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Vincent
Lévy
L'internet du pauvre (Internet
eines Armen) (Poor's Internet)
Document Installation - France - 1995

L'internet du pauvre propose aux visiteurs de démarrer un dialogue sur
un réseau réduit à son minimum technologique: deux postes
de visiophonie archaïques où il faut écrire à l'envers
pour communiquer. Cette installation est née de lidée que
la communication se crée aussi parce que des obstacles sopposent
à elle et quil faut sans cesse inventer pour les contourner.
L'internet du pauvre est un vrai réseau local qui met en communication
des gens éloignés les uns des autrees, avec des techniques archaïques.
Les deux postes de visiophonie sont chacun constitués d'une vieille caméra
à tube et de deux moniteurs monochromes. Ils permettent à deux personnes,
chacune devant un poste, de se voir et de voir l'autre.
Entre chaque personne et la caméra, est fixé verticalement une plaque
de plexiglas. Un crayon blanc, un chiffon et une bouteille de lave-vitre sont
suspendus en l'air.
Il suffit, pour débuter la communication de prendre le crayon blanc et
d'écrire sur la vitre. Mais il faut écrire à l'envers, car
la caméra est de l'autre côté de la vitre et agit donc comme
un miroir. Chacun attend la réponse de l'autre et lave sa vitre pour continuer
à écrire.
Ainsi, chaque participant voit la contribution de l'autre et y réagit.
Chacun y va de son dessin ou de sa phrase, créant un dialogue muet et ludique,
se transformant parfois en un nouveau rapport de force.
L'internet du pauvre est né de l'idée que la communication se crée
aussi parce que des obstacles s'opposent à elle et qu'il faut sans cesse
inventer pour les contourner.
Il s'agit principalement d'un début de dialogue, et non pas d'un dialogue
complexe. L'obstacle rencontré joue le rôle de catalyseur, de lien
au dialogue et permet de l'entamer sur une base commune où chacun est égal
face à l'adversité.
L'internet du pauvre est réellement destiné aux pauvres en moyens
de communication, à ceux qui n'ont pas les moyens de s'offrir le minimum
technologique ou ne le désirent pas. Il renoue avec un outil qui tend à
se dissoudre dans les réseaux informatiques: l'écriture.
C'est le niveau zéro du réseau, facile à construire, reproductible
et créé à partir de matériel hors d'usage. Il relie
les personnes de manière ludique et permet que quelque chose de nouveau
s'amorce, même entre deux personnes qui se connaissent déjà.
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