Trois œuvres d'Antoni Muntadas, figure majeure de l'art contemporain, sont présentées en exposition pour la première fois à Berlin.
Antoni Muntadas, Marshall Reese : Political Advertisement XI (1952-2024) | Documentaire exp. | hdv | couleur et n&b | 1:38:00 | Espagne, USA | 2024 Antoni Muntadas: On Translation: Warning | Multimedia installation - stikers, vidéo | Espagne, USA | 1999-present Antoni Muntadas: Life is Editing | Installation - stikers | Espagne, USA | 2025
Dans leur prolongement, en écho ou en contrepoint, les œuvres de six autres artistes interrogent, sous le forme d'euphémismes, nos représentations communes.
Philippe-aubert Gauthier, Tanya St-Pierre : Dans Une Sorte De Rêve éveillé - L'invitation - Film expérimental | 4k | couleur | 75:0 | Canada | 2023
Une œuvre d’animation de synthèse s’inscrivant dans une série d'œuvres contemplatives et portant sur l’archéologie des intérieurs. Cette œuvre pose un regard archéologique et architectural sur une ère théâtrale de la décoration intérieure. Exposant une tension fictionnelle presque non-résolue entre, d’un côté, le confort moderne construit et édifié par l’économie tonitruante et, d’un autre, la menace sourde de la nature, du climat changeant et de leurs forces cataclysmiques sous-entendues. Une première rencontre des collages faits main de St-Pierre et des images de synthèse créées en duo avec Gauthier. Cette œuvre a été produite grâce au soutien du Conseil des arts et des lettres du Québec et du Grand Théâtre de Québec (Canada) pour une présentation au Studio Telus du Grand Théâtre de Québec (commissariat : Ariane Plante).
Philippe-Aubert Gauthier est ingénieur mécanique, maître ès sciences, docteur en génie mécanique (acoustique) et professeur à l'Université du Québec à Montréal, à l'École des arts visuels et médiatiques. Il travaille à la croisée des arts, sciences et technologies. Il a produit plus d'une cinquantaine d'œuvres en arts sonores et numériques. Gauthier est actuellement directeur associé du Centre for Interdisciplinary Research in Music, Media and Technology.
Tanya St-Pierre est artiste en arts visuels, sonores et médiatiques. Elle explore les relations possibles entre arts visuels ou médiatiques et narration. À travers divers systèmes d'altération de la narration en propositions poétiques et conceptuelles, elle déjoue et questionne les notions de représentation et d’artefacts culturels. Détentrice d’un baccalauréat en arts plastiques de l’Université du Québec à Trois-Rivières, (Québec).
Depuis 2003, leurs démarches se rencontrent dans des projets collaboratifs. Leurs intérêts et engagements respectifs sont abordés dans des échanges découlant vers des propositions artistiques hybrides qui résultent de joutes autocritiques et d'inventions en duo. Leur travail fut présenté au Canada, aux États-Unis, au Mexique, en Europe et au Japon. Tous les deux vivent et travaillent actuellement à Montréal, au Québec (Canada).
Le logiciel de génération d’images Formulae E-volver est développé par les artistes. Les éléments constitutifs du programme sont toutes sortes d’opérateurs mathématiques de base. À partir de ces éléments, l’ordinateur peut composer une infinité de formules valides. À chaque itération, un petit ensemble de formules est généré puis visualisé à l’écran. Le spectateur compare ces images animées entre elles et les évalue. En retour, le logiciel tient compte de ces évaluations lorsqu’il compose de nouvelles formules.
Les formules affichées longtemps à l’écran ont davantage de chances de se croiser, permettant à leurs propriétés visuelles d’être mélangées puis transmises aux générations suivantes. Le processus commence par une « soupe primordiale » qui produit des images relativement simples. Sur la base des préférences personnelles de l’utilisateur, ce système évolue progressivement vers des animations complexes et intrigantes.
Les résultats finaux, les E-volved Formulae, sont enregistrés puis affichés sur un grand écran ou projetés. Ils révèlent la grande variété d’images issues de ces processus évolutifs successifs.
Le couple d’artistes basé à Amsterdam, Erwin Driessens (1963, Wessem) et Maria Verstappen (1964, Someren), travaille ensemble depuis 1990. Après leurs études à l’Académie des beaux-arts de Maastricht puis à la Rijksakademie d’Amsterdam, ils ont développé conjointement un œuvre multiforme composé de logiciels, de machines et d’objets. Leur recherche porte sur les possibilités qu’offrent les algorithmes physiques, biologiques et informatiques pour la génération d’images. Une source d’inspiration essentielle réside dans les processus auto-organisés observables dans la nature.
