Séance ponctuelle
Au-delà de la durée limitée des Rencontres Internationales, des séances de projection sont présentées dans le cadre de collaborations avec des musées et des centres d'art, des écoles, des cinémas et des festivals, permettant d’atteindre d’autres publics et de contribuer à une diffusion plus large des oeuvres programmées.
Bienal de la Imagen en Movimiento BIM
Buenos Aires, Argentine | 29-10 au 13-11 2016
La BIM, Bienal de la Imagen en Movimiento de Buenos Aires, invite les Rencontres Internationales Paris/Berlin pour concevoir et présenter deux séances de projection significatives de leur programmation et des nouvelles pratiques contemporaines de l'image en mouvement.
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Le 02 nov. 2016
Teatro Margarita Xirgu Espacio
Anthropologies
João Vieira Torres, Tanawi Xucuru Kariri : Toré | Doc. Expérimental | hdv | couleur | 00:15:00 | Brésil | 2015
Ivan Argote : Barcelona | Vidéo | hdv | couleur | 00:05:16 | Colombie, Espagne | 2014
Ana Vaz : Occidente | Doc. Expérimental | hdv | couleur | 00:15:20 | Brésil, France, Portugal | 2014
Marco Godoy : El sistema | Vidéo | hdv | couleur | 00:02:30 | Espagne, Bolivie | 2014
Mathieu K. Abonnenc : Secteur IX B | Fiction | 4k | couleur | 00:42:35 | France | 2015

Pour cette séance, nous avons souhaité interroger la notion d’anthropologies plurielles au travers de réalisations d’artistes contemporains, et explorer avec eux les possibilités de l’image en mouvement pour déjouer ou réinventer notre relation à ce qui est vu ou montré, ici les actes ou les traces de ce qui nous constitue en tant qu’humain, et ainsi questionner les stratégies de l’image et ses présupposés.
Il est souvent question de l’empreinte des colonisations du siècle passé, et des systèmes de références à partir desquels étaient appréhendés et renseignés les éléments significatifs des civilisations autres qu’occidentales, mais il s’agit d’une problématique plus vaste, celle des dispositifs du regard et de la possibilité d’une captation du réel.
Avec João Vieira Torres et Tanawi Xucuru Kariri, il est question d’un rituel invisible pour les non initiés, et au lieu de nous introduire à la visibilité de ce rituel et de nous faire croire à la possibilité de l’objectiver au travers d’images, les artistes produisent les conditions d’un questionnement intérieur, nous font éprouver une incommensurable question: quel est le vécu intérieur de l’autre?
Iván Argote a recours quant à lui à une stratégie de confrontation symbolique et au registre d’un activisme furtif. Nous assistons à une confrontation entre deux corps, celui de l’artiste qui s’autofilme contre la masse figée d’une statue de Christophe Colomb, figure d’une histoire ayant scellé le destin d’un continent entier, à laquelle il tente de mettre le feu. Son corps agissant, l’image tremblante et le vacillement des flammes désignent une possibilité du regard, celle de questionner le monde et de le faire vaciller dès lors qu’il se pose sur ses masses figées, ses certitudes et ses vérités imposées.
Ana Vaz réalise un film poème autour de l’écologie des signes qui, dans leur répétition, fonctionnent comme autant de reliquats fétiches d’un passé colonial : fêtes, oiseaux exotiques, relations de pouvoir et de classes... L’énoncé des signes et leur accumulation désignent alors la possibilité presque mélancolique d’autres agencements possibles, à la fois futur antérieur et utopie, un appel à une résolution d’une contradiction de l’histoire, impossible à dépasser.
Aussi, l’intervention vidéo de Marco Godoy joue sur un déplacement de signes et de contextes, ceux d’un poème d’Eduardo Galeano diffusé par haut-parleurs au milieu de la jungle bolivienne, produisant ainsi l’allégorie d’un lieu antérieur à l’exploitation et à l’emprise d’une humanité corrompue, ou résistant à son avancée.
Enfin, le film de Mathieu K. Abonnenc instruit un dialogue complexe avec le journal de Michel Leiris, "L'Afrique fantôme", et la possibilité d'une anthropologie contemporaine, dont les interrogations politiques, scientifiques et artistiques se prolongent jusqu'à nos jours. "Le film dévoile le destin et la mémoire d’archives par un récit fantasmé, qui désigne un état des relations entre les peuples." Aucune réponse définitive n'est ici donnée, seule demeure une oscillation entre les traces du passé, celles de la mémoire et des objets, et le désir paradoxal d'un questionnement à la fois existentiel, esthétique et politique.
