../_CATALOGUE 1997
 

Pierre Merejkowsky




L’auteur et moi, moi et l’auteur, nous tournons mes films.
L’auteur me manipule. Je suis le jouet de l’auteur.
L’auteur déplace mes interlocuteurs, mon quotidien en fonction de la trame qu’il tisse et que j’impose également à l’auteur.
Mais qui manipule qui?
Je suis mon propre sujet.
Mon propre sujet gravite autour des options, du quotidien de mes interlocuteurs.
Je m’oppose au rôle que je m’impose de jouer.
Mon quotidien, mes relations avec le monde nourrissent mon auto-expérimentation.
Chaque intervention me renvoie à mon auto introspection qui elle même nourrit la prochaine auto introspection.
Je suis un champ d’auto expérimentation illimité.
(extrait du texte “moi et l’auteur et l’auteur et moi”, publié par la revue Documentaires et le Journal 101)



Filmographie


L'Affaire Huriez

16 mm / 57' / 1975

Scène de ménage chez les gauchistes
16 mm / 12' / 1977
Ils parlent, ils veulent vivre en communauté

Igrok
16 mm / 8' / 1990

Film
16 mm / 59' / 1991

C.O.M.E.D.I.E
16 mm / 1992 / Production: Les Films Singuliers - Label CNC
Interprètes: Pascale Heinisch, Pierre Merejowski
Prise de vue: Philippe Girard
Son: Atelier de Création Radiophonique - France Culture

Myriam ou un reportage vérité au Coeur de la Sainte Russie
16 mm / 24' / 1992 / Produit par le GREC

POOL
Super 8 / 2'50'': 1992 / Production: Les films du crime et du châtiment
Interprètes: Une poule. Un oeuf.
Bande son: P. Merejowski, Constantin Lieu, Melkiar (l'étrange) - Enregistrée par Rony

C'est dimanche
HI 8 / 25' / 1993 / Documentaire
Quatre femmes . Le dimanche. A Paris

Nous voulons du chômage
Béta / Umatic / 8' / Interprètes: Thibault de Montalembert (de la Comédie Française), Pierre Merejowski, Jacques Allayre, Sache Rau, Philippe Guérinel - Prise de vue: Julien Hirsch - Prise de son: Rony - Montage: Michèle Rollin /1994

De l'air, de l'air
HI 8 / 3' / 1995
Propagande sociale et électorale

Le cinéaste, le village et l'utopie
Béta / 57' / 1996


Sujet:
Il, l'auteur du film a vécu dans le château de Logère, en Ardèche
Il appartenait au mouvement utopique, non violent, non autoritaire, autogéré, décentralisé

Il n'a pas renoncé

Il se déplace en vélo
Il s'arrête dans les maisons qui bordent le château

Ses anciens compagnons sont devenus Maire, ou bien sont restés hippies, ou bien sont devenus indifférents

surveillé par le regard vide des autochtones et des vaches, il essaye de convaincre ses anciens compagnons
Il ne supporte plus le sommeil consensuel
Il propose d'organiser une assemblée Générale dans le château

Il entre en contact avec le Nouveau Maire, avec le Curé, avec les footballeurs locaux de l'équipe de foot locale, et avec les cochons biologiques

L'A.G. est organisée dans une des salles du château

Aucune décision n'a été prise

L'auteur reste seul, dans la salle de réunion, déserte et silencieuse

Il traverse l'unique rue du village
Il questionne l'Elu Vert et recueille son avis sur les événements passés du château
Il nettoie ses chaussettes dans l'eau du fleuve

L'auteur retourne à Paris
Il tire le bilan de son séjour en Ardèche
Et propose à un ami de se présenter aux élections municipales
Son ami accepte
Le patron du café affirme qu'il va partir pour les États Unis
Un homme apparaît sur le toit
La lutte continue
(c'est un documentaire)

Le choix du peintre
HI 8 / 23' / 1996
Portrait narcissique du peintre et de l'auteur

La petite guerre
Béta / 45' / 1996
version courte

La petite guerre
Béta / 3 h 38' / 1997
Version longue

LE RMI, C’EST LA VIE AVEC UN POINT D’EXCLAMATION A LA FIN
Fiction documentaire - béta - couleur - 41’ - image: François Rosolato - son: Francis Bonfanti - montage: Gysin - musique: Pierre Merejkowski - avec, dans leurs propres rôles: Marie Chantal, Gilles Chartiot, Samuel, Steeve, et Pierre Merejkowsky - prod: Io production, Image + d'Epinal, avec le soutien du CNC - France - 1998

Nous voulons de l’argent. Nous ne voulons pas du travail.

Il faut s’assumer. Nous devons nous assumer. Je dois m’assumer. Nous devons tous nous assumer. L’État n’a aucune raison de nous assumer. La Liberté de l’Homme et de la Femme passent par son Indépendance. L’Indépendance dépend du Travail. Un Homme ou une Femme qui ne travaille pas ne peut pas s’assumer. Une Civilisation qui est incapable de s’assumer n’est plus une Civilisation. Une Civilisation d’assisté n’est plus une Civilisation. La Civilisation repose sur des Droits, sur des Devoirs et sur le Lien social. Le Travail est le vecteur du Lien Social. Le Dialogue est le fondement du Lien Social. L’absence de Dialogue entraîne la rupture du Lien Social. Le Lien Social tisse la trame de la Démocratie. Le Chômage entraîne la rupture du Lien Social. L’Assistanat permanent (et perpétuel) ne peut se concevoir dans une société qui ne dialogue pas. Le Dialogue est la condition nécessaire de la Liberté. Sans la Liberté, il est impossible de vivre dans une Démocratie. La Démocratie est le bien le plus précieux. C’est un bien qui peut être remis en cause du jour au lendemain. Rien n’est acquis d’avance. Je suis coupable. Je suis responsable de mon asservissement. Je ne travaille pas. Je n’exerce pas de profession. Je suis un assisté. Je dois me prendre en charge. Ma liberté personnelle dépend de ma propre prise en charge. Je ne travaille pas. Je ne suis pas enfermé par des forces répressives. La société ne me réprime pas. La concierge ne me réprime pas. Les citoyens ne me répriment pas. Les Services Secrets ne me surveillent pas. Les Services Administratifs de la Mairie ne me répriment pas. J’ai le droit de commander un café crème. J’ai le droit de manger des gâteaux. J’ai le droit de manger de la soupe. J’ai le droit de dire “je t’aime”, j’ai le droit de dire “je ne t’aime plus”, j’ai le droit de me réveiller, j’ai le droit de me déplacer entre les immeubles de mon quartier, de ma ville, de mon pays. Je suis libre. Je suis libre de ne pas m’assumer. Je suis libre de m’assumer. Vive la Liberté. (Pierre Merejkowski, Note d’intention générale et globale - extrait du récit Travail, Famille, Mairie)

-
Sélections Festivals:
Festival Nemo - Vidéothèque de Paris
Festival Paris Berlin
Festival Hors Circuit
Festival d’Hyères à Aujourd’hui
- Diffusions Télévisions:
Images d’Epinal
Ondes Sans Frontière (Paris)
Téléplaisance (Paris)
- Projections:
Le CAES (Ris Orangis)
L’Atelier Vidéo de la Prison de la Santé
Café Neuf Billards (Paris)
Thés Vidéos (Paris)
Centre Social (Thionville)
Caveau des Trinitaires (Metz)
Épinal (École des Beaux Arts)
- Dossier de presse
Article Est Républicain
Nova Magazine

LES PARENTS N’AIMENT PAS LEURS ENFANTS
Vidéo expérimentale - hi8 - 8'20" - interprètes: Gérard Courant dans le rôle du Fils, Pierre Merejkowsky dans le rôle du Père - prod : Les Films du Crime et du Châtiment - France -1998

Le Père, le Fils, la Centrale Nucléaire.

L'énergie nucléaire, c'est la vie.
L'électricité du banc vidéo est branchée, puis débranchée.
La Mère a quitté le Père.
Le Père multiplie les réacteurs nucléaires.
Le Fils est un militant.
Le Père porte une cravate ridicule.

Sélections
Festival Paris Berlin
Festival Cadavres Exquis

Projections
Téléplaisance
Bourse Contempourienne



LE RÉALISATEUR, LES PRODUCTEURS, ET LES DIRECTEURS DES PROGRAMMES DES CHAINES LOCALES
(chronique locale et de proximité)

Préambule en forme d’espace de liberté.


Dans plusieurs Régions de France, des télévisions locales diffusent leur programme sur un ou deux départements.
Elles ont été le plus souvent créées par une structure associative. Avec comme principale idée de favoriser une information de proximité qui trouverait naturellement son prolongement dans la réalisation de documentaires qui partiraient des aspirations des habitants locaux.
Ces télévisions locales répondent aux critères des différentes aides qu’a mis en place le Centre National de la Cinématographie.
La co production d’un diffuseur de documentaires permet à un producteur d’obtenir une aide qui assure le montage financier.
Cette aide est essentielle.
Elle permet aux sociétés de production d’assurer leur existence.
Et elle permet également aux réalisateurs et aux techniciens d’être rémunérés
Une certaine école est apparue dans la réalisation de ces documentaires co produites par des télévisions locales.
Les réalisateurs investissent le champ du documentaire.
Ils décrivent leur propre réalité, leur propre expérience.
Ils deviennent le sujet de leur documentaire.
La parole n’est plus donnée au “spécialiste”, à la référence scientifique, morale ou politique en vigueur.
Les réalisateurs en s’appropriant leur propre parole incitent les spectateurs à s’approprier à leur tour leurs propres rêves.

Récit en forme d’exposé des faits

Le Maire du village de LABOULE (Ardèche) a organisé une projection de l’ensemble de mes films dans la salle des Fêtes.
Un élu du Conseil Général, à la suite de cette projection, a accepté d’intervenir en sa qualité d’élu dans mon projet de documentaire autobiographique qui s’intitulait “le Cinéaste, le Village et l’Utopie” et m’a chaleureusement conseillé d’entrer en contact avec le Délégué à l’Action Culturelle du département de l’Ardèche.
Ce Délégué m’a courtoisement affirmé qu’il ne pouvait financer mon projet, mais qu’il était prêt à subventionner sa projection dans des villages de la Montagne Ardéchoise.
J’ai téléphoné au Directeur des Programmes de Cité-Télévision (Villeurbanne).
J’ai expliqué que j’avais projeté mes films dans un village ardéchois et que le Délégué Culturel du Département de l’Ardèche était disposé (à l’issue du visionnage) à assurer la diffusion de ce documentaire auto biographique intitulé “Le Cinéaste, le Village et l’Utopie”.
Le Directeur des Programmes à la lecture de ce projet de documentaire autobiographique m’a signé une lettre d’intérêt au nom de Cité Télévisions (Villeurbanne)
Le Premier Producteur que j’ai contacté à Paris m’a conseillé de trouver un second diffuseur.
La chaîne Télessonne m’a signé une seconde lettre d’intérêt.
Le Premier Producteur m’a ensuite demandé de réécrire le dossier de présentation.
J’ai aussitôt téléphoné à un second producteur à Lyon.
Le Second Producteur à Lyon m’a expliqué qu’il préférait s’engager sur des sujets authentiquement de forme documentaire.
La Chargée de Mission du CNC m’a confirmé que les câbles locaux que j’avais contacté permettaient d’accéder aux différents comptes de soutien du CNC.
Le Troisième Producteur a accepté de s’engager dans la production de mon documentaire autobiographique qui s’intitule “le Cinéaste, le Village et l’Utopie”.
Ce Troisième Producteur a ensuite assuré la production de mes deux derniers documentaires.
J’ai continué à diffuser les VHS de ces documentaires et de mes précédents films dans des squats, des associations, des institutions, à Paris en Province.
J’ai tourné deux autres films avec mes propres moyens, sans l’aval d’un Producteur, ni d’un Chargé de Mission.
J’ai diffusé ces deux derniers films sur une télévision extrêmement locale (sa zone de diffusion englobe la partie centrale de la rue de Plaisance dans le XIVème à Paris).
J’ai écrit un autre projet.
C’est un documentaire en forme de Vidéo Art.
Le CICV et Canal A ont accepté de co produire ce nouveau projet.
J’ai continué à écrire et à diffuser différents récits autour de mon activité de cinéaste/diffuseur.
Le CICV et Canal A m’ont précisé qu’en tout état de cause ils refuseraient de signer une production avec le Troisième Producteur.
J’ai trouvé une Quatrième Producteur.
L’Atelier Vidéo de la Prison de la Santé a diffusé mes trois derniers documentaires.
J’ai écrit un autre projet concernant la tenue d’un Tribunal éventuellement populaire
J’ai contacté d’autres diffuseurs locaux.
J’attends des réponses. Sans trop d’espoir.
Nous sommes en Démocratie. La Loi change.
Des rumeurs persistantes laissent entendre que le fond de soutien du CNC va être profondément réformé afin de répondre à des critères d’honnêteté”. (Et en plus, ils nous demandent de nous réinsérer, c’est à dire de nous assumer en tant qu’auteur)
En clair, cette réforme interdirait à des petites structures de production d’avoir accès aux aides du CNC même si leurs films sont co produits par des télévisions locales.
Enfin plusieurs télévisions locales ont été fermées, Canal Marseille, TV8 Mont Blanc, et de graves menaces pèsent sur Canal A.
Le motif évoqué pour la fermeture de ces chaînes concernent une autre forme d’honnêteté “professionnelle”
Les partenaires financiers de ces chaînes locales ont retiré leur participation.
Ces télévisions locales ne sont pas rentables.