Dans la série Morphoteques (collections de formes), ils mettent en évidence les variations formelles pouvant émerger d’un processus génératif spécifique. Dans d’autres travaux, les transformations de formes sont produites en temps réel à l’aide d’une machine. Dans leurs projets logiciels et d’intelligence artificielle, ils développent une nature artificielle se déployant sous d’innombrables variations.
Driessens & Verstappen ont participé à de nombreuses expositions aux Pays-Bas et à l’étranger, notamment au Stedelijk Museum d’Amsterdam, au Museum Boijmans Van Beuningen de Rotterdam, au Centre Pompidou (Paris), à l’IVAM Institut de Valence, au musée Kröller-Müller (Arnhem), au Garage Museum (Moscou), au CaixaForum (Barcelone) et à Eyebeam (New York). Le duo donne régulièrement des conférences et présentations dans des universités, écoles d’art, festivals et symposiums, parmi lesquels Siggraph Los Angeles, Sonic Acts Amsterdam ou encore Second Iteration Melbourne. En 1999 et 2001, leurs projets de robots Tickle ont reçu le premier prix au concours VIDA Telefónica de Madrid. En 2013, ils ont reçu le prix Witteveen+Bos Art+Technology pour l’ensemble de leur œuvre. Les artistes sont représentés par la galerie DAM à Berlin.
Can Kurucu, Mariam Aslanishvili, Jack Hogan, Matthias Planitzer : The Measures Taken - Vidéo expérimentale | hdv | couleur | 30:0 | Allemagne | 2023
Can Kurucu, Mariam Aslanishvili, Jack Hogan, Matthias Planitzer
Four communist agitators return from a successful mission in China to Moscow and are congratulated for their efforts by the Central Committee (The Control Chorus.) The
four agitators, however, inform the committee that during their mission they were forced to kill a young comrade for their mission to succeed. The committee withholds its verdict until after the four agitators re-enact the events that led to the young comrade’s death.
The agitators tell of how they were sent on a mission to educate and help organize the workers in China. The director of the party house (the last before the frontier) helps the four agitators and the young comrade in the obliteration of their true identities. They are told to keep concealed that they are communist, for their discovery would endanger the mission and their lives.
However, once in China, the sights of injustice and oppression enrages the young comrade on several occasions, when he is time and time again not able to contain his passion, immediately acting to correct the wrongs he sees around him. As a result, he eventually exposes himself and proclaiming the teachings of the party. There, the agitators debate on what to do with him.
Can Kurucu is a filmmaker and artist focused on the sphere of the political image and its consequences. Can's work provides an insight into how digital images are made and what they represent, exploring the political and scientific elements that shape them, and reflecting on the image-making process and the deeper meanings behind the images within these broader contexts.
Mariam Aslanishvili is an artist, photographer, and musician based in Berlin. Her artistic practice revolves around the exploration of human perception and the construction of realities, with a particular focus on translating personal experiences into the language of experimental cinema.
Jack Hogan is a filmmaker from Waterford, Ireland. Their work focuses on the rich sociality of everyday life, foregrounding friendship and what constitutes good shared lives and places.
Matthias Planitzer is a visual artist and doctor who explores scientific and political visual spheres and how they are rooted in their contexts.
One Glass Eye Melting convoque l’imaginaire collectif de la dystopie pour le réarticuler en quête de nouvelles possibilités. En très gros plan, un œil en rotation fixe le spectateur, sa pupille reflétant un montage de désastres — guerre, catastrophes naturelles, accidents du quotidien — juxtaposés à des scènes de régénération : vie microbienne, expansion cosmique, évolution technologique. Tourné dans la rudesse d’un plan unique, avec un minimum de postproduction, l’œil devient à la fois miroir et « conteneur de mémoire » fracturé, perturbé par les glitches, les rayures, le bruit analogique et numérique.
L’œuvre interroge l’acte de regarder lui-même, transformant le réel en quelque chose de surréel, mais étrangement familier. Tandis que l’œil accomplit une rotation complète à 360 degrés, le reflet dans la pupille demeure fixe, ancrant le chaos et le renouveau comme des forces cycliques et interdépendantes. One Glass Eye Melting reformule le désastre comme inséparable de la renaissance, suggérant que l’effondrement porte en lui la possibilité de réinventer — et de reconstruire — nos récits. Plutôt que de rejouer sans cesse la catastrophe, l’œuvre demande : que faisons-nous de ces images du désastre ?
L’œuvre convoque ainsi l’imaginaire dystopique pour en redistribuer les motifs, à la recherche de possibles encore inexplorés.
Elle fait partie de la série Bajo el cielo cayendo (Sous le ciel en chute), qui explore la tension entre catastrophe systémique et fragile espérance.
