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André Colinet
Amazing grace

Documentaire fiction expérimentale - béta sp - n&b et couleur - 39' - images: Johan Deneve - son: Jules Goris - montage: André Colinet - autoproduction, avec le soutien du V. G. C. van Brussels gewest, du CBA et du GSARA - Belgique - 1997

Comme dans la plupart de mes projet, Amazing grace traite uniquement de sujets et de personnes qui peuvent être mis en rapport direct avec mon entourage proche et mes expériences personnelles.
De même pour les conditions de production : petits budgets, indépendant, marginal et à long terme.
Quand j'entame un projet, je ne sais jamais à l'avance dans quelle direction je vais. Je filme ce qui me préoccupe et me fascine, et ceci en genres et styles différents. Le film se construit à mesure qu'il se fait et au bout du compte, pendant le montage, il y a assemblage d'un ensemble audiovisuel extrêmement hétérogène (fiction, documentaire, poésie, super 8, vidéo hi8, bétacam, couleur et noir et blanc). C'est un véritable casse-tête et il me faut des mois pour parvenir à une structure et un rythme cohérents.
Pendant cette période, ce qui m'a le plus obsédé, c'est la prise de conscience aiguë de notre existence brève et éphémère sur cette terre. Et plus précisément par rapport aux artistes: l'essence de l'artiste, sa motivation, son besoin de reconnaissance et de communiquer, sa quête de l'amour, sa solitude. Cela explique les interventions de la peintre Françoise André, l'évocation de la mort solitaire du vieux poète Marcel Picqueray, les citations d'Henri Storck, Marcel Broodthaers, Jan Cox, les interventions musicales de J. S. Bach, Ch. Mingus, Ch. Parker et G. Malher.

Wie in den meisten meiner Filme werden in “Amazing Grace ” auch nur Personen und Themen angesprochen, die mich direkt betreffen. Das gleiche gilt für die Produktionsbedingungen : kleines Budget und unabhängig ; Wenn ich ein Projekt anfange, weiss ich nie im voraus, wie das Ende ausgehen wird. Ich filme, was mich fasziniert und mich beschäftigt. Der Film stellt sich nach einanderzusammen während der Dreharbeiten selbst : es entsteht eine audiovisuelle und heterogene Zusammenstellung ; (Spielfilm ; Dokumentation, Poesie, Super 8, video hi8, Becatam farbig und schwarz und weiss).
Es ist ziemlich nervenaufreibend, denn ich brauche Monate, bis ich endlich einen koherenten Rhythmus reingekriegt habe, dabei beschäftige ich mich mit dem Bewusstsein über unser kurzes Dassein auf der Erde- und die Rolle des Künstlers : seine Motivation, Wunsch nach Anerkennung und Kommunikation, Suche nach Liebe und Einsamkeit. Dies berechtigt auch die Intervention von den Malern Françoise André, die Anspielung an den einsamen Tod des Poeten Marcel Picqueray, die Zitate con Henri Storck, Marcel Broodthaers, Jan Cox, die musikalischen Einsetze von J.S. Bach, Mingus, Ch. Parker und G.Mahler.



Like most of my projects, Amazing Grace deals uniquely with subjects and people who can be directly linked to my close surrounding and my personal experiences. The same goes for the conditions of the production: small budgets, independent, marginal and at long term. When I begin a project, I never know in advance in which direction I will be heading; I film what preoccupies and fascinates me, and this in different genres and styles. The film constructs itself as it is being made and at the end of the line, during editing, is assembled an extremely heterogenous audiovisual whole (fiction, documentary, poetry, super 8, hi 8, betacam, color, and black and white).
It is a real headache and I need months to come up with a coherent structure and rhythm. During this period, what obsessed me the most was the strong realization of our brief existence on this earth. And precisely on the subject of the artist: his / her motivation, his / her need of recognition and communication, his / her quest for love, his / her solitude. This explains painter Françoise André's interventions, the evocation of old poet Marcel Picqueray's solitary death, Henri Storck's citations, Marcel Broodthaers, Jan Cox, and musical interventions by J.S. Bach, Ch. Mingus, Ch. Parker, and G. Mahler.