Conclusion en forme d’Appel

Nous réalisateurs avons le droit de tourner des films autour de notre propre réalité.
L’exposé d’une réalité extérieure, sur les malheurs des guerres civiles est destiné à étouffer toutes revendications, toute lutte sociale.
Les documentaires diffusés sur les grandes chaînes nationales accréditent l’argumentation suivante: “Ici, en France, nous sommes heureux, nous ne mourrons pas de faim, nous ne vivons pas sous les bombardements ethniques, alors taisez vous, soyez heureux, et croissez et multipliez (en silence)”.
Nous ne nous tairons pas.
Nous continuerons à défendre notre outil de travail.
Nous avons le droit de nous exprimer sur des télévisions locales.
Nous ne sommes pas comptables des luttes d’influence, des parts de marché que sous couvert d’honnêteté intellectuelle, certains cherchent à conquérir.
Nous refusons de nous plier à la Loi de l’audimat.
Le Directeur des Programmes ne contrôle pas le montage final du film.
Nous ne voulons pas être les employés des télévisions.
Et à ce jour nous appelons, les diffuseurs locaux, les cinéastes, les producteurs, les acteurs de la vie sociale à défendre notre liberté d’expression en dehors de tout critère de rentabilité économique et à s’unir autour de l’organisation du Premier Festival des Télévisions Locales et de Proximité.

pierre merejkowsky, réalisateur de documentaires locaux et de proximité.


P.S de dernière minute

Notre réinsertion collective est en marche.
Les indemnités versées aux intermittents du spectacle ne dépasseront plus dans certains cas la somme de 2000F(290Euros) par mois.
Les jeux télévisuels sont désormais également éligibles au compte de soutien.
Les documentaire de création sont toujours éligibles au compte de soutien du CNC
Vive la Démocratie. Vivent les Élections. Vivent les électeurs.
C’est à dire pour clarifier
(intermittents du pectacle pour tous, pour toute la société, motif se reposer, se cultiver etc etc, l’oppression c’est donne rde plus enplus d’argent à ceux qui en ont déjà,n parallèle entre les assedic du spectacle et les jeux étélés)



CINE LUTTE (MAINTENUE)
magazine d’information locale (et de proximité)
MANIFESTE

10H34
Je téléphone à la Préfecture.
“Allo” dis je
“Que désirez vous? ” demande la voix féminine
“Je voudrais savoir à quelle heure vous comptez interdire la circulation automobile
“Ne quittez pas”
“Allo? dit la voix masculine
“Bonjour, dis je
“Que désirez vous?
“J’aimerais savoir si vous comptez interdire prochainement la circulation automobile?
Une sonnerie brève
“Je vous écoute, dit la seconde voix féminine
“Bonjour madame, dis je, j’aimerais savoir si vous avez l’intention d’interdire les voitures dans Paris
“Qui êtes vous monsieur?
“Je m’appelle Pierre Merejkowsky
“Vous intervenez à quel titre?
“J’ai mal à la gorge, j’ai les yeux qui piquent et comme je me déplace exclusivement en vélo j’aimerais avoir des précisions sur une éventuelle mesure d’interdiction de la circulation automobile, s’il vous plaît madame, excusez moi de vous déranger, madame
“Vous êtes journaliste?
“Non
“Nous ne répondons pas aux questions des particuliers, nous ne répondons qu’aux questions des journalistes, au revoir monsieur”.
11H31
Second coup de téléphone. C’est G.
G habite dans l’Aveyron, à la campagne.
L’Agence du Court Métrage ne sélectionnera pas son court métrage. Il n’a pas été primé dans un Festival organisé par l’Agence du Court Métrage. Je lui donne les Coordonnées du Festival “RÉSISTANCES” qui vient de se créer en Ariège
G me remercie.
L’information en province circule mal et il est regrettable que l’information soit diffusée depuis Paris.
14H01
Défilé ininterrompu de papistes
Je prends la parole:
“Je tiens à élever une solennelle protestation. Je n’ai pas le droit de projeter des films super 8 dans la rue et vous, vous avez le droit d’installer des toilettes sur la voie publique. C’est une honte.
“Soyez un peu plus tolérant, vous faites du vélo, et on vous dit rien, réplique poliment un volontaire
23H17
Tollé dans la salle.de cinéma classée “Art et Essai” par le CNC.
“Vous n’avez pas le droit de critiquer une réalisateur qui a eu le grand Prix du Documentaire Art et Essai s’égosille un spectateur
“Et puis à quel titre intervenez vous, questionne une spectatrice en brandissant un exemplaire des Cahiers du Cinéma
Je précise ma position
“Je suis attaqué. Je me défends. Votre documentaire affirme que l’idéologie a sombré dans les poubelles de l’histoire. Je t’interdis de me traiter de poubelle. Je ne suis pas une poubelle. Nous luttons. Nous créons des réseaux de diffusion parallèle. Le mouvement squat prend de plus en plus d’importance. Nous refusons de cautionner le système culpabilisant du RMI, nous exigeons un revenu minimum garanti et à vie, sans le flicage de ta presse, de leurs journaux ,et des diverses télévisions culturelles qui renforcent notre culpabilisation. Nous vivons dans un système de censure. Tu es un collabo. Tu nous incites toi aussi par ton documentaire à nous cloîtrer avec une femme, un bébé.et un perroquet des Iles. Et tu as en plus le culot de nous bassiner avec l’évocation de massacres afin de nous laisser entendre qu’ici nous sommes libres et que nous n’avons plus rien à revendiquer
“Je te remercie de ton intervention, elle prouve que mon film ne t’a pas laissé indifférent. Moi je navigue à vue. Un film est une succession de compromis. Je ne suis pas un réalisateur qui place sa création au dessus de la collectivité. Et je crois faire preuve d’honnêteté en reconnaissant mon impuissance” conclut l’ancien dissident et réalisateur US.
23H59
Au café
Avec V. le Peintre.
“Elles ont raison. Je m’entoure de courtisans futiles qui se délectent de mes clowneries idéologiques. Je ne lutte que pour ma propre jouissance sociale et sexuelle, dis je
“Nous sommes toi et moi tenus de continuer à peindre et à tourner des films. Nous n’avons pas d’autre solution et nous n’avons pas de compte à rendre tant que nous sommes honnêtes et sincères avec nous mêmes” affirme V.

3855 caractères

pierre merejkowsky les films du crime et chatiment association locale (et de proximité)



AUX ETUDIANTS DE CINEMA QUI N’ONT JAMAIS FAIT DE CINEMA

Ali: Ecoute, faisons quelque chose! On n’a rien d’autre à faire que du Théâtre. Tu sais le cinéma c’est pas pour nous
Mouloud: C’est vrai faisons quand même quelque chose et ce quelque chose ce sera du Théâtre. Mais je ne sais pas ce qu’il faut pour faire du Théâtre
Ali: Pour faire du Théâtre, il faut un maximum de théâtralité La théâtralité seule donne de l’effet.
Mouloud: La Nouvelle Vague a fait de la théâtralité animée cinématographique.
Ali: Nous ne sommes pas la Nouvelle Vague. Ce qu’il faut pour nous, c’est un théâtre théâtral, un travail sur le surcroit qui donne la théâtralité
Mouloud: Comment peut on coordonner toute cette théâtralité lorsque le texte est illisible?
Ali: C’est simple. Il faut coordonner
Mouloud: T’es un coordonnateur ou bien un coordinateur?
Ali Je ne t’impose rien Nous sommes une troupe, pas un Parti
Mouloud: Un coordinateur c’est celui celui qui coordonne la ligne d’un Parti, c’est une sorte de coordonnée
Ali: (l’autre lui répond) .Notre rôle consiste à donner du corps à une ligne brisée
Mouloud: Je ne suis pas sûr du résultat, mais il faut agir. C’est la seule façon d’exister dans cette machinerie
Ali: Regarde autour de nous et tu comprendras comment ils captent la théâtralité de ce mauvais théâtre qu’est la vie
Mouloud: La réalité ne peut avoir vie que dans un corps
Ali (il en marre) Tu fait une projection très mystique du corps
Mouloud (c’est l’autre qui répond) La Mystique c’est ce qui nous occupe comme la Politique
Mouloud: La Politique des acteurs se retrouve dans le corps en mouvement.La Mystique est mise au banc des accusés
C’est l’autre qui répond: Et c’est sur le banc des accusés que l’on assiste à l’abstraction du corps
L’autre dit: La Justice elle, elle s’en fout puisqu’elle est elle même un Corps, et que son Corps est sa raison d’être. La Justice tranche quand il faut trancher, et elle se rétracte quand il faut se rétracter
La réponse de l’autre
Nous sommes confrontés à un autre problème. Il faut faire pour exister. Aussi nous sommes obligés d’abandonner tous les projets qui demandent de gros moyens financiers. Le Théâtre a besoin d’une salle, d’un décor
Et l’autre répond Il suffit de jouer, de mettre en scène sans référent au Théâtre C’est pour cela qu’à un certain moment, il faut jouer et donc faire du théâtre. Moi je vous laisse libre de vos mouvements et la théâtralité se met en jeu. La voix se brise pour laisser la place aux gestes infiniment petits. Mais ces gestes peuvent être grands et ton affirmation s’inscrit dans un temps qui ne tient compte que de ton existence. Et ton existence ne se limite pas à une fonction mais à un déroulement au son rythmé et éclaté du tambour
Et l’autre dira: Donc, aucune Cour ne peut délibérer sur ton cas, aucune de tes pensées ne peut être assignée à résidence, aucune de tes pensées ne peut être canalisée par une fluidité dévorante. Moi pour l’instant la théatralité me rend alité. J’ai un début d’ulcère, toutes les gommes s’appelent ulcère. Je pense que la théâtralité, c’est toujours du théatre qui nous enferme dans notre propre représentation qui est elle même la cause originelle de l’idée que nous nous faisons de notre cause.

Rounab
membre du Collectif local (et de proximité) le Cinéaste, le Village et l’Utopie



DE L’UTILITE DE RESISTER A LA GRANDE UNIFORMISATION DU MONDE
SANS SE LAISSER BERCER PAR LE MIRAGE REGIONALISTE.

Je suis ce qu’il est convenu d’appeler un jeune cinéaste régional, parce que malgré mes trente trois ans, je suis encore jeune et que je ne veux pas quitter mon sud ouest natal où c’est que je continue d’habiter et de travailler. Par chez nous, des gens parlent de cinéma régional et beaucoup d’autres ne voient pas très bien de quoi il s’agit, hormis bien sûr les données objectives qui veulent qu’un cinéma régional soit fait en région par des réalisateurs régionaux avec des techniciens et des comédiens régionaux. Mais admettons que je décide de faire un remake de la rivière espérance (soyons ambitieux) sur le Larzac avec des techniciens et des comédiens aveyronnais, ferais je pour autant une oeuvre régionale?

PAR EXEMPLE, IL Y A A TOULOUSE UN FESTIVAL DE COURTS METRAGES

En fait il m’a fallu des années pour comprendre que l’on parlait du cinéma régionnal par opposition au cinéma normal fait par des profesionnels de Paris. Par exemple, à Toulouse, dans un festival de courts métrages, il y a la sélection de courts métrages normaux, avec la lumière normale, des comédiens normaux, qui parlent comme il faut, et il y a la sélection REGIONNALE. Mais attention, tout cela n’est pas aussi simple, car imaginez vous qu’il existe aussi des réalisateurs régionaux qui font eux aussi des films normaux avec une lumière normale et avec des comédiens qui jouent normellement...Et ces réalisateurs ont vraiment avoir de quoi les boules, car ils devraient passer dans une sélection normale. Personnellement je trouve normal de passer en sélection régionale car dans mes films, les comédiens parlent un peu plus qu’ailleurs et surtout ils parlent plus vite. En plus ils n’ont pas l’accent de la télé. Mais comme j’aime bien bosser avec quelques techniciens parisiens, je ne sais pas si je suis vraiment un cinéaste régional.