Sebastián Díaz Morales est né en 1975 à Comodoro Rivadavia, en Argentine, et vit et travaille à Amsterdam. Il a étudié à la Universidad del Cine de Antín en Argentine (1993–1999), à la Rijksakademie van Beeldende Kunsten à Amsterdam (2000–2001) et au Fresnoy – Studio national des arts contemporains à Roubaix (2003–2004).
L’examen que Díaz Morales mène sur la perception et la réalité repose sur l’idée que la réalité elle-même est, par nature, hautement fictionnelle. Ainsi, ses films ne transportent pas simplement le spectateur dans un ailleurs surréel ou fantasmagorique : ils dépouillent la réalité de sa familiarité, la déforment, la font apparaître comme autre. Chez Díaz Morales, l’imagination du spectateur ne fonctionne pas comme un simple contrepoint au réel. Elle agit plutôt comme une force capable d’évoquer l’espace et de le produire diégétiquement, une force qui, au-delà de l’impression visuelle directe, comble les lacunes de la vision et, au fil du film, révèle progressivement au spectateur la construction de ce que nous appelons « réalité ». Celle-ci se présente comme un phantasme, quelque chose qui échappe toujours à sa définition par les images — toujours « un peu en avance » sur l’image et sur le regard.
Son œuvre a été largement exposée, notamment à la Tate Modern (Londres), au Centre Pompidou, au Stedelijk Museum et à De Appel (Amsterdam), au Fresnoy (Roubaix), au CAC (Vilnius), à Art in General (New York), au Ludwig Museum (Budapest), à la Biennale de São Paulo, à la Biennale de Sydney, à la Fondation Miró (Barcelone), au MUDAM (Luxembourg), à la Fondation Calouste Gulbenkian (Lisbonne), ainsi qu’à la Biennale de Venise et à Documenta Fifteen.
Lin Htet Aung : A Metamorphosis - Fiction expérimentale | 0 | couleur | 16:36 | Myanmar | 2024
Dans les maisons, après les séparations, les mères étaient en larmes. Les fils étaient transformés en verres vides. Et les berceuses devenaient des malédictions. Le film examine la souffrance et la résilience du peuple birman en utilisant les éléments politiques distincts qui ont flotté pendant plusieurs années sur l'océan de l'opéra politique sous les dictatures militaires répétitives en Birmanie.
La composition visuelle s'inspire des couleurs du drapeau national du Myanmar, adopté en 2010 pendant la période dite de transition du pays. Ce drapeau, ancré dans la Constitution de 2008 imposée au pays par un ancien dictateur militaire, contraste fortement avec la loi sur le drapeau national de 1974, car il comprend une définition formelle du drapeau. Le film déconstruit et remet en question la définition existante du drapeau en jouant avec les couleurs, les objets et les séquences, en utilisant une forme d'images télévisées de propagande gouvernementale montrant différentes générations sous des dictatures militaires répétitives, en mélangeant la voix effrayante du dictateur actuel,
Min Aung Hlaing, qui raconte des berceuses obsédantes grâce à la technologie de l'IA.
Le film revisite également la chanson qui a été chantée lors des dernières images réelles d'une fête d'anniversaire organisée pour l'ancien dictateur du Myanmar, le général Ne Win, à l'hôtel Sedona de Yangon le 21 mars 2001, un an avant sa mort.
Lin Htet Aung (né en 1998) est un cinéaste originaire du Myanmar. Il a commencé par la poésie d'avant-garde avant de se tourner vers le cinéma en 2017. Ses courts métrages ont été sélectionnés dans plusieurs festivals internationaux, notamment ceux de New York, Vancouver, Tirana, Karlovy Vary et Rotterdam, et ont remporté plusieurs prix, dont le TIGER SHORT AWARD au Festival international du film de Rotterdam (IFFR). Ancien élève du TIFF Directors' Lab, de Berlinale Talents, de la Locarno Filmmakers Academy et de l'Asian Film Academy, et lauréat du Prince Claus Seed Award 2023, il développe actuellement son premier long métrage, Making A Sea, qui a reçu l'Asian Cinema Fund et le Red Sea Award à l'Asian Project Market (APM). Après le coup d'État de 2021, il a rejoint le CDM (Civil Disobedience Movement) pour ses études d'ingénierie en Birmanie, et étudie actuellement à la Städelschule art School, en Allemagne.
Utkarsh : Remote Occlusions - Vidéo expérimentale | hdv | couleur et n&b | 15:38 | Inde | 2024
Utkarsh
Remote Occlusions
Vidéo expérimentale | hdv | couleur et n&b | 15:38 | Inde | 2024
« Remote Occlusions » prend pour source des extraits d’un manuel d’appareil photo, qui détaille ce que le fabricant attend de l’appareil photo, tandis que le film présente les cas où l’appareil refuse ces intentions et ces attentes.
