../_CATALOGUE 1998-1999
 

Vincent Royer
New York-Prague-Zwickau
14'20" x 3, vidéo - France

New York-Prague-Zwickau est une pièce composée de trois vidéos d’une durée égale de 14 minutes et 20 secondes et qui ont été réalisées entre juillet 1997 et juin 1998 dans chacune des villes titre. A côté, avec ou encore en addition de ces vidéos -cela reste à définir-, trois triptyques. A partir de cette base va s’opérer une série de déplacements, de glissements dont voici les principaux moments:

I- Le statut de l’œuvre est fonction de la situation de l’œuvre.
Les trois vidéos peuvent être appréhendées comme des films à part entière. Pleinement indépendantes les unes des autres, elles appartiennent au registre de l’oeuvre cinématographique. En même temps, l’oeuvre a été conçue comme pouvant s’intégrer à l’espace de la galerie. Projetées maintenant simultanément dans trois espaces contigus, les trois vidéos accèdent au statut d’œuvres plastiques. New York-Prague-Zwickau oscille ainsi entre la linéarité du cinéma et la multiplicité exposée de l’œuvre plastique. Seul le lieu décide du statut de l’œuvre qui, en elle-même, est essentiellement ouverte.

II- Le genre de l’œuvre.
Situons nous dans la nature cinématographique de la pièce et prenons l’exemple de New York. Un genre, d’emblée, s’affiche: celui du film policier. C’est la vile qui semble imposer son propre cliché ou, plus exactement, elle est comme saturée par une certaine image qui interdit tout regard neuf. Un second élément commun traverse ces trois vidéos: l’artiste, le réalisateur et l’acteur. Cette seule et même personne opère un déplacement du cliché et substitue aux stéréotypes imposés par le lieu ceux de son univers mental. La technique cinématographique n’est plus alors que le prétexte à la mise en scène du fantasme. Peu importe dès lors la narration tant il est vrai que seule la représentation que se fait l’acteur auteur du cliché compte maintenant.

III- Les triptyques, ou comment ne pas sortir du cercle de l’indétermination.
Les triptyques sont composés d’images figées auxquelles on a rajouté un sous-titre. À chaque triptyque correspond une ville et chaque sous-titre est écrit dans la langue de la ville. Prendre ces derniers pour des repères au sein du flux des vidéos est une erreur. En effet, d’où proviennent ces images? Sans doute trouvent-elles leur origine dans d’hypothétiques rushs dont le spectateur n’aura jamais la possibilité de vérifier l’authenticité. De la sorte, les triptyques pourraient maintenant composer l’inconscient de l’œuvre. Tout comme la langue ils opèrent une transition aveugle entre les différents moments de la pièce.

La tâche de l’artiste pourrait donc consister, selon le vocabulaire deleuzien, à prendre les choses en leur milieu. New York-Prague-Zwickau tend en tout cas vers ce projet. Pour ce faire, et dans sa configuration optimale, la pièce doit s’étendre sur trois pièces contiguës. De la sorte le spectateur pourra expérimenter les différents moments de l’œuvre: projection unique, simultanéité etc. Pour autant, il sera toujours pris au milieu d’un processus et les métamorphoses auxquelles il pourra assister n’auront ni commencement ni achèvement, mais seront prises au sein d’un devenir qui, au minimum, correspondra à ses déambulations entre les différentes pièces.




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