
Ca valait quand même le coup de se lever à cinq heures du matin,
grâce à ce voyage on saute deux cours de français constate
une collégienne
Le programmateur alternatif porte une cravate sombre.
Il lutte contre la répression. Il a démissionné de lÉducation
Nationale. Il occupe depuis vingt cinq ans les caves dune ancienne abbaye.
Il a refusé de figurer sur la liste des candidats aux élections
municipales. Il a été convoqué par un Inspecteur des Renseignements
Généraux. Et la police municipale verbalise systématiquement
les voitures qui stationnent devant lentrée de sa salle de spectacle
alternatif.
Je commande un verre de jus dorange au barman alternatif.
Le refus de ta réinsertion rejoint nos préoccupations, tu
es ici chez toi, tu peux passer tous les films que tu désires, je te remercie
affirme le programmateur alternatif
Jean Paul est désolé. Il a raté le début de mon film.
Il a été retenu par une interminable réunion. Nous vivons
dans une nouvelle ère de communication. Les responsables culturels aiment
bien sentendre parler.
Je ne suis pas certain davoir tout compris ce que vous voulez dire,
mais en tout cas japprécie votre vivacité et votre énergie
affirme un spectateur chauve sans lunettes.
Une femme en tenue de soirée embrasse la joue dune femme en tenue
de soirée.
Jai gravement sous estimé la vindicte de mon chef de service,
je nai pas immédiatement compris quil sattaquerait à
moi plutôt quà mon chef immédiat, explique Jean Paul
Nous ne sommes que des pions, des êtres manipulés, ballottés,
endoloris, je suis sur le point de perdre mon boulot, ma femme ma quitté,
elle a emmené les enfants avec elle, elle ma dit quelle ne
voulait plus assumer ma souffrance. Leur système nous pousse à divorcer.
Les spéculateurs engrangent ainsi de substantiels bénéfices.
Les divorcés achètent deux fois plus de voitures, et de frigidaires
ajoute Jean Paul
Lautoroute longe les usines abandonnées.
Le camion de plusieurs tonnes zigzague.
La voiture de Jean Paul se faufile entre les zigzags.
Le chauffeur sest sans doute endormi. Cest facile de faire une
connerie. Jai failli moi aussi faire une connerie. Le lendemain du départ
de ma femme et des enfants, je me suis dit que jallais mettre fin à
mes jours affirme Jean Paul.
Cest vite fait de se tuer constate Jean Paul.
Des wagons abandonnés stationnent sous lauvent dun gigantesque
entrepôt.
Jean Paul est tombé dans un trou, un trou noir et sans fin. Son chef de
service lhumilie. Le monde du travail sapparente à lunivers
concentrationnaire. Nous sommes tous les gardiens et les gestionnaires de notre
enfermement. Ils ne veulent pas sattaquer à la notion du travail.
Ton film analyse bien loppression qui se dégage de la notion
du Travail. Leur réinsertion est un formidable moyen de répression.
Elle divise les exclus. Elle empêche toute forme de revendication
affirme Jean Paul
Des arbres faméliques surplombent le sommet dune colline.
Je nai pas réussi à mabstraire de ce vaste camp
dinternement dans lequel chacun joue son rôle. Les artistes sont chargés
de la distraction des prisonniers. Les travailleurs travaillent. Les éducateurs
éduquent. Les programmateurs alternatifs programment. Le piège se
referme. Jai encore des traites à rembourser sur ma maison. Mon ex
femme a droit à un cinquième de la vente de la maison. Cest
très vite fait de perdre le contrôle de sa vie. Jaurais pu
voler un soir de déprime une bouteille de whisky dans une grande surface
Le vigile maurait arrêté. Jaurais frappé le vigile.
Comme ça, juste par énervement, par désespoir. Les flics
seraient venus. Jaurais nié les faits. Des clientes bien intentionnées
et sûres de leur bon droit se seraient empressées de témoigner
contre moi, le Juge des flagrants délits aurait vaguement écouté
mes justifications, mon employeur aurait refusé de se porter témoin
de ma moralité, ma belle mère se serait acharnée contre moi,
le Juge maurait vraisemblablement condamné à deux mois de
prison ferme, jaurais été incapable de supporter la violence
propre au monde carcéral, je me serais une nouvelle fois battu, jaurais
été condamné à une peine de cachot, et lengrenage
se serait mis en marche, ajoute Jean Paul
Je ne suis pas trop inquiet pour toi, je nai pas limpression
que tu te sois aigri, et que tu sois convaincu de la nécessité de
détester toutes les femmes dis je.
Des pavillons alignés succèdent aux usines abandonnées.