Les images qui composent « Remote Occlusions » proviennent de caméras qui ne sont pas protégées par un mot de passe, disponibles sur des annuaires Internet qui publient les flux en direct de ces caméras. C’est dans cette zone grise éthique que les annuaires agissent comme des médiateurs qui rendent publics des flux privés.
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Pas de scintillement. Pas de bruit. Pas d'artefacts. Pas de lumières vives projetant des ombres. Pas de brouillard, de nuages, d'arbres ou de bâtiments. Pas de personnes se déplaçant lentement ou immobiles pendant de longues périodes. Pas d'objets en mouvement dont l'apparence est similaire à celle de la cible dans les zones d'intérêt. Pas d'objets ondulants qui provoquent une modification continue de l'image dans la zone d'intérêt, par exemple une prairie avec de hautes herbes.
La cible doit avoir une hauteur minimale de 30 pixels, soit au moins 1/10 de la hauteur de l'image. Le corps de la cible doit être visible sur au moins 3/4 de sa hauteur. La cible doit avoir une superficie minimale de 100 pixels et rester dans la zone d'intérêt pendant au moins 1 seconde. La cible doit également présenter une différence suffisante par rapport à l'arrière-plan, c'est-à-dire une différence de couleur d'au moins 5 % ou une différence de luminosité d'au moins 10 %.
L'image doit avoir une résolution de 640x360, 640x480, 320x180 ou 320x240 pixels et doit être en orientation paysage avec un format 16:9.
La caméra doit être installée à une hauteur comprise entre 3 et 5 mètres et l'objectif de la caméra ne doit pas être sale, humide ou embué.
La précision attendue correspond à des conditions environnementales et d'installation idéales. Rappel : 95 %
Utkarsh is a filmmaker and writer from Delhi, India. His work has recently been programmed at EXiS, Seoul (Korea), 2024; Festival ECRÃ, Rio De Janeiro (Brazil), 2024; FICUNAM 14 - Umbrales/Threshold, Mexico City (Mexico), 2024; Berlinale - Forum Expanded, Distant Connections, Berlin (Germany), 2024.
Dans « Political Advertisement XI (1952-2024) », coréalisé avec Marshall Reese, Antoni Muntadas explore quarante années de spots de campagnes présidentielles américaines, d'Eisenhower aux campagnes Harris et Trump de 2024, où s'écrit en creux la fabrique d'une propagande télévisuelle devenue indissociable du discours politique. Avec « On Translation: Warning », il décline en plus de quinze langues un même leitmotiv — « Warning: Perception requires involvement » —, diffusé sur stickers, affiches, cartes postales et inserts de presse, comme une alerte permanente sur les filtres invisibles à travers lesquels nous percevons l'information. « Life Is Editing » prolonge cette interrogation au plus intime : si nos vies se construisent à la manière d'un montage cinématographique, chaque décision, chaque déplacement, chaque relation devient une coupe, une sélection, un fragment du récit que nous habitons. Sebastián Diaz Morales filme un œil qui tourne lentement à 360 degrés, la pupille devenant le réceptacle d'un montage de désastres – guerre, catastrophes naturelles, accidents – mêlé à des scènes de régénération, où destruction et renaissance apparaissent comme deux forces cycliques et interdépendantes. Driessens & Verstappen conçoivent des algorithmes qui imitent l'évolution génétique pour faire « pousser » des images en mouvement plutôt que de les coder à la main. Chaque œuvre démarre d'une formule mathématique unique qui, à travers des opérations successives de variation et de sélection, ouvre sur un champ visuel multidimensionnel. Philippe-Aubert Gauthier et Tanya St-Pierre partent d'un travail de collage de magazines de décoration des années 70 et 80, où est observée une constante tension entre éléments naturels et intérieurs domestiqués. Lin Htet Aung examine la souffrance et la résilience du peuple birman, au travers d'extraits d'émissions diffusées à la télévision nationale. Can Kurucu déploie la pièce de Bertholt Brecht « Die Maßnahme » (La décision) dans le jeu vidéo Minecraft. Des agitateurs communistes tentent de déclencher une révolution en Chine, mais ils sont contraints de tuer l'un d'entre eux pour réussir leur mission. Utkarsh applique à des images provenant de caméras de surveillance des restrictions tirées d'un manuel de caméra CCTV. Il observe ce qu'il reste de l'image dans les cas où l'appareil refuse les consignes, et propose une réflexion sur ce qui est regardé, et sur ce qu'on n'est pas supposé regarder.