A propos d'Amazing Grace


Amazing Grace d'André Colinet a obtenu une mention spéciale ("pour la liberté totale de l'entreprise") à la sixième biennale Internationale de Film sur l'Art qui s'est déroulée au Centre Georges Pompidou en décembre 98. L'occasion pour nous de parler d'un réalisateur secret qui nous livre un peu, énormément de lui-même.

Au détour d'un plan muet où l'on voit Marcel Piqueray dédicaçant une plaquette de poèmes à l'une de ses lectrices, on découvre les amis de toujours, Boris Lehman (qui face caméra prend une photo du réalisateur), Michelle Blondeel (qu'est devenue la co-réalisatrice de Marcher ou la fin des temps modernes? ), Catherine Montondo, Serge Meurant et Henri Storck avec qui le réalisateur a, comme beaucoup de réalisateurs belges de sa génération, une relation filiale évidente.
C'est un film qui montre l'envers du décor, la difficulté d'être artiste, de tenter de vivre pour et par l'Art, voire même de vivre de son art tout simplement. Françoise André dit un moment face caméra (elle a trois plans-regards d'une grande intensité), interpellant ainsi le spactateur amateur d'art pictural et donc quelque peu voyeur: "Bien qu'on se sente très fort intérieurement quand on est jeune, malgré tout le fait d'être rejeté est très dur. C'est un isolement, c'est au fond, ne pas être aimé". Et plus loin: "J'ai besoin de chaleur humaine, j'ai besoin d'amis, j'ai besoin de contacts, j'ai besoin de pouvoir échanger mes sentiments, mes joies, mes tristesses avec des êtres, c'est un peu ce que je peins."
Amazing Grace est un carnet de route et aussi un film d'un amour qu'on essaie de fixer sur la pellicule, pour l'éternité, afin de "retrouver les jours heureux" (voix off du réalisateur). Un film où André Colinet expose ses préoccupations artistiques, ses maitiés, son désir amoureux pour Catherine qu'il transfigure (la photographie embaume le temps, le soustrait à sa propre corruption comme aimait à le souligner André bazin).
Plans sur le visage de Catherine, à contre-jour de profil, en très gros plan, elle se tourne pour faire face avec un regard caméra (Colinet filme Catherine avec la même tendresse et la même fascination que Philippe Garel éprouve pour Mireille Perrier dans Elle a passé tant d'heures sous les sunlights). Ponctué d'un thème musical récurrent, l'Aria "Erbame dich mein Gott" de la Matthaüs Passion de Jean-Sébastian Bach, les plans de Catherine nue vue de dos, la caméra panote de droite à gauche, la filmant des pieds à la tête comme une caresse ou encore les plans de Catherine enveloppée d'un drap blanc, qui se dénude en se retournant, découvrant son corps en mouvement et fixant du regard la caméra qui la révèle ou encore le couple que Catherine forme avec sa petite fille, (sorte de calque d'elle-même enfant).
Il y a dans Amazing Grace, un art de capter le temps qui passe (comme tout les vrais cinéastes Colinet s'intéresse plus au temps qu'aux images), de faire d'un visage le paysage d'une vie, d'un sourire une promesse de bonheur, d'un corps féminin le vertige de la solitude mais malgré la construction polyphonique des plans qui répondent les uns aux autres, quelques scènes théâtralisées et surjouées (sorte de ponctuation récurrente) cassent le rythme d'un film où l'on est plus du côté de Lester Young que de Charlie Parker.
Beaucoup de plans sont peu éclairés parce que Colinet n'essaie pas de nous faire croire que le cinéma est la reproduction imagée de la vie, il filme la vie (ce qui l'intéresse c'est de la saisir - dans ce qu'elle a de plus insaisissable - pas de contrôler des personnages évoluant dans un milieu donné). La plupart des plans sont tournés en son non-synchrone. Qu'importe! La voix du réalisateur (qui curieusement passe de l'anglais au français au gré de son feeling) ou le thème musical (la voix de Kathleen Ferrier qui ressemble curieusement à celle d'Alfred Deller) nous en apprennent davantage. (Jean-Michel Vlaeminckx)




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