Les libéraux nous bassinent avec notre responsabilité, avec
notre réinsertion. Mon ex femme prétend que nous sommes tous les
deux collectivement responsables de notre divorce. La négation de sa responsabilité
la place justement sur le terrain de sa responsabilisation. Elle est victime de
la pression sociale. Nous sommes incapables de nous abstraire de la normalité
qui sest infiltrée dans nos vies privées. Les flics ont ramassé
mon ancienne copine. Elle sétait foutue à poil un soir de
Noël dans un centre commercial. Les psys de lhôpital mont
conseillé de ne pas poursuivre notre relation. Ils mont habilement
suggéré de ne pas assumer une responsabilité qui incombait
à leurs yeux à un personnel formé et responsable. Il y a
quinze ans, je pensais que la schizophrénie était liée à
des facteurs sociaux. Je nai pas voulu me réfugier dans une apparente
responsabilisation, je ne voulais pas dire que je nétais pas responsable,
je voulais placer ma vie sur le terrain de la responsabilité ou de la non
responsabilité. Jai craqué. Nous avons fini par rompre. La
poursuite de notre relation et nos ruptures à répétition
ont peut être favorisé la multiplication de ses bouffées délirantes,
mais en tout cas, jai refusé de me poser la question de ma propre
responsabilité et jai préféré privilégié
la négation de mes regrets
Une de mes amies a été plusieurs fois internée. Elle
sest suicidée. Je ne sais pas si je tavais parlé de
cette histoire. Je crois quà cette époque nous avions cessé
de nous voir pour dobscures raisons
Tu tes senti responsable?
Ils veulent nous convaincre que notre état de chômeur ne doit
pas simpliquer dans une quête de lirresponsabilité. Mon
amie a été internée. Ta femme a divorcé. Ton patron
veut te virer. Les Renseignements Généraux surveillent les salles
de spectacles alternatifs. Je nai pas peur de la normalisation. Jai
peur de la folie. La mère de mon dernier enfant ma annoncé
juste avant mon départ quelle avait lintention dentamer
une analyse, et jai certainement ma part de responsabilité dans le
développement de son angoisse
Il est évident que nous sommes attirés par des phénomènes
qui nous fascinent. Les angoisses de la mère de ton dernier enfant entrent
nécessairement dans le dispositif du scénario que vous vous imposez
de jouer, ou que la situation vous impose de jouer
Je ne pense pas être attiré par ce genre de phénomène,
ainsi que tu as pu le constater jexprime une certaine révolte dans
mes films et je nai pas de raison de me laisser entraîner dans un
quotidien qui serait proche de la folie
Cest vrai, mais as tu une exacte notion de ton quotidien?
Je ne peux tout de même pas imaginer que les angoisses de ma compagne
puissent déboucher sur des bouffées délirantes
La copine dont je te parlais a décrété en haut du col
de la Sclucht que le brouillard était le signe dune attaque nucléaire
imminente, et que les branches des arbres allaient tous nous étouffer,
et plus jessayais de la tranquilliser, plus elle senfonçait
dans ses bouffées délirantes. La folie a perdu son sens réel.
Les angoisses de la mère de ton dernier enfant appartiennent à son
propre mode de fonctionnement
Je ne veux pas te contredire, mais dans ce cas comment expliques tu que
toi et moi nous soyons manifestement attirés par des relations amoureuses
qui prennent systématiquement leur essor sur une certaine folie et que
ce thème de la folie constituait jadis la principale trame de nos échanges
verbaux?
Tu ne me contredis pas affirme Jean Paul.
Jean Paul a construit trois placards dans la cuisine.
Les deux fils de Jean Paul dormaient chacun dans une chambre.
Lex femme de Jean Paul avait installé son bureau dans une des pièces
de lappartement.
Elle a plusieurs fois affirmé que le peu de succès de son activité
professionnelle était directement lié à léducation
de leurs deux fils quelle a été seule à assumer.
Laube se glisse entre les volets.
Un filet de vapeur séchappe du couvercle de la cafetière.
Jean Paul verse de leau chaude dans la théière. Il a passé
un réveillon avec des militants dAction Directe. Ils ont peut être
été manipulés. Nous sommes tous manipulés.
Un paysan ventru sassoit sur la banquette arrière du car régional.
Le chauffeur du car raconte quil a jeté machinalement un coup doeil
dans le rétroviseur et quil la littéralement vu sécrouler.
Sil avait roulé un mètre de plus, cest sûr il
lécrasait. Il a vécu la peur de sa vie. Il a tremblé
de tous ses membres. Il a été incapable de descendre du car. Ensuite
la police et les pompiers sont venus, et les histoires ont commencé, enfin
lessentiel est que Marcel Paul soit encore vivant.
Ils ont cru quil nageait dans son sang, en fait cétait
son litre quotidien de vin rouge qui sétait brisé sous le
choc sesclaffe le paysan ventru.
La secrétaire na pas été informée de lheure
de la projection.
Elle est donc dans lincapacité de mindiquer lheure exacte
de projection de mon film le RMI, cest la vie avec un point dexclamation
à la fin.
Elle me conseille de madresser directement au Directeur de lEcole
des Beaux Arts ou à défaut à Hélène qui organise
la projection.
Hélène frappe contre la vitre de la cabine téléphonique.
Je suis Hélène dit Hélène. La secrétaire
est en train de vous chercher dans lEcole, quest ce que je fais, je
raccroche? dis je. Ce nest pas grave dit Hélène.
Ce nest pas très poli de lui raccrocher au nez dis je.
Ce nest pas grave répète Hélène.