UN ATELIER D’ECRITURE DE SCENARIO

Chez nous quand des gens bien intentionnés mettent en place un atelier d’écriture du scénario, ils se sont auparavent réunis en assises régionales de la culture pour essayer e répondre à cette question: “Peut il y avoir une fiction inspirée des paysages, des hommes, bref de tout ce qui concourt à l’identité de Midi Pyrénées? ”
Alors, les paysage...Ah, les paysages de Midi Pyrénées..Sachant que du Larzac aux Pyrénées on pourrait tourner chez nous des westerns, des films noirs ou même des “sit com”, ça dépend beaucoup de ce qu’on veut faire et par exemple, moi Rodez (capitale de l’Aveyron) ne m’inspire pas du tout. Mais Rodez c’est particulièrement nase.

LES HOMMES DE MIDI PYRENEES ONT ILS UN CHAPEAU TYPIQUE SUR LA TÊTE?

Alors les hommes ..Ha les hommes de Midi Pyrénées... à quoi ressemblent les hommes de Midi Pyrénées? Ont ils un chapeau typique sur la tête? Sont ils des rebelles? boivent ils des coups jusqu’à plus soif dans une atmosphère de franche camaraderie? Peuvent ils être homosexuels ou arabes? Et alors l’identité.. ben l’identité de Midi Pyrénées...Hormis le fait qu’il y ait Toulouse en plein milieu; et que Toulouse rassemble petit à petit tous les gens de la campagne environnante qui ne s’en vont pas à Paris..Donc hormis ça, je ne vois pas trop en quoi consiste cette fameuse identité Midi Pyrénéenne. Par conséquent, il conviendrait de reposer la question initiale à l’envers. Ce qui donnerait “Existe t il une seule région au monde qui ne puisse pas inspirer une fiction? ”

LE CAHIER DES CHARGES DU PROSPECTUS

Le prospectus nous dit à ce sujet: “L’équipe chapeautée par un scénariste devra écrire sur la base d’un cahier des charges bien connu pour ce type de production: un budget de 6 à 8 millions de francs, un tournage ne dépassant pas 5 semaines, une tipologie de scénarii permettant l’accès à une antenne nationale à 20H30, ce qu’on appelle le prime time”.
Gageons que l’équipe en question, avec de tels éléments de départ, saura vite capter l’identité de notre belle région pour nous ficeler un scénario d’où émergera un espèce d’homo Midi Pyrénéus avec normellement, un bérêt sur la tête, un accent méridional aseptisé et surtout, avec la même vie que n’importe quel français de la télé.
Bref tout ça pour dire qu’il convient de faire ce qu’on a envie de faire, et avec qui on a envie de le faire (pour le cinéma comme pour le RESTE) parce que sinon on va prendre la sale habitude de faire ce qu’on nous dit de faire...et où le faire...Et avec qui le faire...Et aussi comment le faire....

Alain Guirodie, cinéaste local? (et de proximité)?



PROGRAMMES

ARTE

DERNIERES THEMATIQUES (CULTURELLES):
-la chasse
-la Légion Etrangère
-la corrida



LE FESTIVAL DU FILM TRES CHIANT
(les médias officiels qualifient nos films de très chiants, imposons un statut de réalisateur de films très chiant)

FILM

(55minutes)
libre adaptation des Possédés de Dostoievski
interprètes: les vendeurs à la sauvette des champs élysées
Du lundi 3 novembre au vendredi 7 novembre à 21 heures,
dans le café,al aricha
161 rue de Vaugirard, métro Falguière


LA FORCE DES CHOSES
D’ALAIN GUIRODIE
LE 13 NOVEMBRE A 19h
A L’ESPACE KODAK
26 RUE VILLIOT
75012 PARIS

FESTIVAL RENCONTRE
CINEMA ET VIDEO
“Le cheminement opiniatre d’un artiste indépendant, les paroles vivantes qui s’élèvent sur un mode mineur
DATE LIMITE ENVOI VHS POUR LA SELECTION LE 20 OCTOBRE
MJC MONPLAISIR
25 Av des Frères Lumière
69008 Lyon
Tél 04 72 78 05 70
AJOUTER


extrait csa
programmes de projection, moi festival lyon
ajouter: vente de k7, articles prods avec Norbert
lettres de lecteurs
chronique télé émetteur?????????????
DIFFUSION


Agence du Court Métrage
Maison du Court
Thécif, 2 rue de la Michodière
Avant Garde David Dumortier 45 59 57 00 pst 5230 ou 40 33 05 76
1O1, Jean Marc Manach 4138 04 16 ou 44 83 42 42
Le Monde Libertaire 48 44 13 48
Roth?
Vernissage: ligne d’outrance place des grés 75020 ps (Pierre Dagay de la part david dumortier`
n°2
article norbert
extrait dumortier`
tran?
extrait de mon roman avec norbert..
gilles?
MAIS
COMMENT PEUT ON METTRE DU MUET DANS UN FILM DE TOURNEUR
?

(Mère sans Courage)



Yasser
Faut pas que je me saoule la gueule.(c’est un Croyant)
Natahanyou
Il l’aime mais il ne sait pas comment lui dire, elle parle pas, mais lui il s’en fout
C’est un amour céleste
Paul(alias François)
Si c'est Céleste, ça plaira pas aux cathos
Yasser
Aujourd’hui c’est le premier jour
Natahanyou
Vas y continue
(l’action se passe pas dans une queue de rmiste ou dans un camp de réfugiés à voir selon les disponibilités finzncières en cours de la femis)
Yasser
Comme j’ai raté tous les examens, je me suis juré de travailler cette année
(il fait les cents pas)
apparait “posel, posel” musique kabyle en cours d’élaboration par des membres du Likoud)
Natahanyou
Mais le problème c’est que .
Yasser
Je trouve ça nul de parler de la femme algérienne muette
Natahanyou
Y’a un poète anarchiste et un poète de la Loi. Ca fait deux poètes. Ca pourrait être une sorte de Jules et Jim amélioré
Yasser
On s’en fout de Jules et Jim
Natahanyou
Moi je vais faire ce film, t’inquiète pas
Yasser
On pourrait leur proposer de leur envoyer le texte d’une chanson à la place du scénario
Natahanyou
Mais y’ a pas d’intrigue?
signé Norbert et pierre merejkowxsky les films du crime et du chatiment, comité de soutien au cinéaste, le Village et l’Utopie, groupe de ciné lutte maintenue, www Z Hp
Yasser
Si je veux, je peux en écrire plein des textes comme les tiens
Natahanyou
Une intrigue avec une fille qui ne parle pas, c’est un imposé un pays dans un film de Tourneur
Yasser
A la fin elle va écrire une lettre à son cousin tchétchène
“Je me suis souvent dit que ce serait une grande joie de se retrouver dans la maison et que la haine qui nous hanile on puisse l’expurger à jamais et que me parents puissent retrouver un peu de bonheur pour le jour qui leur leur reste et que les champs puissent s’engenouiller des enfants qui puiissent exister et la dimension qu’ils méritent. J'aimerais garder la mémoire du Désert vide et de cette mémoire pour conserver le trop plein des ancêtres de mes arrières petits enfants
Natahanyou
Mais comment comment peux tu mettre du muet dans un film de Tourneur?



MOI ET L’AUTEUR
L’AUTEUR ET MOI
(ARTICLE PUBLIÉ PAR LE JOURNAL 101 ET LA REVUE DOCUMENTAIRES)

le schéma directeur
L’auteur et moi, moi et l’auteur, nous tournons mes films.
L’auteur me manipule. Je suis le jouet de l’auteur.
L’auteur déplace mes interlocuteurs, mon quotidien en fonction de la trame qu’il tisse et que j’impose également à l’auteur.
Mais qui manipule qui?
Je suis mon propre sujet.
Mon propre sujet gravite autour des options, du quotidien de mes interlocuteurs.
Je m’oppose au rôle que je m’impose de jouer.
Mon quotidien, mes relations avec le monde nourrissent mon auto-expérimentation.
Chaque intervention me renvoie à mon auto introspection qui elle même nourrit la prochaine auto introspection.
Je suis un champ d’auto expérimentation illimité.


l’objectivité

Le thème de l’exclusion lié au fonctionnement du RMI renvoie à la problématique de mon champ illimité d’auto introspection.
Il n’y a pas de barrière entre le monde de la fiction de l’auteur et le monde du réel de l’auteur.
Le thème de l’exclusion me renvoie à la quête de ma propre exclusion de la fonction d’auteur.
Je pense faire preuve d’objectivité, et même de cette objectivité revendiquée par la fonction officielle d’auteur de documentaire de création.
Je ne cherche pas à analyser un comportement social, à décrire une situation personnelle, ou un conflit international ou communal.
Le SDF décrit par l’auteur dans le scénario de mon film n’intervient pas en tant que SDF.
L’auteur du film ne décrit pas le comportement affectif ou social d’un SDF.
Je m’adresse à un homme qui a un statut social de SDF et qui est intervenu dans mon film, dans mon quotidien en tant que spectateur d’un de mes films, et non en tant que SDF.
Cette intervention, cette incroyable subjectivité, comme l’écrit Emmanuel Brassot, donne corps à une description, à une réflexion. Elle ne vient pas de l’observation du sujet, mais de l’observation par les éventuels téléspectateurs de mon observation sur un SDF qui n’a pas un statut de SDF.
Je ne cherche pas à prendre le pouvoir sur l’auteur.
Je ne cherche pas à prendre le pouvoir sur le tube cathodique.
Je ne crée pas une barrière entre le réalisateur et l’intervenant du documentaire.
L’auteur crée son personnage autour de l’incompréhension, autour de l’incommunicabilité.
Il me manipule.
Il procède par négations successives afin de brouiller mes points de repère et les points de repère du téléspectateur et de ma mère.
“Mais vous cherchez à démontrer quel point de vue à travers vos films? ” ainsi que le demande une intervenante dans mon film le Cinéaste, le Village et l’Utopie
Ce brouillage tend à renvoyer le spectateur (et ma mère) à sa propre observation. Le spectateur devient lui aussi le propre spectateur de ses propres observations.
Il n’y a plus d’identification à un héros positif, à un héros négatif, à un SDF malheureux, à des familles bombardées.
L’auteur refuse que les archives cinématographiques se donnent le droit d’illustrer un passé, et d’éclairer un avenir.
Le choix des thèmes de l’actualité(le chômage, l’utopie, le RMI) permet comme la réapropriation des archives cinématographiques de recentrer le commentaire de l’actualité sur ma propre réalité.
Je suis le moteur descriptif de ma propre réalité.
Le système revendiqué de la négation (je ne veux pas, je refuse etc. etc. ) permet de tracer les limites de mon champ d’auto introspection et interdit le recours à la relativisation d’une question, à l’exposé de la multiplication des effets secondaires ou déterminants des conséquences (imprévisibles) de la mondialisation.
Il n’y a plus d’alibi.
La protestation et le cri tiennent lieu de description objective.
Le cri s’exclut du statut de militant, ou du statut de témoignage exceptionnel de la souffrance, de la révolte révoltante.
Le cri est catalogué dans l’expression de l’artiste.
L’auteur par mon intermédiaire se lance aussitôt à l’assaut de ce statut d’artiste qui pourrait nous être accordé. Il recentre son discours sur une critique des systèmes que je défends, les systèmes de l’utopie, les systèmes de la réinsertion des RMIstes
Il me juge.
Il m’ausculte sans fin.
Il ne veut pas être taxé de leader, de professeur, de détenteur d’un savoir, d’une spécialisation.
Il ne veut pas m’enfermer dans un statut professionnel.
Mon documentaire sur la fonction sociale du RMI s’infiltre malgré ma volonté dans une structure déterminée par les lois de la réinsertion.
Inexorablement, l’auteur me pousse à revendiquer un statut d’exclu, à me méfier d’une identification aux professionnels que je côtoie dans mon documentaire, aux hommes d’argent, aux hommes de pouvoir, aux femmes aimantes, aux enfants qui errent, aux chiens qui aboient dans la campagne, aux voitures rutilantes. Ma fonction de réalisateur et ma fonction d’exclu concourent à exclure mes intervenants de leur champ de référence habituelle.
Je me déplace de groupes en groupes, de militants en militants, d’amis en amis, de femmes en femmes avec toujours la même obsession.
Je ne dois pas pendre le pouvoir, je ne dois pas utiliser mon documentaire pour attirer sur moi les feux de l’actualité puisque je ne reconnais pas le pouvoir de l’actualité sur mon cheminement.
La répétition de la même argumentation chasse mon angoisse. La répétition de la même argumentation chasse mon angoisse. La répétition de la même argumentation chasse mon angoisse. La répétition de la même argumentation chasse mon angoisse. Mon esprit est occupé par l’unique pensée du refus de la prise du pouvoir
Cette unique pensée ressassée permet d’entrer en communication avec le monde de la lumière, avec les splendeurs naturelles ou les laideurs naturelles de la Nature. Elle contraint l’auteur à se recentrer autour des paroles des interlocuteurs
Le caractère obsessionnel de cette répétition contraint le spectateur attentif ou peu attentif à échapper à l’ennui que suscite les mêmes propos, les mêmes attitudes.
Il est à son insu amené à ne plus s’identifier à mon jeu d’acteur narcissique
Il entre lui aussi dans un phénomène d’introspection (en admettant qu’il n’ait pas eu la chance de mettre tout de suite la main sur le boîtier qui commande l’ouverture et la fermeture des différents canaux de son poste satellitaire et parabolique)
Il n’y a plus de spectateur.
Il n’y a plus de réalisateur.
L’information n’est plus verticale, elle est horizontale, elle traverse les contradictions de l’auteur et les attentes des spectateurs .
Le spectateur n’est plus convié à se laisser gaver par une rhétorique qui m’exclut de son propre quotidien.
L’auteur à travers ma voix et ma gestuelle agitée explique qu’il fuit le sensationnel, qu’il n’essaye pas de capter l’attention.
Le non captage de l’attention est capté par la revendication du non captage de l’attention.
Ma parodie fréquente des documentaires programmés par les chaînes de télévision officielle critique le système de l’identification.
Je refuse d’endosser le micro cravate du spécialiste qui laisse entendre que les muscles fessiers rivés sur les canapés doivent se contenter de leur situation: “Nous, spécialistes, informons par la vérité objective des images que vous n’êtes pas bombardés dans une ville assiégée, que vous ne stationnez pas dans une interminable queue avec l’intention avouée d’avaler une soupe fade et populaire, et c’est pour cette raison que face à la description objective de ces malheurs, vous n’avez rien à revendiquer, ni à réclamer. Vous avez la possibilité d’avaler vos soupes salées et de vous massacrer à coups de voitures particulières les jours de grands départs. Vous êtes libres. Nous sommes libres. Vive la liberté. Vive la télévision. Vive les voitures. Vive les canapés. Vive la soupe. Vive les vacances”.