Le 10 nov. 2016
Teatro Margarita Xirgu Espacio
Unresolved
Ding Shiwei : Goodbye Utopia | Animation | hdv | n&b | 00:07:31 | Chine | 2014
Hayoun Kwon : Model Village | Vidéo | hdv | couleur et n&b | 00:10:00 | Corée du Sud, France | 2014
Micael Espinha : Cinza | Vidéo | hdv | n&b | 00:10:20 | Portugal | 2014
Jasmina Cibic : Tear Down and Rebuild | Fiction expérimentale | 4k | couleur | 00:15:28 | Slovénie, Royaume-Uni | 2015
Bettina Nürnberg, Dirk Peuker : Zement | Documentaire | hdv | couleur | 00:12:38 | Allemagne, Autriche | 2014
Anthony Haughey : UNresolved | Doc. expérimental | hdv | couleur | 00:17:22 | Irlande, Bosnie-Herzégovine | 2015

Les six réalisations proposées dans cette séance confrontent l’Histoire du 20ème siècle avec les notions de lieu et de non-lieu. Chacune interroge à sa manière, par sa structure, son déroulement ou sa forme, les fractures de cette histoire traversée par les guerres, la violence idéologique et l’arbitraire du pouvoir. Quelque chose d’irrésolu, ou de non-résolu, demeure, ne peut se réduire au discours, aux décisions et à la lente sédimentation de l’histoire : les traces de l’impensable, ou, bien plutôt, les indices et les scories de cet impensable, qu’il s’agisse de la représentation du pouvoir, de l’expression de l’arbitraire ou de ses conséquences. Des fragments placides, épars dans le réel, que l’image en mouvement interroge, examine et rassemble.
L’animation de Dig Shiwei apparait comme un constat désenchanté de l’échec des utopies, une transposition surréaliste du nihilisme du 20ème siècle et des violences commises au nom de grands principes. Les avatars de l’arbitraire se succèdent dans l’histoire.
Hayoun Kwon nous fait visiter un village de propagande de la Corée du Nord, ville d’apparence, qui fonctionne comme un mécanisme de fiction. La vidéo multiplie les registres d’écriture pour aller en quelque sorte à rebours de la fiction idéologique, et rendre possible à nouveau un accès au réel. L’artiste va jusqu’à exhiber le dispositif même de la production des images, processus analogue au recul critique nécessaire pour déjouer ou comprendre une représentation.
Micael Espinha a recours, quant à lui, à un matériel d’archive, celui de photos prises durant la dictature portugaise de Salazar. L’œuvre se développe comme exploration d’un matériau gelé, figé dans le temps. Les images en mouvement réactualisent les espaces vides et les architectures désertes qui apparaissent alors comme autant de décors et de scènes d’événements passés, supports indifférents à une réminiscence de l’histoire.
Dans le film de Jasmina Cibic, la question de l’histoire est posée à travers l’architecture. Le dialogue entre les quatre personnages du film, constitué de fragments de discours réels de politiciens, architectes, dictateurs et théoriciens, souligne l’ambigüité de tout discours sur le remplacement des édifices et la représentation du pouvoir.
Les deux derniers films ont une position à part dans la séance. Ils désignent une tentative de retrouver dans un réel présent les éléments suffisants pour penser l’impensable. Bettina Nürnberg et Dirk Peuker filment les alentours d’Ebensee, en Autriche, où, dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, un quartier d’habitations a été construit sur le site même d’un camp de concentration nazi. Le film examine l’ambiguïté de cette proximité avec le site commémoratif, et interroge le discours sur l’histoire porté par le lieu. Enfin, Anthony Haughey retourne sur les lieux du massacre de Srebrenica, où en 1995 plus de 8000 hommes et adolescents ont été tués par l’armée de la République serbe de Bosnie, constituant le pire massacre en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le film explore les narrations idéologiques et politiques façonnant l'histoire émergente. Le mouvement des plans qui traverse les lieux déserts où s’est déroulé le massacre, et la temporalité singulière du récit de survivants, accumulent les indices et les preuves du non-résolu et de l’impensable.