La radio locale diffuse ses informations locales dans la brasserie. Des chômeurs
occupent le siège dune administration locale.
lEcole des Beaux Arts a obtenu une case sur la télévision
locale, grâce à nous le Directeur de la télévision
reçoit une subvention de la ville. Malgré cet incontestable avantage,
nous navons pas de pouvoir décisionnaire et nous ne pouvons pas engager
de co production. Jai juste la possibilité de présenter dans
les informations locales les projections que nous organisons chaque premier lundi
du mois dans une des salles de lEcole des Beaux Arts, mais jespère
que je pourrais un jour développer des modules de réflexion avec
des habitants autour de la conception dune réelle télévision
de proximité. Javais beaucoup apprécié ton film sur
les quatre femmes que tu as interviewées un dimanche, je regrette simplement
que certains plans filmés par le second cameraman séloignent
de la sincérité des premiers plans souligne Hélène.
La situation nest pas claire. La situation est extrêmement compliquée.
Le directeur de la télévision locale défend le concept dune
télévision locale. Je lui ai envoyé par ladministration
centrale de la Poste des notes dintention qui ont toutes été
destinées à son attention. Je lui ai plusieurs fois téléphoné
depuis plusieurs années, depuis environ une dizaine dannée.
A chaque fois la standardiste ma dit de rappeler car le directeur de la
télévision locale était soit en déplacement, soit
en rendez vous (à lextérieur). Je nai pas téléphoné
tous les jours pendant dix ans, jai appelé deux fois par trimestres,
ou bien au contraire, je nai pas téléphoné pendant
cinq ans. Je plaisante. Jai du appeler le directeur de la télévision
locale deux ou trois fois en cinq ou sept ans. Il faut savoir plaisanter. Je ne
suis pas un militant sociologique ou un idéologue. Un réalisateur
de documentaires de proximité a le droit de plaisanter. Le directeur de
la télévision locale a été contraint de diffuser mes
deux derniers documentaires de proximité. Il avait en effet signé
une co-production avec un producteur. Ce producteur était las de lattitude
professionnelle des réalisateurs quil avait préventivement
fréquentés. Il mavait poussé à détourner
le concept qui sattache à la forme dexpression propre à
la réalisation dun documentaire. Javais refusé de filmer
la montagne ardéchoise. Javais filmé la nuit, une nuit noire,
sans étoiles, et sans écran de télévision locale .Des
téléspectateurs de la télévision locale avaient téléphoné.
Ils se demandaient si la télévision locale nétait pas
la victime dune grave avarie. Par la suite, dautres producteurs sétaient
ligués contre ce producteur. Ce producteur navait plus eu la possibilité
de co produire des films avec la télévision locale et le directeur
de la télévision locale en guise de représailles navait
toujours pas diffusé mon dernier film .
La standardiste souffle les bougies disposées sur la pâte feuilletée
dun gâteau. Les stagiaires applaudissent. Cest lanniversaire
de la standardiste.
Le directeur de la télévision locale moffre une tasse de café.
Le directeur de linformation locale feuillette le quotidien local
Un solliciteur attend.
Nous montons lescalier en colimaçon.
Le directeur de linformation locale me pose de nombreuses questions. Il
prend de nombreuses notes.
Nous changeons de bureau
Nous prenons place devant un banc de montage.
Le cadreur cadre le cadre.
Le directeur de linformation locale souffle dans le micro.
Le cadreur braque une lampe sur mon nez. Le directeur de linformation locale
me pose trois questions. Je réponds aux trois questions. Le directeur de
linformation locale me remercie.
Un livreur de pizzas livre une pizza.
Je remercie chaleureusement le directeur de la télévision locale.
Il affirme que je nai aucune raison de le remercier. Jinsiste. Jai
eu de la chance dêtre co produit par sa télévision locale.
Jai disposé dun vaste espace de liberté.
Les chaînes nationales ont en effet toujours obstinément refusé
de diffuser limage dune nuit noire et sans étoiles.
Les élèves sont assis sur des chaises devant des tables.
Nous attendons larrivée des élèves absents.
Je nai pas lhabitude de jouer le rôle dun professeur.
Jai toujours critiqué la subjectivité bienveillante mais hypocrite
du corps enseignant. Je naccepte pas dêtre confronté
à un savoir qui échappe à mon libre arbitre. Je suis prêt
à répondre à nimporte quelle question dis je
en prenant place sur une chaise
Les élèves présents ne posent pas de questions Un professeur
pose une question. Je réponds à la question que pose le professeur.
Un professeur vérifie linstallation du vidéo projecteur.
Une élève verse des cacahuètes dans les soucoupes.
Le journaliste de la Voix de lEst Républicain me demande dexposer
ma méthode de travail.
Je réponds que la répression sappuie sur la réinsertion
des RMIstes. Nous ne voulons plus du travail. Nous voulons de largent. Nous
ne cherchons pas à diffuser nos films dans les circuits de la répression.
Nous sommes nos propres circuits de diffusion. Nous sommes les gestionnaires de
notre propre proximité.
La projection commence.
Les spectateurs sassoient .
La projection sachève.
Les spectateur se lèvent.
Le professeur éteint le vidéo projecteur.
Lélève ramasse dans le creux de sa main les coquilles vides
des cacahuètes.
Jai trouvé que vos films étaient extrêmement comiques,
je ne sais pas si vous aviez lintention de me faire rire, mais en tout cas,
je me suis bien amusé dit un spectateur.
Un élève brandit un micro.