l’analyse

Mon indignation détermine le choix des sujets de l’auteur.
Cette indignation est immédiatement suspecte.
L’auteur exige des explications.
Il veut savoir si cette indignation n’est pas destinée à créer un climat de sensationnalisme qui contribuera à augmenter les points de l’audimat.
L’auto dérision, le recours à l’ironie combattent la gravité solennelle et grotesque de l’auteur désireux de s’auto flageller. J’essaye de m’abstraire des valeurs de l’audimat avec le secret espoir que cette non reconnaissance consacrera mon entrée dans le corridor de l’audimat.
Les objets se déchaînent autour de moi.
Les demandes de mes interlocuteurs alimentent ma surenchère verbale. Je m’adresse aux cochons (le cinéaste le village et l’utopie). Je m’engage dans un Bataillon de Volontaires pour la Yougoslavie (la petite guerre)
Je n’impose pas une analyse qui permettrait d’assouvir la soif de connaissance du spectateur.
Je n’ai pas soif. Sur mes tournages on ne boit pas, et on ne mange pas.
Même si j’affirme que mes films sont créés autour d’une certaine forme d’autogestion.
Il n’y a pas de réalisateur suprême.


Je ne suis pas dieu

Ils disent souvent ou parfois que je suis un démagogue.
Je reconnais facilement et à volonté mon attitude démagogique.
J’ai déjà annoncé que je comptais me présenter aux élections présidentielles dans un de mes précédents films (le cinéaste, le village et l’utopie). Cet effet d’annonce imprévu et partiellement imprévisible même dans mon propre système me permettait de justifier mon discours démagogique. Le prétexte de la réalisation du film laissait enfin la place au Tribun qui s’affranchissait ainsi des contingences propres à la réalisation d’un film (recours à une caméra, fiches de paye, recrutement de collaborateurs autogérés etc etc..)
Annoncer de but en blanc que je renonce à toute jouissance terrestre (à bas le désir, à bas la normalisation comme je l’ai écrit dans mon film Nous voulons du chômage) participe également à cette démagogique auto intoxication.
Ma remise en cause des moyens techniques, la remise en cause du pouvoir des opérateurs ou des monteurs dissimulent ma culpabilité.
Je suis coupable.
J’apporte ma pierre à l’édifice du Meurtre.
Le va et vient constant entre l’auteur et mon personnage renforce la barrière que mon narcissisme et mon humilité de circonstance alliée à une dérision programmée instaurent entre mon quotidien et mon entourage
Je voudrais casser cette magie du Verbe et ce rappel constant à auto dérision qui participe à mon propre meurtre. A ce Meurtre qui tue l’individu par l’individu et qui se répercute de tubes de télévision en tubes de télévisions et de canapés en canapés.
Le Moi et l’auteur tentent de trouver une ligne de fuite. Une ligne de fuite qui niera l’idée de Meurtre.
La ligne de fuite se dérobe.
Mon ironie et mon auto dérision laissent habilement entendre que je ne cherche pas à endosser les malheurs de l’Humanité.
C’est certainement une nouvelle et ultime manipulation.
La répétition récurante de ma revendication à un statut d’exclu est le fruit de mon auto manipulation.
Je participe au Meurtre.
Je me réfugie dans l’ironie.
Je cherche l’assentiment à travers mon refus de ma recherche de l’assentiment.
Je suis malgré l’auteur un auteur de documentaire.
Je ne suis pas Dieu.
Et j’affirme solennellement que je ne suis pas un auteur mégalomane.



RECITS
publiés aux éditions des films du crime et du châtiment
20 rue des volontaires 75015 paris
tél:fax 01 45 67 86 20
PIERRE MEREJKOWSKY



LA PROJECTION
(chronique pénitentiaire)
MANIFESTE

10H34
Je téléphone à la Préfecture.
“Allo” dis je
“Que désirez vous? ” demande la voix féminine
“Je voudrais savoir à quelle heure vous comptez interdire la circulation automobile
“Ne quittez pas”
“Allo? dit la voix masculine
“Bonjour, dis je
“Que désirez vous?
“J’aimerais savoir si vous comptez interdire prochainement la circulation automobile?
Une sonnerie brève
“Je vous écoute, dit la seconde voix féminine
“Bonjour madame, dis je, j’aimerais savoir si vous avez l’intention d’interdire les voitures dans Paris
“Qui êtes vous monsieur?
“Je m’appelle Pierre Merejkowsky
“Vous intervenez à quel titre?
“J’ai mal à la gorge, j’ai les yeux qui piquent et comme je me déplace exclusivement en vélo j’aimerais avoir des précisions sur une éventuelle mesure d’interdiction de la circulation automobile, s’il vous plaît madame, excusez moi de vous déranger, madame
“Vous êtes journaliste?
“Non
“Nous ne répondons pas aux questions des particuliers, nous ne répondons qu’aux questions des journalistes, au revoir monsieur”.
11H31
Second coup de téléphone. C’est G.
G habite dans l’Aveyron, à la campagne.
L’Agence du Court Métrage ne sélectionnera pas son court métrage. Il n’a pas été primé dans un Festival organisé par l’Agence du Court Métrage. Je lui donne les Coordonnées du Festival “RÉSISTANCES” qui vient de se créer en Ariège
G me remercie.
L’information en province circule mal et il est regrettable que l’information soit diffusée depuis Paris.
14H01
Défilé ininterrompu de papistes
Je prends la parole:
“Je tiens à élever une solennelle protestation. Je n’ai pas le droit de projeter des films super 8 dans la rue et vous, vous avez le droit d’installer des toilettes sur la voie publique. C’est une honte.
“Soyez un peu plus tolérant, vous faites du vélo, et on vous dit rien, réplique poliment un volontaire
23H17
Tollé dans la salle de cinéma classée “Art et Essai” par le CNC.
“Vous n’avez pas le droit de critiquer une réalisateur qui a eu le grand Prix du Documentaire Art et Essai s’égosille un spectateur
“Et puis à quel titre intervenez vous, questionne une spectatrice en brandissant un exemplaire des Cahiers du Cinéma
Je précise ma position
“Je suis attaqué. Je me défends. Votre documentaire affirme que l’idéologie a sombré dans les poubelles de l’histoire. Je t’interdis de me traiter de poubelle. Je ne suis pas une poubelle. Nous luttons. Nous créons des réseaux de diffusion parallèle. Le mouvement squat prend de plus en plus d’importance. Nous refusons de cautionner le système culpabilisant du RMI, nous exigeons un revenu minimum garanti et à vie, sans le flicage de ta presse, de leurs journaux ,et des diverses télévisions culturelles qui renforcent notre culpabilisation. Nous vivons dans un système de censure. Tu es un collabo. Tu nous incites toi aussi par ton documentaire à nous cloîtrer avec une femme, un bébé et un perroquet des Iles. Et tu as en plus le culot de nous bassiner avec l’évocation de massacres afin de nous laisser entendre qu’ici nous sommes libres et que nous n’avons plus rien à revendiquer
“Je te remercie de ton intervention, elle prouve que mon film ne t’a pas laissé indifférent. Moi je navigue à vue. Un film est une succession de compromis. Je ne suis pas un réalisateur qui place sa création au dessus de la collectivité. Et je crois faire preuve d’honnêteté en reconnaissant mon impuissance” conclut l’ancien dissident et réalisateur US.
23H59
Au café
Avec V. le Peintre.
“Elles ont raison. Je m’entoure de courtisans futiles qui se délectent de mes clowneries idéologiques. Je ne lutte que pour ma propre jouissance sociale et sexuelle, dis je
“Nous sommes toi et moi tenus de continuer à peindre et à tourner des films. Nous n’avons pas d’autre solution et nous n’avons pas de compte à rendre tant que nous sommes honnêtes et sincères avec nous mêmes” affirme V.
JE NE VEUX PLUS CHERCHER DU TRAVAIL


le téléphone
Elle s’appelle Odette.
J’ai rencontré Odette il y a deux ans quelques heures avant le vol de la roue avant de ma bicyclette. J’avais acquis à la suite d’une longue série d’efforts un nouveau statut social. J’avais abandonné mon statut de gardien d’ordinateur dans une banque d’affaire américaine et j’avais accédé au rang de diffuseur de film indépendant. J’avais à ce titre parfaitement le droit d’adresser la parole au compagnon de Odette. Le compagnon de Odette avait réalisé un documentaire indépendant. Le prétexte nécessaire pour engager une conversation obéissait donc à la cohérence sociale en vigueur. J’avais la possibilité de distribuer son documentaire indépendant sur l’écran de 44cm d’une télévision non portable juchée sur le tabouret d’un café inconnu.
J’ai passé plusieurs soirées chez les compagnon de Odette. Je mange souvent des gâteaux en leur compagnie. Le compagnon d’Odette envisage dans ses phases dépressives d’abandonner la profession de réalisateur. Il envisage fréquemment de se reconvertir dans la vente de gâteaux. Il absorbe toutes sortes de gâteaux, des gâteaux à la crème ou des gâteaux sans crème. Il boit aussi du thé et parfois des bouteilles d’alcool. Il apprécie l’alcool et les gâteaux. Il apprécie aussi Odette.
Le téléphone, un soir, c’est un fait, sonna. C’était un message pour Odette. Odette raccrocha après avoir poliment affirmé qu’elle était prise pour toute la semaine et qu’elle ne pouvait pas prendre d’engagement pour la semaine suivante. Il y eut un long silence.
“Je ne travaillerais pas et je ne veux plus chercher du travail, affirma Odette
“Je te ferai remarquer que dans trois mois ton statut d’intermittente du spectacle arrivera à son terme, remarqua son compagnon
“Je ne veux plus travailler comme camerawoman, répliqua Odette
“Et où comptes tu vivre sans argent?
“Je ne sais pas, je retournerai chez mon père à Grenoble”
A cette époque je n’étais pas encore entré en conflit avec le compagnon de Odette. Une réalisatrice partageait notre amitié et nous aimait d’un égal amour. Je lisais également la presse du mouvement Cargo.
Je n’ai jamais pu rencontré les membres de ce collectif qui milite pour un revenu minimal garanti égal à trois fois le montant du RMI, et sans surveillance sociale, sans prise en charge par des éducateurs, sans prise en charge dans des stages de nettoyage, de montage virtuel, ou d’autres crétineries culpabilisantes et dévalorisantes pour les participants
Enfin à la suite d’événements extra conjugaux qu’il n’a pas lieu d’évoquer( pour l’instant), je me suis résolu à prendre une nouvelle fois contact avec Odette.

