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Pierre Alain Jaffrennou
A voix basse
(Mit leiser Stimme)
Documentaire vidéo expérimental - béta numérique - couleur - 54' - conception, réalisation, son et musique : Pierre-Alain Jaffrennou - musique pour quintette (soprano, clarinette et clarinette basse, piano, synthétiseur et violoncelle), chœurs de 50 enfants et de 10 adoloscentes enregistrés - textes : Nadia Tueni, Vénus Khoury Ghata, Andrée Chédid, et des anonymes - montage et traitement : Christian Cuilleron - Dir. des choeurs : Yvan Markovitch, Isabelle Malfray - enregistrement: Christophe Lebreton, Pierre Henry Millet, assistant - mixage musique: Christophe Lebreton; Pierre Emmanuel Poizat, assistant - mixage son: Pierre Alain Jaffrennou; Jean Luc d'Aleo, assistant - images: Equilibre, INA, WTN et Pierre Alain Jaffrennou - prod : Grame CNCM - réalisation vidéographique au CICV Montbéliard, ENBA Lyon, avec le partenariat de l'entreprise humanitaire Equilibre, du CNSM de Lyon, du CNR de Lyon, de l'Ecole Nationale de Musique de Chalon sur Saône et du théâtre de Vienne, le laboratoire ARIA de l'Ecole d'Architecture de Lyon- France - 1996


Photos: Christian Ganet

Populations gazées, génocides ethniques, villes bombardées, dynamitées, villages brûlés, viols et assassinats en masse, déportation de civils... C’est le contenu des images que déversent quotidiennement les télévisions par tranches d'une minute à une minute trente au point de les banaliser. Cette fin de millénaire nous plonge dans un torrent d’horreurs sans cesse renouvelées. Les sociétés industrielles assistent impuissantes ou le plus souvent muettes ou encore, quelquefois, complices, à ce qui devient progressivement une négation de l’être.
D’une guerre l’autre, de Beyrouth à Sarajevo, il y a la monstruosité des massacres aveugles de civils. Dans ces conflits que l’on croyait révolus, les voix basses, qui ne parviennent pas jusqu’à nous, sont celles des enfants, des femmes, des poètes. Derrière les images à sensation des télévisions, la vie quotidienne continue, avec son plein de douleurs, de pleurs, de blessures indélébiles et d’absence. Il y a aussi, parfois, la perte des racines et de la mémoire.
Le projet du film est de montrer autrement ces événements qui surviennent à notre porte. De montrer comment est bafouée l’innocence. D’écouter les voix basses, le silence; de regarder derrière les images ce qui subsiste après le déchaînement du drame. De s’émerveiller de ce que malgré tout, la vie apporte de bonté et de beauté.
La conception du film repose pour beaucoup sur des rapports multiples qu’entretiennent le son et l’image. La musique alterne, puis progressivement, mixte les chants de la soprano et ceux des enfants et des adolescentes, ces voix innocentes qui ne sont déjà plus là, qui viennent d’ailleurs, de nulle part. Le son propre du film est traité musicalement, sans jamais mettre en avant l’anecdote.
Les textes chantés sont de la plume de Nadia Tueni, de Vénus Khoury-Ghata et d’Andrée Chedid, trois femmes libanaises de Beyrouth, merveilleusement poètes. Elles nous parlent de la vie et de la mort, de la guerre.
Placé sur scène, le quintette intervient en direct, devant un grand écran sur lequel est projeté le film, éclairé seulement par le reflet des partitions et par cinq bougies allumées à l’ouverture par une petite fille vêtue de blanc.
Le film est réalisé à partir d’images filmées à Beyrouth, Sarajevo, Vukovar, Grosny, ainsi qu’au Rwanda et au Kurdistan. D’autres séquences, tournées pour la circonstance, complètent ces images de témoignage.

Vergaste Bevölkerungen, Völkermorde, ausgebombte Städte, abgebrannte Dörfer, Vergewaltigungen, und Massenmorde werden täglich im Fernsehen gezeigt, so dass diese Ereignisse zur Banalität geworden sind. Das Ende dieses Jahrtausends verspricht immer wieder neue Greueltaten. Die industrialisierte Gesellschaft nimmt machtlos und stillschweigend (oder im allgemeinen Einverständnis ? ) an der Negation des Seins teil. Überall, ob in Beyrouth, Sarajevo oder sonstwo, ist man Zeuge von blinder Ausrottung.
In diesen Konflikten, die man als Fortschritte ansah, werden leise Stimmen laut, die nicht bis zu uns vordringen, und zwar sie Stimmen von Kindern, Frauen und Dichtern. Und nebenbei geht der Alltag weite - untermalt von Schmerz, Trauer, Träumen und Wunden. Manchmal gehen dabei auch Ursprung und Erinnerungen verloren ; Dieser Film, der auf Berichten libanesischer Dichterinnen während des Krieges in Beyrouth beruht, zeigt Bilder, Musik und die Lebensumstände der Frauen und Kinder in der Kriegszeit.
Der Film soll auf die Ereignisse aufmerksam machen, die vor unseren Augen geschehen. Bilder aus Beyrouth, Sarajevo, Vukovar, Grosny und Rwanda und Kurdistan flossen mit in das Szenario ein.