Jaffirme que je continuerai à projeter mes films. Je ne sais pas
si je serai de nouveau produit par une télévision locale. Je suis
décidé à me battre contre la répression. Je ne céderai
pas. Les projections, en cas dinterdiction de la Mairie, se dérouleront
sous les piliers des ponts du périphérique. Les ponts du périphérique
échappent à lautorité judiciaire de la ville et de
la banlieue. Ils constituent une zone de non droit. Je nai pas la prétention
de me réclamer dun mouvement qui prendrait son essor sur la folie.
Une de mes amies a été internée. Je nai jamais été
interné. Je ne veux pas être interné. Je veux simplement lutter
contre les structures répressives de notre société.
Cest le départ.
Hélène ne peut pas attendre le départ du train, elle a un
rendez vous avec une association locale dans les locaux de la télévision
locale. Elle lira avec intérêt le manifeste que jai écrit
et si jai envie de passer quelques jours chez elle, je suis le bienvenu,
moi, ma copine, mon septième enfant et mes autres enfants
Elle est assise contre la fenêtre. Une valise est posée contre ses
pieds.
Bonjour dis je poliment.
Je parcours la rubrique culturelle du Monde.
Des Cinéastes français sinterrogent sur la crise du Cinéma
Français.
Chaque fois que le train dépasse la gare de Nancy, je me retrouve
plongée dans mon propre malheur annonce la femme en caressant la
valise de la paume de la main.
Je ne pose pas de question. La femme poursuit son récit. Son fils avait
une excellente place dans une entreprise de transport. Il avait facilement obtenu
cette place, elle et son mari avaient dexcellentes relations. Ils étaient
les propriétaires dun grand restaurant à Strasbourg, et ils
avaient des contacts avec le Préfet, le Maire, et des acteurs célèbres
étaient même venus dîner plusieurs fois dans leur restaurant.
Son fils avait donc obtenu une excellente situation. Il avait une voiture avec
un chauffeur. Il avait un ordinateur portable. Son fils a quitté sa femme
et son fils...Il les a mis dehors, tous les deux, et il est parti avec cette femme
qui avait dix ans de plus que lui et qui avait déjà deux enfants
dun autre homme. Vous trouvez cela normal quun homme honnête
mette à la porte son fils et sa femme pour une inconnue qui a dix de plus
que lui et qui a déjà des enfants? Il a été victime
dun coup de folie. Il ny a pas dautre explication possible.
Il a commis une erreur. Une grave erreur. Et un jour il paiera sa faute. Les erreurs
de la vie finissent toujours par se payer. Elle ne sait pas pourquoi il a chassé
son fils et sa femme. Il avait pourtant bénéficié dune
éducation droite, exemplaire. Elle na pas peur de le proclamer. Son
fils a eu un cadre éducatif exemplaire. Ce nétait pas un cadre
rigide. Il était toujours possible de sexprimer. Son mari disait
toujours quil donnait une clef à ses enfants, une clef qui pouvait
permettre douvrir toutes les portes, mais que si par malheur les enfants
égaraient la clef, il ne serait plus possible douvrir la porte. Son
fils na pas voulu tenir compte de ce cadeau que lui avait offert la vie.
Sa nouvelle femme ne sera jamais admise à pénétrer dans leur
maison. Son mari avait une maison propre, honnête. Elle et son mari nont
jamais demandé de largent à lEtat, ni à leur
famille. Elle a travaillé depuis lâge de douze ans. Cest
une question de dignité. La nouvelle femme de son fils ne rentrera jamais
dans leur restaurant. Elle na plus de nouvelles de son fils. Elle ne sait
pas sil est encore vivant. Elle ne lattend plus. Elle ne veut pas
pardonner. Abandonner un enfant, son propre fils, est un crime. Un crime impardonnable.
Il a fait son choix. Il est parti avec une femme qui avait dix ans de plus que
lui et qui avait déjà deux enfants. La jeunesse nest pas éternelle.
Les charmes de sa nouvelle femme ne tarderont pas à se dissiper. Elle vieillira.
Et il se demandera comment il a pu abandonner son fils pour un jupon affriolant.
Elle lui a écrit une ultime lettre. Il na pas répondu. Elle
ne cherchait pas à lhumilier, elle cherchait à lui ouvrir
les yeux, à le mettre en face de ses responsabilités. Maintenant
cest trop tard. Il est inutile de refuser de voir la vérité
telle quelle se présente, tôt ou tard, elle finit par apparaître.
Son mari est mort. Le jour de ses obsèques, elle na pas voulu embrasser
son fils. Son fils avait eu en plus le culot de donner le bras à sa nouvelle
femme. Elle a ressenti la honte de sa vie. Il a osé se présenter
devant le cercueil de son père avec cette femme, devant toute sa famille,
devant tous leurs proches devant le Maire. Et même devant la tombe de son
mari, elle a refusé de lembrasser. Elle nest pas désespérée.
Elle soccupe de son petit fils. De lenfant quil a renié,
de lenfant qui porte son nom et quil a jeté à la rue.