l’appartement
C’est un appartement néo soixante huitard. Des affiches de la Révolution passées sont punaisées. Les verres sont rangés par ordre de taille décroissante au dessus de l’évier.
Odette affirme qu’elle n’a qu’une demie heure devant elle et qu’elle devra s’en aller dans au maximum une demie heure.
Nous prenons place sur le canapé jaune ( c’est un canapé jaune).
Je prends un stylo. Elle allume une cigarette.
“La dernière fois que je t’ai vue chez Paul, tu as affirmé que tu ne voulais plus chercher du travail, j’aimerais que tu m’expliques la raison de ce refus, je pense que cette explication pourra rentrer dans le cadre de mon journal autofinancé et autodistribué que j’écris en compagnie d’une réalisatrice commune et amie qui partageait mon amitié pour Paul et pour toi, je crois savoir qu’elle t’aime beaucoup et qu’elle t’apprécie, nous vendons ce journal pendant les projections que j’organise et j’espère que tu ne seras pas fâchée contre mon article, je ne prétends pas être différent des autres, je ne cherche pas à t’humilier, je ne veux pas semer la discorde, je cherche simplement à réfléchir sur le sens de nos vies, peut être est ce que je devrais aller vivre en Israël, mais je ne sais pas si c’est une bonne idée d’aller vivre en Israël, je pourrais peut être organiser des projections dans un des derniers kibboutz autofinancés dans le Néguev, je me sens étranger ici, les femmes luttent entre elles, et moi je crois que j’attise certaines flammes, et je pense que l’erreur vient de notre désir de nous enrichir, de conquérir, d’où mon intérêt pour ta déclaration concernant ton refus de travailler
“Je n’ai pas dit que je ne voulais plus travailler, j’ai dit que je n’avais plus le temps de chercher du travail. Je tiens à finir le montage de mon film
“C’est donc pour cette raison que tu ne cherches pas du travail comme camerawoman?
“Exactement, je trouve juste que les ASSEDIC me permettent de finir mon montage, les chaînes de télévision ne veulent pas diffuser mon film, ils vont le qualifier de “chiant”(1) et j’estime avoir le droit de m’exprimer
“Donc tu es prête à t’enfermer de nouveau dans la structure hiérarchisée et oppressante d’un tournage officiel quand tes ASSEDIC arriveront à leur terme?
“Il ne faut rien exagérer, je préfère être camerawoman que vendeuse dans un supermarché. Je suis venue à Paris avec l’idée de réaliser des films. J’ai fait des petits boulots et puis ensuite j’ai réussi à devenir stagiaire caméra, puis assistante, puis cadreuse. Ce cursus professionnel devait dans mon esprit déboucher sur des contacts qui m’auraient permis de passer à la réalisation
“Et que dit ton entourage lorsque tu affirmes que tu veux finir ton film et que tu ne réponds pas aux demandes de tes éventuels employeurs, il est en effet évident qu’en ne disant pas que tu es sur un autre tournage, tu risques d’être rayée définitivement des plannings et de passer pour une camerawoman peu fiable et qu’il importe donc d’exclure de la profession, les engagements professionnels doivent être tenus, sinon il est impossible de tourner des films, c’est évident
“Ils disent que je suis folle et que j’ai un loyer à payer
“Tu n’envisages pas d’habiter dans un squat
? Tu pourrais vivre avec moins d’argent et tu aurais ainsi la possibilité de tourner et de diffuser tes films dans les bistrots de quartier que personne ne connait sur des écrans de télévision de 44 cm non portable?
“Je ne veux pas te décevoir, je ne suis pas aussi radicale que tu le crois, je n’ai plus le courage de vivre dans un squat, et j’ai besoin d’électricité pour faire fonctionner ma table de montage
“Bref si tu ne vends pas ton film, tu rechercheras du travail comme camérawoman?
“Oui
“Tu ne vis pas cette situation comme un échec?
“Non
“Pourquoi?
“J’aurai essayé de mener à bien mon travail de réalisatrice et je ne suis pas angoissée par ma vie
“Et Paul comment vit il cette situation?
“Il s’angoisse...Il est passé chez moi hier soir, je lui ai montré un premier bout à bout et il m’a dit de tout recommencer...(elle sourit).
“Pourtant Paul a réalisé un documentaire sur des squatters heureux, il avait donc bien dans l’idée de renoncer à un certain confort afin de rejoindre les rangs de la résistance en lutte contre le totalitarisme du fascisme rampant des chaînes de télévision?
“Je ne veux pas parler à la place de Paul. Je pense que Paul est dans une autre logique que la mienne, il veut réaliser les films qu’il a envie de réaliser et être payé pour sa réalisation
“Bien sûr, c’est un syndicaliste”.

l’ascenseur
La porte de l’ascenseur se referme
“En tout cas je continuerai mon film jusqu’au bout” dit Odette.
La lumière de la veilleuse de l’escalier s’éteint.
Un baiser rapide sur la joue.
Odette monte rapidement dans son auto. J’enfile rapidement mon écharpe. Odette est désolée. Paul l’attend.
Ils ont rendez vous dans un cinéma d’Art et d’Essai subventionné par la Ville de Paris.
Ils ne m’ont pas proposé de les rejoindre dans la salle de cinéma d’Art et d’Essai subventionné par la Ville de Paris.



LE FOU PROVOCATEUR


Le journaliste de l’Est Républicain a écrit que je suis fou.

L’épouse de l’Éducateur a cessé de travailler
Elle élève ses quatre enfants . Le petit dernier est âgé de trois mois et la fille aînée vient juste d’avoir ses dix sept ans la semaine dernière.
Je mange des nouilles.
Une sauce tomate relie les nouilles entre elles.
“Tu prends la voiture? demande l’Éducateur
“Non, pourquoi? interroge l’épouse de l’Éducateur
“Je pensais que tu prendrais la voiture
“Avec toi tout est toujours compliqué, tu sais bien que je conduis d’abord Christine chez Fanfan et qu’ensuite je passe reprendre Antoine à la sortie de l’école.
“Excuse moi, j’avais compris que tu avais besoin de la voiture en fin d’après midi
“Je n’ai pas l’habitude d’aller me promener l’après midi en voiture
“J’ai du effectivement m’embrouiller dans les dates, je croyais que tu avais exceptionnellement besoin de la voiture”.
La fille aînée s’enferme dans les toilettes. Le petit dernier vomit sur l’épaule gauche de la cadette.
“J’ai interrompu mon activité professionnelle il y a plus de neuf ans et je ne sais pas si dans cinq ans quand le petit dernier ira en classe, je serai encore capable de travailler. J’ai l’impression que je ne suis plus dans le coup” précise l’épouse de l’Éducateur

Un individu isolé grelotte.
Une femme échevelée s’écroule contre une poubelle.
L’individu isolé agite un bras au dessus de la poubelle.
“Une voiture s’est arrêtée, les gens sont quand même solidaires entre eux, nous pouvons continuer notre chemin” constate l’Éducateur.

Les deux retraités de l’Éducation Nationale, l’animatrice bénévole et la fille aînée sont assis sur des chaises devant le poste de télévision.
“Excusez moi, je ne veux pas me moquer de vous, mais tout ce que vous dites me fait vraiment rire” affirme la retraitée de l’Éducation Nationale.
“Je vous en prie, je ne suis pas un gourou” dis je
L’Éducateur engage une brève conversation téléphonique.
“J’ai regardé votre film avec intérêt, je ne veux pas vous empêcher de vous exprimer, mais en ce qui me concerne je pense sincèrement que vous êtes un farfelu, affirme le retraité de l’Éducation Nationale
“Nous vivons dans un Régime Démocratique, et nous avons tous le droit de nous exprimer, dis je
“Vous avez intitulé votre film, le RMI c’est la vie, reprend le retraité de l’Éducation Nationale
“Avec un point d’exclamation à la fin, dis je
“Je trouve absolument indigne que vous vous arrogiez le droit d’inciter les chômeurs à ne pas travailler et à vivre en assistés permanents. La liberté de l’homme et sa dignité passent par son travail. J’ai travaillé toute ma vie”, complète le retraité de l’Éducation Nationale
La retraitée de l’Éducation Nationale pouffe.
“Je ne cherche pas à vous agresser. J’ai exercé dans des conditions difficiles une activité de syndicaliste. Je n’ai pas été particulièrement récompensé pour mon action et je ne peux pas rester indifférent face à des propos qui me paraissent particulièrement gratuits et dans une certaine mesure proches de l’expression d’un fou” ajoute le retraité de l’Éducation Nationale.
L’Éducateur achève sa brève conversation téléphonique.
“Les RMIstes inscrits dans notre Centre d’Action Sociale m’avaient tous promis d’assister à ta projection, je regrette vivement leur absence, j’aurais bien aimé connaître leur réaction face à ton argumentation, reprend l’Éducateur
“La Résistance a commencé. Les RMIstes refusent de se laisser culpabiliser par une insertion aussi futile qu’aléatoire” dis je.
“Je ne suis pas aussi catégorique que mon mari, notre fils réalise lui aussi des films. J’espère qu’il aura les moyens d’acquérir son indépendance financière, et qu’il pourra ainsi s’épanouir dans un travail qui correspondra à son désir. Vous avez raison de privilégier vos relations affectives sur un développement de carrière, c’est pour moi essentiel” déclare la retraitée de l’Éducation Nationale.

Les cheminots régionaux ont voté la fin de la grève régionale.
Ils travaillent.
Les collégiens mangent.
Le professeur porte une barbe.
“Ca valait quand même le coup de se lever à cinq heures du matin, grâce à ce voyage on saute deux cours de français” constate une collégienne

Le programmateur alternatif porte une cravate sombre.
Il lutte contre la répression. Il a démissionné de l’Éducation Nationale. Il occupe depuis vingt cinq ans les caves d’une ancienne abbaye. Il a refusé de figurer sur la liste des candidats aux élections municipales. Il a été convoqué par un Inspecteur des Renseignements Généraux. Et la police municipale verbalise systématiquement les voitures qui stationnent devant l’entrée de sa salle de spectacle alternatif.
Je commande un verre de jus d’orange au barman alternatif.
“Le refus de ta réinsertion rejoint nos préoccupations, tu es ici chez toi, tu peux passer tous les films que tu désires, je te remercie” affirme le programmateur alternatif
Jean Paul est désolé. Il a raté le début de mon film. Il a été retenu par une interminable réunion. Nous vivons dans une nouvelle ère de communication. Les responsables culturels aiment bien s’entendre parler.
“Je ne suis pas certain d’avoir tout compris ce que vous voulez dire, mais en tout cas j’apprécie votre vivacité et votre énergie” affirme un spectateur chauve sans lunettes.
Une femme en tenue de soirée embrasse la joue d’une femme en tenue de soirée.
“J’ai gravement sous estimé la vindicte de mon chef de service, je n’ai pas immédiatement compris qu’il s’attaquerait à moi plutôt qu’à mon chef immédiat, explique Jean Paul
“Nous ne sommes que des pions, des êtres manipulés, ballottés, endoloris, je suis sur le point de perdre mon boulot, ma femme m’a quitté, elle a emmené les enfants avec elle, elle m’a dit qu’elle ne voulait plus assumer ma souffrance. Leur système nous pousse à divorcer. Les spéculateurs engrangent ainsi de substantiels bénéfices. Les divorcés achètent deux fois plus de voitures, et de frigidaires” ajoute Jean Paul

