Programme Berlin 2020
Dim. 30 août

Spécial
Séances de clôture
14h30 > 20h

Haus der Kulturen der Welt
John-Foster-Dulles Allee 10, 10557 Berlin / Métro: lignes S5, S7, S9, S75, station: Hauptbahnhof
Ces séances ne sont pas retransmises en streaming
Entrée libre à la HKW, réservation obligatoire

Carte blanche à Pedro Costa

Pour clôre cette édition 2020, les Rencontres Internationales Paris/Berlin invitent Pedro Costa pour deux séances de projection exceptionnelles de "Vitalina Varela", à 14h30 et 17h. La séance de 17h sera suivie d'une rencontres-discussion avec le réalisateur.

Pour plus d'informations et pour réserver votre billet gratuit (inscription obligatoire), veuillez consulter le programme par jour.

Pedro Costa: Vitalina Varela | Fiction | couleur | 2:04:00 | Portugal | 2019

| | | : | |



| | | : | |



| | | : | |



| | | : | |



| | | : | |



| | | : | |



| | | : | |



| | | : | |


Vitalina Varela, une Cap-Verdienne de 55 ans, arrive à Lisbonne trois jours après les obsèques de son mari. Elle a attendu son billet d’avion pendant plus de 25 ans.

« Après avoir réalisé "En avant, jeunesse !", je me suis dit que je passais la majorité de mon temps avec Ventura, dans un monde d’hommes : c’est pourquoi j’étais content que Vitalina apparaisse dans ma vie au beau milieu du tournage de « Cavalo Dinheiro », à l’automne 2013. À mon sens, ma rencontre avec Vitalina méritait que j’en fasse un film, c’était aussi simple que ça. Je me suis aussi dit que cette rencontre pouvait me donner l’occasion d’aborder un autre aspect de l’histoire de la diaspora capverdienne – l’histoire des femmes. [...] Le point de départ de « Vitalina Varela », c’était son arrivée dramatique à Lisbonne pour se rendre dans la maison de son mari décédé, dans le quartier de Cova da Moura. Peu à peu, le film a commencé à prendre forme et à évoluer parallèlement aux visites que je rendais à Vitalina, à nos conversations quotidiennes : elle me parlait d’elle, de son mari Joaquim qui avait migré, de ses deux enfants, de sa vie de paysanne au Cap-Vert, de sa vie d’immigrée à Lisbonne... J’ai écouté le récit de ses souvenirs et suggéré certaines directions que nous pourrions prendre dans le film. Vitalina a accepté certaines idées et en a spontanément rejeté d’autres. J’ai continué à faire mon travail : je suggérais, j’ajoutais, je regroupais, je densifiais le tout. C’est ainsi que nous avons commencé à reconstruire l’itinéraire de cette femme. [...] Vitalina et moi-même sommes devenus amis et elle a accepté d’interpréter un second rôle dans le film « Cavalo Dinheiro », où c’était Ventura qui jouait le rôle principal. Plus j’apprenais à connaître Vitalina, plus j’avais la certitude que mon prochain film se ferait avec elle et porterait sur elle. Je me disais qu’elle pouvait être la star d’un film sur sa propre vie, un film qui serait centré sur ses propres souvenirs et ses propres expériences, une sorte de pendant à « Cavalo Dinheiro », avec Vitalina dans le rôle principal et éventuellement Ventura en second rôle. En fait, c’est au cours de la phase de tournage de « Cavalo Dinheiro » que j’ai commencé, avec Vitalina, à mettre sur pied ce projet rêvé. J’ai même utilisé certains financements que j’avais perçus pour mon projet sur Vitalina afin de pouvoir finir « Cavalo Dinheiro ». Comme vous pouvez le voir, « Cavalo Dinheiro » et « Vitalina Varela » sont donc liés par bien des aspects. Ce sont vraiment des films jumeaux.
[...] Pour moi, ces films parlent de gens qui sont au bord du désespoir, de leur lutte – une lutte intérieure, au plus profond de leur être, ainsi qu’une lutte extérieure, contre le mur qui a été bâti autour d’eux, contre le silence qui est leur est tombé dessus. Je travaille au sein d’une communauté très troublée, très désorientée : ces gens étaient des paysans au Cap-Vert, puis ils ont migré à Lisbonne pour trouver du travail ; au Portugal, on les a exploités sans pitié, mais ils avaient besoin de cet argent... J’ignore à quel stade du capitalisme nous nous trouvons actuellement, s’il s’agit d’un stade de progrès ou d’effondrement... Mais je sais que je ne peux pas travailler sur autre chose que sur cette incertitude. C’est un sujet difficile, relativement risqué, mais les scénarios sans danger ne m’intéressent pas.
 »

Pedro Costa (entretien avec Michael Guarneri, Debordements.fr, Novembre 2019)