Son petit fils a le droit de parler de son père, elle et son mari ne lui
ont rien caché et le petit a tout compris, les enfants comprennent tout,
il a dit un jour que le jour où son grand père ne sera plus là,
ils se retrouveront tous ensemble dans une autre vie, mais sans son père,
car ce petit enfant a compris que son père avait perdu son droit à
la dignité et au respect. Son fils est parti avec une femme, une intrigante,
un être machiavélique, elle sarrangeait pour quil engage
son mari la nuit afin davoir le champ libre. Son fils a été
victime dun coup de folie, il ny a pas dautre explication, du
jour au lendemain il abandonné son excellente situation, sa femme, et son
fils. Naturellement son patron la convoqué. Il lui a dit quil
dirigeait une entreprise honnête et quil pouvait prendre le soir même
son chèque. Son fils pour une fois a fait preuve dune grande dignité.
Il na pas cherché à nier les faits. Il est parti. La tête
haute. La folie nexplique pas tous nos comportements. Nous avons notre libre
arbitre. Nos injustices finissent toujours par être comptabilisées..
Son mari avait une grande sagesse, ses amis venaient souvent le consulter, il
leur disait toujours laissez moi réfléchir quelques jours
et quand ses amis revenaient, ils donnaient la réponse que tous attendaient,
cétait un sage, il disait toujours quil était certain
que la place de léglise devait toujours être au centre du village,
et que cétait une loi quil était inutile de modifier.
Elle na pas eu des nouvelles de son fils depuis deux ans, chaque fois que
le train sarrête dans la gare de Nancy, elle se souvient que cest
dans cette ville que cette ignoble femme lui a demandé de sacrifier sa
vie, elle ne loubliera jamais, son petit fils a voulu dessiner un dessin
pour la fête des Pères, elle a envoyé le dessin à son
père, il na a jamais répondu, cest un crime de ne pas
répondre à son fils. Son fils a bénéficié dune
éducation qui tenait compte de leffort. Il na pas été
un assisté. Elle ne comprend pas le Gouvernement actuel favorise à
tel point lassistanat. Son fils avait de largent de poche comme tous
les enfants, mais il devait comprendre par lui même la valeur de largent,
ils nont pas exercé de contrôle sur ses dépenses. Avec
son mari, ils se levaient à six heures du matin, ils ont élevé
leurs enfants dans une grande tolérance qui existait à travers un
cadre et elle ne comprend pas encore aujourdhui, comment il a pu ainsi perdre
sa situation pour un simple jupon. Ses amis de Strasbourg lui conseille de pardonner
mais il ny a rien à pardonner, elle na plus envie de parler
à ses amis, elle part rejoindre sa fille à Djibouti, elle a épousé
un militaire. Du vivant de son mari, ils avaient passé dexcellentes
vacances avec lélite de larmée française, ils
avaient séjourné une semaine à Dakar, les militaires respectent
et aiment lAfrique, ils vivent dans le monde de la lumière, dans
le monde de la vérité, ils ont en eux une grande joie de vivre,
ils ont un but, ils ne vivent pas dans la folie de notre monde qui a perdu tous
ses repères...Maintenant un homme est prêt à abandonner son
fils pour soccuper des enfants dune étrangère...On donne
le RMI à tout le monde. On donne de largent gratuitement à
des français et même à des étrangers. Cest une
honte, les gens abandonnent leurs femmes et leurs enfants pour un jupon, mais
un jour, son fils comprendra que sa mère avait raison, il ne pourra plus
retourner en arrière, le Gouvernement actuel sème les germes de
la folie, il ne favorise pas la responsabilité, les gens et les jeunes
en particulier ont le droit de dormir toute la journée sans aucune contrepartie,
et dêtre en plus payés à la fin de leur journée,
cest une honte, une grande honte pour la France, pour la société,
le Gouvernement actuel favorise lirresponsabilité, des éducateurs
irresponsables réclament même un revenu garanti à vie, il
ny a pas de garanti, la vie est un combat, la morale donne un sens à
nos vies, son fils un jour comprendra quil sest fourvoyé, il
reviendra chez sa mère, dans sa maison, dans la maison de son enfance,
il pleurera, il demandera pardon, mais elle nouvrira pas la porte, il a
choisi, il a eu une clef, une éducation, il a été libre de
se servir de son éducation, il a choisi de jeter la clef, chacun à
son libre arbitre, nous avons tous notre libre arbitre, et il mesurera après
demain ou dans dix ans la profondeur de son abîme, la vieillesse et la fatigue
succèdent aux élans de la jeunesse, il cherchera à reprendre
contact avec son fils, mais son fils aura emprunté un autre chemin, on
ne peut pas encore une fois revenir en arrière...La monde court à
sa perte, les jeunes nont plus la possibilité de gagner proprement
leur vie, maintenant les hommes se mettent avec des femmes qui ont déjà
des enfants.. En Alsace, les gens sont propres, ils ne se salissent pas, la saleté
est chassée impitoyablement, cette ignoble femme na pas franchi le
seuil de son ancien restaurant, ni de leur ancienne maison, ses amies lui conseillent
de pardonner, elle na pardonnera pas, le mal ne peut être pardonné,
abandonner son fils est la pire des souffrances, le Gouvernement actuel favorise
la paresse, nous vivons dans un monde datrocité et de souffrances,
les gens ne veulent plus travailler, ils veulent de largent, ils veulent
vivre dans la paresse, et en plus ils veulent que les autres les entretiennent,
et cette situation na pas de sens commun, le lundi cétait le
jour de la fermeture du restaurant, son mari se levait comme dhabitude à
cinq heures du matin et il partait à la pêche, il mangeait ensuite
avec dautres amis en plein air, les écologistes parisiens nont
rien compris, ce sont des politiciens, son mari le disait souvent, celui qui nest
pas né avec les arbres ne peut prétendre parler de la Nature, il
existe une profonde et éternelle communauté entre lHomme et
la Nature, la Nature nest pas folle, la Nature est propre, et le Gouvernement
actuel avec ses projets dassistanat perpétuel ne parviendra pas à
la salir, la Nature obéit à ses propres règles, elle est
immuable, son fils avait une excellente situation, il avait une maison bien équipée,
lhiver il chauffait la salle de séjour avec de grandes stères
de bois, tout était impeccablement rangé, les draps étaient
propres, et puis du jour au lendemain il est parti avec cette ignoble femme.