L’autoroute longe les usines abandonnées.
Le camion de plusieurs tonnes zigzague.
La voiture de Jean Paul se faufile entre les zigzags.
“Le chauffeur s’est sans doute endormi. C’est facile de faire une connerie. J’ai failli moi aussi faire une connerie. Le lendemain du départ de ma femme et des enfants, je me suis dit que j’allais mettre fin à mes jours” affirme Jean Paul.
“C’est vite fait de se tuer” constate Jean Paul.
Des wagons abandonnés stationnent sous l’auvent d’un gigantesque entrepôt.
Jean Paul est tombé dans un trou, un trou noir et sans fin. Son chef de service l’humilie. Le monde du travail s’apparente à l’univers concentrationnaire. Nous sommes tous les gardiens et les gestionnaires de notre enfermement. Ils ne veulent pas s’attaquer à la notion du travail. “Ton film analyse bien l’oppression qui se dégage de la notion du Travail. Leur réinsertion est un formidable moyen de répression. Elle divise les exclus. Elle empêche toute forme de revendication” affirme Jean Paul
Des arbres faméliques surplombent le sommet d’une colline.
“Je n’ai pas réussi à m’abstraire de ce vaste camp d’internement dans lequel chacun joue son rôle. Les artistes sont chargés de la distraction des prisonniers. Les travailleurs travaillent. Les éducateurs éduquent. Les programmateurs alternatifs programment. Le piège se referme. J’ai encore des traites à rembourser sur ma maison. Mon ex femme a droit à un cinquième de la vente de la maison. C’est très vite fait de perdre le contrôle de sa vie. J’aurais pu voler un soir de déprime une bouteille de whisky dans une grande surface Le vigile m’aurait arrêté. J’aurais frappé le vigile. Comme ça, juste par énervement, par désespoir. Les flics seraient venus. J’aurais nié les faits. Des clientes bien intentionnées et sûres de leur bon droit se seraient empressées de témoigner contre moi, le Juge des flagrants délits aurait vaguement écouté mes justifications, mon employeur aurait refusé de se porter témoin de ma moralité, ma belle mère se serait acharnée contre moi, le Juge m’aurait vraisemblablement condamné à deux mois de prison ferme, j’aurais été incapable de supporter la violence propre au monde carcéral, je me serais une nouvelle fois battu, j’aurais été condamné à une peine de cachot, et l’engrenage se serait mis en marche”, ajoute Jean Paul
“Je ne suis pas trop inquiet pour toi, je n’ai pas l’impression que tu te sois aigri, et que tu sois convaincu de la nécessité de détester toutes les femmes” dis je.
Des pavillons alignés succèdent aux usines abandonnées.
“Les libéraux nous bassinent avec notre responsabilité, avec notre réinsertion. Mon ex femme prétend que nous sommes tous les deux collectivement responsables de notre divorce. La négation de sa responsabilité la place justement sur le terrain de sa responsabilisation. Elle est victime de la pression sociale. Nous sommes incapables de nous abstraire de la normalité qui s’est infiltrée dans nos vies privées. Les flics ont ramassé mon ancienne copine. Elle s’était foutue à poil un soir de Noël dans un centre commercial. Les psys de l’hôpital m’ont conseillé de ne pas poursuivre notre relation. Ils m’ont habilement suggéré de ne pas assumer une responsabilité qui incombait à leurs yeux à un personnel formé et responsable. Il y a quinze ans, je pensais que la schizophrénie était liée à des facteurs sociaux. Je n’ai pas voulu me réfugier dans une apparente responsabilisation, je ne voulais pas dire que je n’étais pas responsable, je voulais placer ma vie sur le terrain de la responsabilité ou de la non responsabilité. J’ai craqué. Nous avons fini par rompre. La poursuite de notre relation et nos ruptures à répétition ont peut être favorisé la multiplication de ses bouffées délirantes, mais en tout cas, j’ai refusé de me poser la question de ma propre responsabilité et j’ai préféré privilégié la négation de mes regrets
“Une de mes amies a été plusieurs fois internée. Elle s’est suicidée. Je ne sais pas si je t’avais parlé de cette histoire. Je crois qu’à cette époque nous avions cessé de nous voir pour d’obscures raisons
“Tu t’es senti responsable?
“Ils veulent nous convaincre que notre état de chômeur ne doit pas s’impliquer dans une quête de l’irresponsabilité. Mon amie a été internée. Ta femme a divorcé. Ton patron veut te virer. Les Renseignements Généraux surveillent les salles de spectacles alternatifs. Je n’ai pas peur de la normalisation. J’ai peur de la folie. La mère de mon dernier enfant m’a annoncé juste avant mon départ qu’elle avait l’intention d’entamer une analyse, et j’ai certainement ma part de responsabilité dans le développement de son angoisse
“Il est évident que nous sommes attirés par des phénomènes qui nous fascinent. Les angoisses de la mère de ton dernier enfant entrent nécessairement dans le dispositif du scénario que vous vous imposez de jouer, ou que la situation vous impose de jouer
“Je ne pense pas être attiré par ce genre de phénomène, ainsi que tu as pu le constater j’exprime une certaine révolte dans mes films et je n’ai pas de raison de me laisser entraîner dans un quotidien qui serait proche de la folie
“C’est vrai, mais as tu une exacte notion de ton quotidien?
“Je ne peux tout de même pas imaginer que les angoisses de ma compagne puissent déboucher sur des bouffées délirantes
“La copine dont je te parlais a décrété en haut du col de la Sclucht que le brouillard était le signe d’une attaque nucléaire imminente, et que les branches des arbres allaient tous nous étouffer, et plus j’essayais de la tranquilliser, plus elle s’enfonçait dans ses bouffées délirantes. La folie a perdu son sens réel. Les angoisses de la mère de ton dernier enfant appartiennent à son propre mode de fonctionnement
“Je ne veux pas te contredire, mais dans ce cas comment expliques tu que toi et moi nous soyons manifestement attirés par des relations amoureuses qui prennent systématiquement leur essor sur une certaine folie et que ce thème de la folie constituait jadis la principale trame de nos échanges verbaux?
“Tu ne me contredis pas” affirme Jean Paul.

Jean Paul a construit trois placards dans la cuisine.
Les deux fils de Jean Paul dormaient chacun dans une chambre.
L’ex femme de Jean Paul avait installé son bureau dans une des pièces de l’appartement.
Elle a plusieurs fois affirmé que le peu de succès de son activité professionnelle était directement lié à l’éducation de leurs deux fils qu’elle a été seule à assumer.
L’aube se glisse entre les volets.
Un filet de vapeur s’échappe du couvercle de la cafetière.
Jean Paul verse de l’eau chaude dans la théière. Il a passé un réveillon avec des militants d’Action Directe. Ils ont peut être été manipulés. Nous sommes tous manipulés.

Un paysan ventru s’assoit sur la banquette arrière du car régional.
Le chauffeur du car raconte qu’il a jeté machinalement un coup d’oeil dans le rétroviseur et qu’il l’a littéralement vu s’écrouler. S’il avait roulé un mètre de plus, c’est sûr il l’écrasait. Il a vécu la peur de sa vie. Il a tremblé de tous ses membres. Il a été incapable de descendre du car. Ensuite la police et les pompiers sont venus, et les histoires ont commencé, enfin l’essentiel est que Marcel Paul soit encore vivant.
“Ils ont cru qu’il nageait dans son sang, en fait c’était son litre quotidien de vin rouge qui s’était brisé sous le choc” s’esclaffe le paysan ventru.

La secrétaire n’a pas été informée de l’heure de la projection.
Elle est donc dans l’incapacité de m’indiquer l’heure exacte de projection de mon film “le RMI, c’est la vie avec un point d’exclamation à la fin”.
Elle me conseille de m’adresser directement au Directeur de l’Ecole des Beaux Arts ou à défaut à Hélène qui organise la projection.
Hélène frappe contre la vitre de la cabine téléphonique.
“Je suis Hélène” dit Hélène. “La secrétaire est en train de vous chercher dans l’Ecole, qu’est ce que je fais, je raccroche? ” dis je. “Ce n’est pas grave” dit Hélène. “Ce n’est pas très poli de lui raccrocher au nez” dis je. “Ce n’est pas grave” répète Hélène.
La radio locale diffuse ses informations locales dans la brasserie. Des chômeurs occupent le siège d’une administration locale.
“l’Ecole des Beaux Arts a obtenu une case sur la télévision locale, grâce à nous le Directeur de la télévision reçoit une subvention de la ville. Malgré cet incontestable avantage, nous n’avons pas de pouvoir décisionnaire et nous ne pouvons pas engager de co production. J’ai juste la possibilité de présenter dans les informations locales les projections que nous organisons chaque premier lundi du mois dans une des salles de l’Ecole des Beaux Arts, mais j’espère que je pourrais un jour développer des modules de réflexion avec des habitants autour de la conception d’une réelle télévision de proximité. J’avais beaucoup apprécié ton film sur les quatre femmes que tu as interviewées un dimanche, je regrette simplement que certains plans filmés par le second cameraman s’éloignent de la sincérité des premiers plans” souligne Hélène.
La situation n’est pas claire. La situation est extrêmement compliquée.
Le directeur de la télévision locale défend le concept d’une télévision locale. Je lui ai envoyé par l’administration centrale de la Poste des notes d’intention qui ont toutes été destinées à son attention. Je lui ai plusieurs fois téléphoné depuis plusieurs années, depuis environ une dizaine d’année. A chaque fois la standardiste m’a dit de rappeler car le directeur de la télévision locale était soit en déplacement, soit en rendez vous (à l’extérieur). Je n’ai pas téléphoné tous les jours pendant dix ans, j’ai appelé deux fois par trimestres, ou bien au contraire, je n’ai pas téléphoné pendant cinq ans. Je plaisante. J’ai du appeler le directeur de la télévision locale deux ou trois fois en cinq ou sept ans. Il faut savoir plaisanter. Je ne suis pas un militant sociologique ou un idéologue. Un réalisateur de documentaires de proximité a le droit de plaisanter. Le directeur de la télévision locale a été contraint de diffuser mes deux derniers documentaires de proximité. Il avait en effet signé une co-production avec un producteur. Ce producteur était las de l’attitude professionnelle des réalisateurs qu’il avait préventivement fréquentés. Il m’avait poussé à détourner le concept qui s’attache à la forme d’expression propre à la réalisation d’un documentaire. J’avais refusé de filmer la montagne ardéchoise. J’avais filmé la nuit, une nuit noire, sans étoiles, et sans écran de télévision locale .Des téléspectateurs de la télévision locale avaient téléphoné. Ils se demandaient si la télévision locale n’était pas la victime d’une grave avarie. Par la suite, d’autres producteurs s’étaient ligués contre ce producteur. Ce producteur n’avait plus eu la possibilité de co produire des films avec la télévision locale et le directeur de la télévision locale en guise de représailles n’avait toujours pas diffusé mon dernier film .
La standardiste souffle les bougies disposées sur la pâte feuilletée d’un gâteau. Les stagiaires applaudissent. C’est l’anniversaire de la standardiste.
Le directeur de la télévision locale m’offre une tasse de café.
Le directeur de l’information locale feuillette le quotidien local
Un solliciteur attend.
Nous montons l’escalier en colimaçon.
Le directeur de l’information locale me pose de nombreuses questions. Il prend de nombreuses notes.
Nous changeons de bureau
Nous prenons place devant un banc de montage.
Le cadreur cadre le cadre.
Le directeur de l’information locale souffle dans le micro.
Le cadreur braque une lampe sur mon nez. Le directeur de l’information locale me pose trois questions. Je réponds aux trois questions. Le directeur de l’information locale me remercie.
Un livreur de pizzas livre une pizza.
Je remercie chaleureusement le directeur de la télévision locale.
Il affirme que je n’ai aucune raison de le remercier. J’insiste. J’ai eu de la chance d’être co produit par sa télévision locale. J’ai disposé d’un vaste espace de liberté.
Les chaînes nationales ont en effet toujours obstinément refusé de diffuser l’image d’une nuit noire et sans étoiles.

Les élèves sont assis sur des chaises devant des tables.
Nous attendons l’arrivée des élèves absents.
“Je n’ai pas l’habitude de jouer le rôle d’un professeur. J’ai toujours critiqué la subjectivité bienveillante mais hypocrite du corps enseignant. Je n’accepte pas d’être confronté à un savoir qui échappe à mon libre arbitre. Je suis prêt à répondre à n’importe quelle question” dis je en prenant place sur une chaise
Les élèves présents ne posent pas de questions Un professeur pose une question. Je réponds à la question que pose le professeur.

Un professeur vérifie l’installation du vidéo projecteur.
Une élève verse des cacahuètes dans les soucoupes.
Le journaliste de la Voix de l’Est Républicain me demande d’exposer ma méthode de travail.
Je réponds que la répression s’appuie sur la réinsertion des RMIstes. Nous ne voulons plus du travail. Nous voulons de l’argent. Nous ne cherchons pas à diffuser nos films dans les circuits de la répression. Nous sommes nos propres circuits de diffusion. Nous sommes les gestionnaires de notre propre proximité.
La projection commence.
Les spectateurs s’assoient .
La projection s’achève.
Les spectateur se lèvent.
Le professeur éteint le vidéo projecteur.
L’élève ramasse dans le creux de sa main les coquilles vides des cacahuètes.
“J’ai trouvé que vos films étaient extrêmement comiques, je ne sais pas si vous aviez l’intention de me faire rire, mais en tout cas, je me suis bien amusé” dit un spectateur.
Un élève brandit un micro.
J’affirme que je continuerai à projeter mes films. Je ne sais pas si je serai de nouveau produit par une télévision locale. Je suis décidé à me battre contre la répression. Je ne céderai pas. Les projections, en cas d’interdiction de la Mairie, se dérouleront sous les piliers des ponts du périphérique. Les ponts du périphérique échappent à l’autorité judiciaire de la ville et de la banlieue. Ils constituent une zone de non droit. Je n’ai pas la prétention de me réclamer d’un mouvement qui prendrait son essor sur la folie. Une de mes amies a été internée. Je n’ai jamais été interné. Je ne veux pas être interné. Je veux simplement lutter contre les structures répressives de notre société.