Gazed populations, ethnic genocides, bombed and dynamited cities, burnt villages, rapes and mass murders, civilian deportation... These are the contents of images that television pours out daily, in one minute and one and a half minute-segments, to the point of turning it into ordinary events. The end of millenium plunges us in a torrint of horrors endlessly renewed. Industrial societies take part, helpless or oftentimes mute or even, sometimes, accomplices in what is progressively becoming a negation of existence.
From one war to the other, from Beirut to Sarajevo, there is the monstruosity of blind massacres of civilians. In these conflicts we thought over, the dim voices that don't reach us are those of children, women, poets. Behind television's sensational images, daily life goes on, filled with pain, tears, unfading wounds and absence. Sometimes, there is also the loss of one's roots and memory.
Based on texts by Lebanese female poets during the war in Beirut, the film recalls, through its image and music, innocent civilian populations' conditions, including women and children, in the so-called "regional" war situations. The film's project is to differently show these events that are happening right at our doorstep.
The film is made from images shot in Beirut, Sarajevo, Vukovar, Grosny, as well as in Rwanda and Kurdistan. Other sequences shot for the event complete this testimony.



Textes de "A voix basse"

Nadia Tueni
" Les œuvres poétiques complètes " (Editions Dar An-Nahar)
" Comme il triste que souvent
l'image coupe la parole
Silex contre silex
deux pensées et leur angle. "
Ceux qui sont morts ont droit,
à un grand portrait noir
sur un beau mur tout blanc,
au souvenir du jour de l'an,
au discours des vivants.
La douce amie d'hier,
talon aiguille et jupe à vent,
mêle une larme, à la sueur
de ses nouveaux amants.
Ceux qui morts n'ont pas une odeur de printemps.

De grands oiseaux brossaient le ciel
au petit jour; et du corps des amants,
lentement, la rosée comme une prière.
A Beyrouth, la guerre.

Ils sont morts à plusieurs
C'est-à-dire chacun seul
sur une même potence qu'on nomme territoire
leurs yeux argiles ou cendres emportent la montagne
[en otage de vie...
Alors la nuit
le nuit jusqu'au matin
puis de nouveau la mort
et leur souffle dernier dépose dans l'espace la fin du mot.

Quatre soleils montent la garde pour empêcher le temps
[d'inventer une histoire.
Ils sont morts à plusieurs
sans se toucher
sans fleur à l'oreille
sans faire exprès
une voix tombe: c'est le bruit du jour sur le pavé.

Crois-tu que la terre s'habitue à tourner?
Pour plus de précision ils sont morts à plusieurs par besoin
[de mourir
comme on ferme une porte lorsque le vent se lève
ou que la mer nous rentre par la bouche...
Alors
ils sont bien morts ensemble
c'est-à-dire chacun seul comme ils avaient vécu.

Je fermerai les yeux sur le soir en folie
comme pour garder en moi tant de beauté
violente.

Douce douce odeur du silence
il pleut dans mes yeux cette nuit
le ciel est un ruban usé,
l'étoile une bête qui fuit.
Douce douce odeur de violence
qu'un arbre décoiffé attend;
la mort est une femme aimée
la vie plus belle qu'une parole.
Douce douce odeur de l'enfance
bavarde comme un peuplier;
ma route est un oiseau mer
où le vent oublie de passer.
Douce douce odeur de l'exil,
Ô mon amour sanglant,
tu voyages comme une histoire
dans ta main un soleil brisé.
Douce douce odeur de ton corps
sur un lit de fer et de blé;
j'ai mis dans mon paysage une lune
la terre s'y est habituée...

La tête en bas d'une rue blanche
il y a
beau comme un figuier
le soleil

Mains sur le dos d'une colonne
la nuit
en tablier d'enfant
s'allonge

Quand tu annonçais des merveilles
la bouche pleine
combien douce était la campagne
de confiture

Vénus Khoury-Ghata
Monologue du mort (Editions Belfond)

/ Ils cueillirent nos enfants mûris au soleil de Septembre
Les firent sécher sur leur toit
entre le safran en fleur et la peau boucanée des alouettes

leur linge voyageait d'une terrasse à l'autre
entraînant le pays vers le large

La peur imprégnait les parois des villes
s'infiltrait dans leurs replis
certains rangèrent les immeubles dans les abris
d'autres plièrent les cathédrales dans les cryptes

On vit un homme hagard
promener son jardin au bout d'un baluchon

On parlait d'une époque cannibale
les mouettes mangeaient par terre
pour la recracher sur la mer

et la montagne de peur de s'éroder contre le ciel
avait dévoré toute une nichée d'étoiles /

Andrée Chedid
Textes pour un poème

(Editions Flammarion)

Les mouettes

/Je te donne trois mouettes
La pulpe d'un fruit
Le goût des jardins sur les choses

La verte étile d'un étang
Le rire bleu de la barque
La froide racine du roseau

Je te donne trois mouettes
La pulpe d'un fruit

De l'aube entre les doigts
De l'ombre entre les tempes

Je te donne trois mouettes
Et le goût de l'oubli./


Musique - Interprétation - "A voix basse"

Ensemble instrumental Grame


Laure Florentin voix
Patrick Gabard violoncelle
Jérôme Dorival clarinette
Manuel Schweizer piano
Anne Gaudemer clavier

Pour le film In a low voice, la partie chorale est interprétée tour à tour par plusieurs chœurs: un triple chœur de 50 enfants de classe de CHAM placé sous la direction d'Yvan Markovitch; un chœur de 10 adolescentes, élèves de l'Ecole Nationale de Musique de Chalon-sur-Saône placé également sous la direction d'Yvan Markovitch et un second chœur d'adolescentes, élèves du Conservatoire National de Région de Lyon, placé sous la direction d'Isabelle Malfray.


Dispositif de mise en scène - "A voix basse"

Un grand écran est placé en fond de scène. La chanteuse soliste ou le quintette est placé devant l'écran et reste dans une demi-obscurité pendant l'évocation des enfants et certaines séquences vidéo. Le son est projeté à partir de voiles sonores très directionnels.




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