Un ancien prisonnier chilien expose le récit de ses tortures.
Je lacère consciencieusement la page culturelle du Monde.
La femme dort paisiblement. Sa bouche pend au dessus de son menton.
Cest une grave erreur de penser que les tortionnaires torturaient parce
quils sétaient levés le matin de mauvaise humeur, ils
torturaient dune manière scientifique. Il sagissait de détruire
le sentiment de lexistence de lhomme. Ils avaient dailleurs
été formés par des militaires français qui avaient
exercé leur savoir faire à Alger..
La femme caresse la poignée de la valise.
Des manifestants exigent la libération du Général Pinochet.
La France par la voix du Ministre a pris position.
Le train longe un cimetière.
La femme reprend le cours de ses explications. La folie gagne le monde. Les jeunes
nont plus de points de repère, sans travail il est impossible de
créer une famille, délever dans la dignité ses enfants,
son fils a détruit sa jeunesse, il a détruit son propre bonheur.
Lamour, la passion amoureuse ne peuvent pas tout expliquer, lamour
nest pas le justificatif de nos engagements, nous avons en nous la dignité
de lHomme, le Travail est indissociable de cette dignité, les hommes
choisissent librement leur voie, elle na pas écrit à son fils
depuis plusieurs années, il na pas répondu au courrier que
lui a envoyé son propre fils, son petit fils sera élevé dans
le chemin de lhonnêteté, il recevra le bagage qui lui permettra
daffronter les épreuves de la vie, et ensuite lui aussi il choisira,
et sil préfère choisir le monde de la déraison, le
monde de la solitude, elle respectera sa liberté, son mari a toujours été
extrêmement tolérant, il na jamais été question
dimposer une éducation, les principes qui ne viennent pas du coeur
et de la raison ont conduit aux pires catastrophes qua connues notre monde
depuis le début de notre siècle. Il est toujours préférable
de sexprimer plutôt que dimposer. Elle continuera à suivre
la voie du juste milieu. Juste avant de monter dans le train, elle a rencontré
dans la rue un marocain. Il navait pas dargent, il navait pas
dendroit où dormir, cest une honte, le Gouvernement actuel
devrait avoir honte, elle lui a donné cinq cents francs, il ne faut pas
être indifférent aux malheurs des autres, personne nest à
labri du malheur, et cest ce que na pas compris son fils, il
a choisi sur un coup de tête dabandonner son fils et la mère
de son fils, il na pas compris que le bonheur se construisait jour après
jour, et quil existait en dehors de lélégance dun
jupon Moi aussi monsieur, quand jétais jeune, javais
un visage et un corps qui attiraient les regards des passants ajoute la
femme.
Les voyageurs descendent en rangs serrés des wagons.
Ils sengouffrent dans le couloir du métro.
Il faut lemmener chez un spécialiste, il faut lemmener
chez un spécialiste répète la mère de mon septième
enfant.
La soupe déborde de la casserole.
Quest ce que tu fais? demande t elle.
Jarrête la soupe qui déborde de la casserole dis
je.
La mère de mon septième enfant ouvre la porte de la cuisine.
Il faut lui prendre la fièvre, il a de la fièvre ajoute
t elle en agitant le thermomètre.
Je protège la soupe du thermomètre.
Je ne suis pas folle complète t elle.
Mes lèvres effleurent sa joue.
La pédiatre ma dit quil fallait lemmener chez un
spécialiste reprend elle.
Je cale sur la platine le disque des Choeurs de lArmée Rouge.
La mère de mon septième enfant seffondre sur le tabouret.
Vous ne voulez jamais me croire, personne ne me croit, mais moi je suis
sûre quil a mal, il pleure parce quil a mal au ventre, ajoute
t elle.
Je nai jamais dit quil navait pas mal. Jai simplement
dit que je naimais pas les spécialistes. Je suis dailleurs
parfaitement prêt à reconnaître que je suis lélément
déclenchant de tes angoisses...Jai rencontré à la fin
de ma projection à Nancy un ami que je navais pas vu depuis dix ans.