C’est le départ.
Hélène ne peut pas attendre le départ du train, elle a un rendez vous avec une association locale dans les locaux de la télévision locale. Elle lira avec intérêt le manifeste que j’ai écrit et si j’ai envie de passer quelques jours chez elle, je suis le bienvenu, moi, ma copine, mon septième enfant et mes autres enfants

Elle est assise contre la fenêtre. Une valise est posée contre ses pieds.
“Bonjour” dis je poliment.
Je parcours la rubrique culturelle du Monde.
Des Cinéastes français s’interrogent sur la crise du Cinéma Français.
“Chaque fois que le train dépasse la gare de Nancy, je me retrouve plongée dans mon propre malheur” annonce la femme en caressant la valise de la paume de la main.
Je ne pose pas de question. La femme poursuit son récit. Son fils avait une excellente place dans une entreprise de transport. Il avait facilement obtenu cette place, elle et son mari avaient d’excellentes relations. Ils étaient les propriétaires d’un grand restaurant à Strasbourg, et ils avaient des contacts avec le Préfet, le Maire, et des acteurs célèbres étaient même venus dîner plusieurs fois dans leur restaurant. Son fils avait donc obtenu une excellente situation. Il avait une voiture avec un chauffeur. Il avait un ordinateur portable. Son fils a quitté sa femme et son fils...Il les a mis dehors, tous les deux, et il est parti avec cette femme qui avait dix ans de plus que lui et qui avait déjà deux enfants d’un autre homme. Vous trouvez cela normal qu’un homme honnête mette à la porte son fils et sa femme pour une inconnue qui a dix de plus que lui et qui a déjà des enfants? Il a été victime d’un coup de folie. Il n’y a pas d’autre explication possible. Il a commis une erreur. Une grave erreur. Et un jour il paiera sa faute. Les erreurs de la vie finissent toujours par se payer. Elle ne sait pas pourquoi il a chassé son fils et sa femme. Il avait pourtant bénéficié d’une éducation droite, exemplaire. Elle n’a pas peur de le proclamer. Son fils a eu un cadre éducatif exemplaire. Ce n’était pas un cadre rigide. Il était toujours possible de s’exprimer. Son mari disait toujours qu’il donnait une clef à ses enfants, une clef qui pouvait permettre d’ouvrir toutes les portes, mais que si par malheur les enfants égaraient la clef, il ne serait plus possible d’ouvrir la porte. Son fils n’a pas voulu tenir compte de ce cadeau que lui avait offert la vie. Sa nouvelle femme ne sera jamais admise à pénétrer dans leur maison. Son mari avait une maison propre, honnête. Elle et son mari n’ont jamais demandé de l’argent à l’Etat, ni à leur famille. Elle a travaillé depuis l’âge de douze ans. C’est une question de dignité. La nouvelle femme de son fils ne rentrera jamais dans leur restaurant. Elle n’a plus de nouvelles de son fils. Elle ne sait pas s’il est encore vivant. Elle ne l’attend plus. Elle ne veut pas pardonner. Abandonner un enfant, son propre fils, est un crime. Un crime impardonnable. Il a fait son choix. Il est parti avec une femme qui avait dix ans de plus que lui et qui avait déjà deux enfants. La jeunesse n’est pas éternelle. Les charmes de sa nouvelle femme ne tarderont pas à se dissiper. Elle vieillira. Et il se demandera comment il a pu abandonner son fils pour un jupon affriolant. Elle lui a écrit une ultime lettre. Il n’a pas répondu. Elle ne cherchait pas à l’humilier, elle cherchait à lui ouvrir les yeux, à le mettre en face de ses responsabilités. Maintenant c’est trop tard. Il est inutile de refuser de voir la vérité telle qu’elle se présente, tôt ou tard, elle finit par apparaître. Son mari est mort. Le jour de ses obsèques, elle n’a pas voulu embrasser son fils. Son fils avait eu en plus le culot de donner le bras à sa nouvelle femme. Elle a ressenti la honte de sa vie. Il a osé se présenter devant le cercueil de son père avec cette femme, devant toute sa famille, devant tous leurs proches devant le Maire. Et même devant la tombe de son mari, elle a refusé de l’embrasser. Elle n’est pas désespérée. Elle s’occupe de son petit fils. De l’enfant qu’il a renié, de l’enfant qui porte son nom et qu’il a jeté à la rue. Son petit fils a le droit de parler de son père, elle et son mari ne lui ont rien caché et le petit a tout compris, les enfants comprennent tout, il a dit un jour que le jour où son grand père ne sera plus là, ils se retrouveront tous ensemble dans une autre vie, mais sans son père, car ce petit enfant a compris que son père avait perdu son droit à la dignité et au respect. Son fils est parti avec une femme, une intrigante, un être machiavélique, elle s’arrangeait pour qu’il engage son mari la nuit afin d’avoir le champ libre. Son fils a été victime d’un coup de folie, il n’y a pas d’autre explication, du jour au lendemain il abandonné son excellente situation, sa femme, et son fils. Naturellement son patron l’a convoqué. Il lui a dit qu’il dirigeait une entreprise honnête et qu’il pouvait prendre le soir même son chèque. Son fils pour une fois a fait preuve d’une grande dignité. Il n’a pas cherché à nier les faits. Il est parti. La tête haute. La folie n’explique pas tous nos comportements. Nous avons notre libre arbitre. Nos injustices finissent toujours par être comptabilisées.. Son mari avait une grande sagesse, ses amis venaient souvent le consulter, il leur disait toujours “laissez moi réfléchir quelques jours” et quand ses amis revenaient, ils donnaient la réponse que tous attendaient, c’était un sage, il disait toujours qu’il était certain que la place de l’église devait toujours être au centre du village, et que c’était une loi qu’il était inutile de modifier. Elle n’a pas eu des nouvelles de son fils depuis deux ans, chaque fois que le train s’arrête dans la gare de Nancy, elle se souvient que c’est dans cette ville que cette ignoble femme lui a demandé de sacrifier sa vie, elle ne l’oubliera jamais, son petit fils a voulu dessiner un dessin pour la fête des Pères, elle a envoyé le dessin à son père, il n’a a jamais répondu, c’est un crime de ne pas répondre à son fils. Son fils a bénéficié d’une éducation qui tenait compte de l’effort. Il n’a pas été un assisté. Elle ne comprend pas le Gouvernement actuel favorise à tel point l’assistanat. Son fils avait de l’argent de poche comme tous les enfants, mais il devait comprendre par lui même la valeur de l’argent, ils n’ont pas exercé de contrôle sur ses dépenses. Avec son mari, ils se levaient à six heures du matin, ils ont élevé leurs enfants dans une grande tolérance qui existait à travers un cadre et elle ne comprend pas encore aujourd’hui, comment il a pu ainsi perdre sa situation pour un simple jupon. Ses amis de Strasbourg lui conseille de pardonner mais il n’y a rien à pardonner, elle n’a plus envie de parler à ses amis, elle part rejoindre sa fille à Djibouti, elle a épousé un militaire. Du vivant de son mari, ils avaient passé d’excellentes vacances avec l’élite de l’armée française, ils avaient séjourné une semaine à Dakar, les militaires respectent et aiment l’Afrique, ils vivent dans le monde de la lumière, dans le monde de la vérité, ils ont en eux une grande joie de vivre, ils ont un but, ils ne vivent pas dans la folie de notre monde qui a perdu tous ses repères...Maintenant un homme est prêt à abandonner son fils pour s’occuper des enfants d’une étrangère...On donne le RMI à tout le monde. On donne de l’argent gratuitement à des français et même à des étrangers. C’est une honte, les gens abandonnent leurs femmes et leurs enfants pour un jupon, mais un jour, son fils comprendra que sa mère avait raison, il ne pourra plus retourner en arrière, le Gouvernement actuel sème les germes de la folie, il ne favorise pas la responsabilité, les gens et les jeunes en particulier ont le droit de dormir toute la journée sans aucune contrepartie, et d’être en plus payés à la fin de leur journée, c’est une honte, une grande honte pour la France, pour la société, le Gouvernement actuel favorise l’irresponsabilité, des éducateurs irresponsables réclament même un revenu garanti à vie, il n’y a pas de garanti, la vie est un combat, la morale donne un sens à nos vies, son fils un jour comprendra qu’il s’est fourvoyé, il reviendra chez sa mère, dans sa maison, dans la maison de son enfance, il pleurera, il demandera pardon, mais elle n’ouvrira pas la porte, il a choisi, il a eu une clef, une éducation, il a été libre de se servir de son éducation, il a choisi de jeter la clef, chacun à son libre arbitre, nous avons tous notre libre arbitre, et il mesurera après demain ou dans dix ans la profondeur de son abîme, la vieillesse et la fatigue succèdent aux élans de la jeunesse, il cherchera à reprendre contact avec son fils, mais son fils aura emprunté un autre chemin, on ne peut pas encore une fois revenir en arrière...La monde court à sa perte, les jeunes n’ont plus la possibilité de gagner proprement leur vie, maintenant les hommes se mettent avec des femmes qui ont déjà des enfants.. En Alsace, les gens sont propres, ils ne se salissent pas, la saleté est chassée impitoyablement, cette ignoble femme n’a pas franchi le seuil de son ancien restaurant, ni de leur ancienne maison, ses amies lui conseillent de pardonner, elle n’a pardonnera pas, le mal ne peut être pardonné, abandonner son fils est la pire des souffrances, le Gouvernement actuel favorise la paresse, nous vivons dans un monde d’atrocité et de souffrances, les gens ne veulent plus travailler, ils veulent de l’argent, ils veulent vivre dans la paresse, et en plus ils veulent que les autres les entretiennent, et cette situation n’a pas de sens commun, le lundi c’était le jour de la fermeture du restaurant, son mari se levait comme d’habitude à cinq heures du matin et il partait à la pêche, il mangeait ensuite avec d’autres amis en plein air, les écologistes parisiens n’ont rien compris, ce sont des politiciens, son mari le disait souvent, celui qui n’est pas né avec les arbres ne peut prétendre parler de la Nature, il existe une profonde et éternelle communauté entre l’Homme et la Nature, la Nature n’est pas folle, la Nature est propre, et le Gouvernement actuel avec ses projets d’assistanat perpétuel ne parviendra pas à la salir, la Nature obéit à ses propres règles, elle est immuable, son fils avait une excellente situation, il avait une maison bien équipée, l‘hiver il chauffait la salle de séjour avec de grandes stères de bois, tout était impeccablement rangé, les draps étaient propres, et puis du jour au lendemain il est parti avec cette ignoble femme.
Un ancien prisonnier chilien expose le récit de ses tortures.
Je lacère consciencieusement la page culturelle du Monde.
La femme dort paisiblement. Sa bouche pend au dessus de son menton.
C’est une grave erreur de penser que les tortionnaires torturaient parce qu’ils s’étaient levés le matin de mauvaise humeur, ils torturaient d’une manière scientifique. Il s’agissait de détruire le sentiment de l’existence de l’homme. Ils avaient d’ailleurs été formés par des militaires français qui avaient exercé leur savoir faire à Alger..
La femme caresse la poignée de la valise.
Des manifestants exigent la libération du Général Pinochet.
La France par la voix du Ministre a pris position.
Le train longe un cimetière.
La femme reprend le cours de ses explications. La folie gagne le monde. Les jeunes n’ont plus de points de repère, sans travail il est impossible de créer une famille, d’élever dans la dignité ses enfants, son fils a détruit sa jeunesse, il a détruit son propre bonheur. L’amour, la passion amoureuse ne peuvent pas tout expliquer, l’amour n’est pas le justificatif de nos engagements, nous avons en nous la dignité de l’Homme, le Travail est indissociable de cette dignité, les hommes choisissent librement leur voie, elle n’a pas écrit à son fils depuis plusieurs années, il n’a pas répondu au courrier que lui a envoyé son propre fils, son petit fils sera élevé dans le chemin de l’honnêteté, il recevra le bagage qui lui permettra d’affronter les épreuves de la vie, et ensuite lui aussi il choisira, et s’il préfère choisir le monde de la déraison, le monde de la solitude, elle respectera sa liberté, son mari a toujours été extrêmement tolérant, il n’a jamais été question d’imposer une éducation, les principes qui ne viennent pas du coeur et de la raison ont conduit aux pires catastrophes qu’a connues notre monde depuis le début de notre siècle. Il est toujours préférable de s’exprimer plutôt que d’imposer. Elle continuera à suivre la voie du juste milieu. Juste avant de monter dans le train, elle a rencontré dans la rue un marocain. Il n’avait pas d’argent, il n’avait pas d’endroit où dormir, c’est une honte, le Gouvernement actuel devrait avoir honte, elle lui a donné cinq cents francs, il ne faut pas être indifférent aux malheurs des autres, personne n’est à l’abri du malheur, et c’est ce que n’a pas compris son fils, il a choisi sur un coup de tête d’abandonner son fils et la mère de son fils, il n’a pas compris que le bonheur se construisait jour après jour, et qu’il existait en dehors de l’élégance d’un jupon “Moi aussi monsieur, quand j’étais jeune, j’avais un visage et un corps qui attiraient les regards des passants” ajoute la femme.
Les voyageurs descendent en rangs serrés des wagons.
Ils s’engouffrent dans le couloir du métro.