Il ma expliqué quil avait été lélément
déclenchant des bouffées délirantes de son ancienne copine
Je connais ton argumentation, tu as eu six autres enfants, je nai
aucune expérience et je suis une mère possessive
Cest entendu, je le reconnais une bonne fois pour toute, je suis un
fou et un irresponsable, dis je
La porte de la cuisine na pas claqué
Le chat en peluche dessine des ombres danimaux fantastiques sur le visage
de mon septième enfant
Je ne dis pas quil na pas de fièvre, je dis simplement
que les spécialistes de la médecine veulent nous imposer leur ordre
moral. Je ne céderai pas. Je ne veux pas mhabiller correctement pour
le Réveillon. Je ne veux pas aller chez le coiffeur, et si la télévision
locale ne veut plus co produire mes films, je continuerais à réaliser
des films et à les projeter
Je ne tai jamais demandé de maccompagner chez le spécialiste,
affirme la mère de mon septième enfant
Si la Mairie minterdit de projeter mes films, je les projetterai sous
les piles du périphérique
Tu mélanges tout. Je ne suis jamais intervenue dans tes tournages
Un journaliste a écrit un papier sur ma projection à Nancy.
Il a écrit que jétais fou
Je nai jamais dit que tu étais fou affirme la mère
de mon septième enfant.
LA PROJECTION
(chronique pénitentiaire)
la Cour dHonneur
La voiture de la police municipale patrouille.
Je ne suis pas en retard. Jattends.
Un fourgon sort de la prison de la Santé.
Je marche de long en large.
Je ne traverse pas la rue. Je nai pas envie dattirer lattention
des gardiens.
Je cesse dattendre.
Les deux gardiens sont enfermés dans la guérite. Ils portent une
casquette sur la tête. Jai rendez vous avec la responsable de
lAtelier Vidéo, je suis peut être en retard, excusez moi, vous
ne pouvez pas les prévenir? dis je.
Vous vous appelez comment? demande le gardien.
Je donne mon nom.
Attendez quelques instants on va venir vous chercher affirme le second
gardien. Ne vous inquiétez pas, elle va venir vous chercher
confirme le premier gardien.
Je ne suis pas inquiet. Jai attaché ma bicyclette contre le panneau
de signalisation planté en face de la guérite et il est peu probable
quun voleur prenne le risque de dérober la roue avant de ma bicyclette.
Léducatrice ne porte pas de lunettes Elle ne porte pas de chignon.
Elle porte une robe jaune. Sa robe jaune descend jusque sur ses talons.
Je donne ma carte didentité. Léducatrice serre les mains
dune demi douzaine de gardiens en casquette.
Tu as passé de bonnes vacances? demande un gardien.
Très bonnes merci, et toi? demande léducatrice.
On na pas eu très beau temps la première semaine mais
après on sest rattrapé affirme le gardien.
Léducatrice serre les mains dune seconde demi douzaine de gardiens
en casquette.
Des voitures sont garées dans un cour intérieure.
Un infirmier en blanc descend dune camionnette.
Nous entrons dans la Cour dHonneur de la Prison de la Santé
explique léducatrice.
Bonjour, les vacances ont été bonnes, ça va?
demande un gardien. Ca va répond léducatrice.
Léducatrice serre la main du gardien chauve et sans casquette.
Nous montons lescalier.
Je suis la seule femme ici, cest bien pratique, je ne risque pas dêtre
confondue avec les détenus affirme léducatrice. Une
grille barre lentrée du couloir. Les grilles des cellules sont ouvertes.
Un détenu nous dévisage derrière la première grille.
Une troisième série dune demie douzaine de gardiens en casquette
encercle une table en Formica.
Vous avez la clef? demande léducatrice.
Le gardien appuie sur un interphone. Le gradé chauve ouvre la porte de
lAtelier Vidéo.
les agents de la répression
Les vidéos sont rangées par ordre alphabétique sur les rayons
de larmoire. La lumière du jour descend de petites lucarnes inaccessibles.
Le ventilateur brasse lair brûlant. La caméra est fixée
sur le pied de la caméra.
Je ne suis pas arrivé en retard. Je nai pas osé attendre
devant la guérite. Jai eu peur dattirer lattention des
gardiens Je vous prie de mexcuser dis je dune voix ferme à
la cantonade.
Ce nest pas grave. Nous allons dabord commencer par faire connaissance
et nous enregistrerons ensuite lémission qui sera diffusée
sur le canal interne de la prison affirme Anne.
Nous faisons connaissance.
Jean Christophe et Jean Baptiste me serrent la main.
Je prends la parole. Les projections que jorganise ne sont pas destinées
à assurer la réinsertion des diverses catégories sociales
que le système qualifie dexclues. Je ne suis pas linvité
de lAdministration de la Prison de la Santé. Je présente mes
films à des personnes de sexe masculin qui résident provisoirement
dans les locaux dune prison. La Prison de la Santé nexiste
pas.
Nous ne devons pas perdre de vue que nous nous adressons à une population
qui ne te connaît pas et je crois que tes films méritent une présentation,
affirme Jean Baptiste.
Jai auto-édité cette brochure de présentation
de mon travail, mes coordonnées sont sur la dernière page et su
tu as envie de la lire, je te la donne, ça me fait plaisir de te la donner,
dis je sans réfléchir
Cest vrai, je peux la prendre? demande Jean Christophe.
Jean Baptiste soupèse les seize pages photocopiées et reliées
par une ficelle en forme de croix catholique
Alain et Antoine se taisent.
En tout cas cette brochure serait parfaite pour un atelier de travail de
taulards constate Jean Baptiste
Mes explications se poursuivent. Nous sommes tous des enfermés. Jessaye
de créer un réseau indépendant de diffusion indépendante
de films très indépendants. Ma réflexion sappuie sur
la seule règle de mon désir. La notion defficacité
économique est une notion que je rejette. Lefficacité consensuelle
débouche sur un isolement mental, voir carcéral. Je tourne et je
diffuse des films indépendants pour échapper à mon propre
enfermement.
Je te remercie, je lirai ta brochure à tête reposée,
enchaîne Jean Christophe.
Tu attaques le système, tu te bats contre la hiérarchie, tu
refuses de te laisser dominer par les valeurs du capitalisme. En fait tu es comme
nous. Tu es voyou, affirme Jean Baptiste.
Jaimerais avant de poursuivre ce débat que tu me donnes la
définition exacte du terme de voyou, dis je
Tu ne peux pas nier que ta démarche se situe dans une démarche
propre à une réflexion globale dextrême gauche, bien
sûr, sur quelques points mineurs tu topposes à un système
dorganisation de masse, mais tu nes manifestement pas contre toute
organisation, la réalisation et la diffusion dun film indépendant
nécessitent de toute évidence un embryon dorganisation, ajoute
Jean Christophe.
Un documentaire honnête ne peut concerner que sa propre réalité.
Lobjectivité ne trouve son fondement que dans une réalité
de circonstance et la diffusion des documentaires objectifs ou dauteurs
concoure à faciliter toutes les prises de pouvoir manipulatrice. Je ne
suis pas un gourou. Jessaye de partir de ma propre réalité,
dis je sans hésiter
Tu cherches à taffranchir des lois des convenances sociales
et de ce fait ton mode de fonctionnement nest pas différent de la
majorité de nos concitoyens, ni des détenus de cette prison, ton
seul but consiste à te donner la certitude que tu es en définitive
plus malin que tes collègues réalisateurs, constate Jean Baptiste
Je nai pas la prétention dêtre différent
du reste de lhumanité
Je vais te donner un exemple. Jaime beaucoup Anne. Je trouve que son
stylo est très joli et je ne dois pas voler son stylo. Il est en effet
inadmissible dabuser de la confiance de ses amis, et cest cette contradiction
qui me fascine. (il approche la main du stylo). Je nai pas envie en volant
ce stylo de faire de la peine à une amie, et en même temps je sais
quen dérobant ce stylo qui ne mappartient pas je vais commettre
un acte répréhensible. Et cest justement cette contradiction
qui me fascine. Je veux me donner la liberté de me prouver que mon mode
de fonctionnement est capable de saffranchir dun ordre établi
Donc Pierre, tu es un voyou, assène Anne.
La subversion propre à tes films obéit aux mêmes motivations,
tu cherches toi aussi à détourner les règles du système
afin den extraire toutes les contradictions. complète Jean
Baptiste.
Alain insère la vidéo de mon film dans le magnétoscope.
Lécran de la télévision sallume.
Un rire. Une exclamation
Mais cest Constantin, cest Constantin répète
Alain.
Vous connaissez Constantin? dis je
Nous sommes tous des agents de la répression.
Une éducatrice téléphone dans un bureau.
Un avis est collé sur la porte du bureau
Il est rappelé que pour dévidentes raisons de sécurité
les visiteurs ne doivent apporter quune seule paire de chaussures à
la fois et quil est dautre part rappelé que lusage des
téléphones portables dans lenceinte du centre de détention
est strictement interdit.
Un fourgon noir pénètre dans la Cour dHonneur. Un fourgon
blanc quitte la Cour dHonneur.
La serveuse apporte les sandwiches et la carafe deau.
Notre association se pose beaucoup de questions sur son propre mode de fonctionnement,
affirme Anne
Le Pouvoir soffre à peu de frais une bonne conscience. Les
détenus qui ont à leur disposition des moyens financiers suffisants
ont la possibilité de regarder passivement un programme dit culturel sur
un écran de télévision. LAdministration nous incite
à devenir les gardiens et les gestionnaires de notre propre enfermement.
Le Pouvoir sappuie sur une structure culturelle. Il se montre plus malin
que le faible, cest à dire sur les détenus. Les cellules sont
silencieuses. Les gardiens sont bien notés par leur hiérarchie.
Si tu as accepté de diffuser tes films dans une prison, cest
certainement parce que ton fonctionnement du moment se sent proche de lunivers
carcéral, ajoute Anne.
Je ne veux pas devenir un gardien culturel et associatif. Je suis tout à
fait daccord pour reconnaître que la projection de mes films dans
le cadre dune Administration Pénitentiaire me permet de me prouver
que je détourne à mon profit une réglementation culturelle
en vigueur et que je cherche moi aussi à me prouver que je suis plus malin
que mes collègues réalisateurs dis je
quelques questions
Léducatrice pénètre dans le sas.
Le détecteur de métaux ne détecte aucun objet métallique.
Il manque la poignée de mon portable note léducatrice.
Le gardien en casquette soulève la tête. La poignée
est peut être tombée par |