“Il faut l’emmener chez un spécialiste, il faut l’emmener chez un spécialiste” répète la mère de mon septième enfant.
La soupe déborde de la casserole.
“Qu’est ce que tu fais? ” demande t elle.
“J’arrête la soupe qui déborde de la casserole” dis je.
La mère de mon septième enfant ouvre la porte de la cuisine.
“Il faut lui prendre la fièvre, il a de la fièvre” ajoute t elle en agitant le thermomètre.
Je protège la soupe du thermomètre.
“Je ne suis pas folle” complète t elle.
Mes lèvres effleurent sa joue.
“La pédiatre m’a dit qu’il fallait l’emmener chez un spécialiste” reprend elle.
Je cale sur la platine le disque des Choeurs de l’Armée Rouge.
La mère de mon septième enfant s’effondre sur le tabouret.
“Vous ne voulez jamais me croire, personne ne me croit, mais moi je suis sûre qu’il a mal, il pleure parce qu’il a mal au ventre, ajoute t elle.
“Je n’ai jamais dit qu’il n’avait pas mal. J’ai simplement dit que je n’aimais pas les spécialistes. Je suis d’ailleurs parfaitement prêt à reconnaître que je suis l’élément déclenchant de tes angoisses...J’ai rencontré à la fin de ma projection à Nancy un ami que je n’avais pas vu depuis dix ans. Il m’a expliqué qu’il avait été l’élément déclenchant des bouffées délirantes de son ancienne copine
“Je connais ton argumentation, tu as eu six autres enfants, je n’ai aucune expérience et je suis une mère possessive
“C’est entendu, je le reconnais une bonne fois pour toute, je suis un fou et un irresponsable, dis je
La porte de la cuisine n’a pas claqué
Le chat en peluche dessine des ombres d’animaux fantastiques sur le visage de mon septième enfant
“Je ne dis pas qu’il n’a pas de fièvre, je dis simplement que les spécialistes de la médecine veulent nous imposer leur ordre moral. Je ne céderai pas. Je ne veux pas m’habiller correctement pour le Réveillon. Je ne veux pas aller chez le coiffeur, et si la télévision locale ne veut plus co produire mes films, je continuerais à réaliser des films et à les projeter
“Je ne t’ai jamais demandé de m’accompagner chez le spécialiste, affirme la mère de mon septième enfant
“Si la Mairie m’interdit de projeter mes films, je les projetterai sous les piles du périphérique
“Tu mélanges tout. Je ne suis jamais intervenue dans tes tournages
“Un journaliste a écrit un papier sur ma projection à Nancy. Il a écrit que j’étais fou
“Je n’ai jamais dit que tu étais fou” affirme la mère de mon septième enfant.



LA PROJECTION
(chronique pénitentiaire)

la Cour d’Honneur
La voiture de la police municipale patrouille.
Je ne suis pas en retard. J’attends.
Un fourgon sort de la prison de la Santé.
Je marche de long en large.
Je ne traverse pas la rue. Je n’ai pas envie d’attirer l’attention des gardiens.
Je cesse d’attendre.
Les deux gardiens sont enfermés dans la guérite. Ils portent une casquette sur la tête. “J’ai rendez vous avec la responsable de l’Atelier Vidéo, je suis peut être en retard, excusez moi, vous ne pouvez pas les prévenir? dis je.
“Vous vous appelez comment? ” demande le gardien.
Je donne mon nom.
“Attendez quelques instants on va venir vous chercher” affirme le second gardien. “Ne vous inquiétez pas, elle va venir vous chercher” confirme le premier gardien.
Je ne suis pas inquiet. J’ai attaché ma bicyclette contre le panneau de signalisation planté en face de la guérite et il est peu probable qu’un voleur prenne le risque de dérober la roue avant de ma bicyclette.
L’éducatrice ne porte pas de lunettes Elle ne porte pas de chignon. Elle porte une robe jaune. Sa robe jaune descend jusque sur ses talons.
Je donne ma carte d’identité. L’éducatrice serre les mains d’une demi douzaine de gardiens en casquette.
“Tu as passé de bonnes vacances? ” demande un gardien.
“Très bonnes merci, et toi? ” demande l’éducatrice. “On n’a pas eu très beau temps la première semaine mais après on s’est rattrapé” affirme le gardien.
L’éducatrice serre les mains d’une seconde demi douzaine de gardiens en casquette.
Des voitures sont garées dans un cour intérieure.
Un infirmier en blanc descend d’une camionnette.
“Nous entrons dans la Cour d’Honneur de la Prison de la Santé” explique l’éducatrice.
“Bonjour, les vacances ont été bonnes, ça va? ” demande un gardien. “Ca va” répond l’éducatrice.
L’éducatrice serre la main du gardien chauve et sans casquette.
Nous montons l’escalier.
“Je suis la seule femme ici, c’est bien pratique, je ne risque pas d’être confondue avec les détenus” affirme l’éducatrice. Une grille barre l’entrée du couloir. Les grilles des cellules sont ouvertes. Un détenu nous dévisage derrière la première grille. Une troisième série d’une demie douzaine de gardiens en casquette encercle une table en Formica.
“Vous avez la clef? ” demande l’éducatrice.
Le gardien appuie sur un interphone. Le gradé chauve ouvre la porte de l’Atelier Vidéo.

les agents de la répression

Les vidéos sont rangées par ordre alphabétique sur les rayons de l’armoire. La lumière du jour descend de petites lucarnes inaccessibles. Le ventilateur brasse l’air brûlant. La caméra est fixée sur le pied de la caméra.
“Je ne suis pas arrivé en retard. Je n’ai pas osé attendre devant la guérite. J’ai eu peur d’attirer l’attention des gardiens Je vous prie de m’excuser” dis je d’une voix ferme à la cantonade.
“Ce n’est pas grave. Nous allons d’abord commencer par faire connaissance et nous enregistrerons ensuite l’émission qui sera diffusée sur le canal interne de la prison” affirme Anne.
Nous faisons connaissance.
Jean Christophe et Jean Baptiste me serrent la main.
Je prends la parole. Les projections que j’organise ne sont pas destinées à assurer la réinsertion des diverses catégories sociales que le système qualifie d’exclues. Je ne suis pas l’invité de l’Administration de la Prison de la Santé. Je présente mes films à des personnes de sexe masculin qui résident provisoirement dans les locaux d’une prison. La Prison de la Santé n’existe pas.
“Nous ne devons pas perdre de vue que nous nous adressons à une population qui ne te connaît pas et je crois que tes films méritent une présentation, affirme Jean Baptiste.
“J’ai auto-édité cette brochure de présentation de mon travail, mes coordonnées sont sur la dernière page et su tu as envie de la lire, je te la donne, ça me fait plaisir de te la donner, dis je sans réfléchir
“C’est vrai, je peux la prendre? demande Jean Christophe.
Jean Baptiste soupèse les seize pages photocopiées et reliées par une ficelle en forme de croix catholique
Alain et Antoine se taisent.
“En tout cas cette brochure serait parfaite pour un atelier de travail de taulards” constate Jean Baptiste
Mes explications se poursuivent. Nous sommes tous des enfermés. J’essaye de créer un réseau indépendant de diffusion indépendante de films très indépendants. Ma réflexion s’appuie sur la seule règle de mon désir. La notion d’efficacité économique est une notion que je rejette. L’efficacité consensuelle débouche sur un isolement mental, voir carcéral. Je tourne et je diffuse des films indépendants pour échapper à mon propre enfermement.
“Je te remercie, je lirai ta brochure à tête reposée, enchaîne Jean Christophe.
“Tu attaques le système, tu te bats contre la hiérarchie, tu refuses de te laisser dominer par les valeurs du capitalisme. En fait tu es comme nous. Tu es voyou, affirme Jean Baptiste.
“J’aimerais avant de poursuivre ce débat que tu me donnes la définition exacte du terme de voyou, dis je
“Tu ne peux pas nier que ta démarche se situe dans une démarche propre à une réflexion globale d’extrême gauche, bien sûr, sur quelques points mineurs tu t’opposes à un système d’organisation de masse, mais tu n’es manifestement pas contre toute organisation, la réalisation et la diffusion d’un film indépendant nécessitent de toute évidence un embryon d’organisation, ajoute Jean Christophe.
“Un documentaire honnête ne peut concerner que sa propre réalité. L’objectivité ne trouve son fondement que dans une réalité de circonstance et la diffusion des documentaires objectifs ou d’auteurs concoure à faciliter toutes les prises de pouvoir manipulatrice. Je ne suis pas un gourou. J’essaye de partir de ma propre réalité, dis je sans hésiter
“Tu cherches à t’affranchir des lois des convenances sociales et de ce fait ton mode de fonctionnement n’est pas différent de la majorité de nos concitoyens, ni des détenus de cette prison, ton seul but consiste à te donner la certitude que tu es en définitive plus malin que tes collègues réalisateurs, constate Jean Baptiste
“Je n’ai pas la prétention d’être différent du reste de l’humanité
“Je vais te donner un exemple. J’aime beaucoup Anne. Je trouve que son stylo est très joli et je ne dois pas voler son stylo. Il est en effet inadmissible d’abuser de la confiance de ses amis, et c’est cette contradiction qui me fascine. (il approche la main du stylo). Je n’ai pas envie en volant ce stylo de faire de la peine à une amie, et en même temps je sais qu’en dérobant ce stylo qui ne m’appartient pas je vais commettre un acte répréhensible. Et c’est justement cette contradiction qui me fascine. Je veux me donner la liberté de me prouver que mon mode de fonctionnement est capable de s’affranchir d’un ordre établi
“Donc Pierre, tu es un voyou, assène Anne.
“La subversion propre à tes films obéit aux mêmes motivations, tu cherches toi aussi à détourner les règles du système afin d’en extraire toutes les contradictions”. complète Jean Baptiste.
Alain insère la vidéo de mon film dans le magnétoscope.
L’écran de la télévision s’allume.
Un rire. Une exclamation
“Mais c’est Constantin, c’est Constantin” répète Alain.
“Vous connaissez Constantin? dis je

Nous sommes tous des agents de la répression.

Une éducatrice téléphone dans un bureau.
Un avis est collé sur la porte du bureau
Il est rappelé que pour d’évidentes raisons de sécurité les visiteurs ne doivent apporter qu’une seule paire de chaussures à la fois et qu’il est d’autre part rappelé que l’usage des téléphones portables dans l’enceinte du centre de détention est strictement interdit.
Un fourgon noir pénètre dans la Cour d’Honneur. Un fourgon blanc quitte la Cour d’Honneur.
La serveuse apporte les sandwiches et la carafe d’eau.
“Notre association se pose beaucoup de questions sur son propre mode de fonctionnement, affirme Anne
“Le Pouvoir s’offre à peu de frais une bonne conscience. Les détenus qui ont à leur disposition des moyens financiers suffisants ont la possibilité de regarder passivement un programme dit culturel sur un écran de télévision. L’Administration nous incite à devenir les gardiens et les gestionnaires de notre propre enfermement. Le Pouvoir s’appuie sur une structure culturelle. Il se montre plus malin que le faible, c’est à dire sur les détenus. Les cellules sont silencieuses. Les gardiens sont bien notés par leur hiérarchie.
“Si tu as accepté de diffuser tes films dans une prison, c’est certainement parce que ton fonctionnement du moment se sent proche de l’univers carcéral, ajoute Anne.
“Je ne veux pas devenir un gardien culturel et associatif. Je suis tout à fait d’accord pour reconnaître que la projection de mes films dans le cadre d’une Administration Pénitentiaire me permet de me prouver que je détourne à mon profit une réglementation culturelle en vigueur et que je cherche moi aussi à me prouver que je suis plus malin que mes collègues réalisateurs” dis je

quelques questions

L’éducatrice pénètre dans le sas.
Le détecteur de métaux ne détecte aucun objet métallique.
“Il manque la poignée de mon portable” note l’éducatrice.
Le gardien en casquette soulève la tête. “La poignée est peut être tombée par